‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 19 sur 75 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Simplicité de M. Frayssinous. — Nouvelles lettres à madame T. — Présentation aux deux chambres du projet de loi relatif aux communautés religieuses de femmes. —Discussion du projet de loi sur le sacrilège.- — Discussion du budget du clergé.

Ministre, M. Frayssinous fut toujours accessible à ses amis : il leur faisoit , pour ainsi dire, excuser les grandeurs auxquelles il étoit parvenu, par l'aimable simplicité et l'affectueux abandon de ses manières.

Le 7 octobre précédent, il avoit écrit à madame T.

« Je vous sais bien bon gré, Madame, de ne pas avoir oublié Son Excellence. Elle ne vous oublie nullement. Qu'est devenu le bon vieux temps où je n'étois rien? Quand on entre si tard dans les affaires, on en sent bien davantage le fardeau. Ce qu'on gagne ne vaut pas ce qu'on a perdu, et je trouve que le système des compensations est en défaut. »

Entrant ensuite dans une question littéraire que traitoit la lettre de madame T., il ajouta :

« Vous êtes amie du genre mélancolique. Je n'en suis pas ennemi; mais j'aime beaucoup que l'on soit mélancolique comme Racine dans ses cbœurs d'Esthcr. Ce Racine fait un tort infini à tous les faiseurs de vers, même à Delille, et, à plus forte raison, à beaucoup d'autres. Un peu de mauvais goût raclieté par vme fovile de beautés, à la bonne beure. Mais, quand le faux domine clans la pensée comme dans l'expression, c'est insupportable. Je pense comme vous.

» Soyez à Dieu, et consolez-vous par l'espérance cli rétienne. »

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Au renouvellement de l'année, madame T. lui transmit les souhaits de son amitié. Il lui répondit, le 30 décembre :

« Touché de votre bon souvenir et de votre confiance, je mets trop de prix à vos vœux pour moi, pour que je ne désire pas de les entendre au heu de les lire. »

Et, comme le moindre billet sorti de sa plume portoit toujours un cachet d'utilité pratique, il traça encore ces mots :

Il Saint Augustin a dit que le chrétien supporte la vie, et qu'd la quitte avec joie. Les paroles latines sont plus belles, et je vous les dirai, si vous savez le latin. »

La chambre des pairs avoit déjà écarté deux propositions de loi sur les congrégations religieuses de femmes. Le ministre des Affaires ecclésiastiques lui en présenta, le 4 janvier 1825, une troisième, qui avoit, dit-il dans l'Exposé des motifs, l'avantage d'être appropriée au temps actuel, de dissiper les alarmes que pouvoit faire naître la reconnoissance légale de tant de communautés religieuses, et d'offrir a l'Etat toutes les garanties désirables contre leurs inconvéniens présumés, sans nuire toutefois à leur stabilité. Dans la séance du 4 février, le ministre opposa, sans préparation étudiée, aux adversaires du projet de loi quelques réflexions qui avoient le mérite de la simplicité et de la bonne foi. Il parcourut les quatre principales objections, et s'étonna surtout qu'on voulût refuser aux religieuses la hiculté de donner le quart de leurs biens à la communauté. Le projet fut adopté, le 8 février, à la majorité de 171 voix contre 34.

L'Exposé des motifs qui eu accompagna, le 17 mars.

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la présentation à la chambre des députés fut, pour le fonds des idées, le même qu'à la chambre des pairs. Le Conslilutionnel s'indigna de ce que le ministre avoit parlé de l'utilité des communautés religieuses, niant qu'elles fussent utiles même pour le service des hôpitaux : vaines déclamations auxquelles ces bienfaitrices de l'humanité ne répondoient que par de nouveaux Iraits de dévouement et de courage. M. de Lézardière, rapporteur de la commission, considéra, au contraire, le projet de loi comme un bienfait du ministère des Affaires ecclésiastiques, « dont le chef, dit-il, sembla suscité par la Providence pour confondre l'incrédulité, en lui otant tout moyen de se refuser à l'évidence des preuves de la religion. » Le 6 avril, la chambre adopta le projet, à la majorité de 263 voix contre 27.

M. d'Hermopolis laissa au garde-des-sceaux le soin de défendre, à la tribune des députés, la loi sur le sacrilège : il se borna à présenter, le 12 avril, quelques observations générales. La loi fut adoptée à la majorité (le 210 voix contre 95.

Le ministre des Affaires ecclésiastiques remonta, le 10 mai, à la même tribune, h l'occasion de la discussion du budget du clergé. Son discours, qui s'ouvrit par de hautes considérations, exposa ensuite des détails statistiques et des vues propres h fixer l'intérêt. Après qu'on l'eut entendu, le budget du clergé fut voté sans opposition.

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