‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 21 sur 75 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Sacre de Charles X. — Projet d'une maison de hautes études ecclésiastiques. — Nomination de l'évèque de Viviers. — Discours pour la «listrihution des prix du concours général.

Au moment où l'évêque d'Hermopolis publia la Défense du Christianisme, il se préparoit à assister au sacre de Charles X, qui eut lieu le 29 mai 1825.

Le Roi distribua de riches présens à l'occasion de cette cérémonie : le premier aumônier reçut un magnifique rochet, avec un anneau de prix.

Nous lisons dans les notes de M. Frayssinous :

" On auroit voulu que l'époque du sacre eût été celle d'une manifestation de pensées bien plus religieuses et bien plus monarchiques que celles qui a voient régné jusque-là. On rappelle ce qui se passoit autrefois dans cette auguste cérémonie, et on se plaint de ce que Charles X, dans son serment, ait cherché à se mettre en harmonie avec la charte, et fait céder à cet acte l'obligation de défendre la loi divine. Que signifie ce langage? Il nous semble que Charles X prit dans ce serment le titre de Roi très-chrétien, de fils aîné de l'Eglise, qu'il jura de maintenir la religion : mais, je le demande, pouvoit-il jurer de la maintenir autrement que par les moyens que lui laissoient les lois du royaume? La charte existoit, elle étoit loi constitutive de l'Etat. Louis XVIII s'étoit engagé à jurer fidélité à cette chrxrte établie, le jour qu'il recevroit l'onction sainte. Son successeur pouvoit-il l'abolir? Falloit-il qu'il tirât le glaive, qu'il s'érigeât en die-

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tateur? Et qui donc eût osé lui en donner le conseil, et le précipite! dans «me périlleuse carrière? *>

Dans la métropole de Reims, les cardinaux de Clermont-Tonnerre et deLaFare, le prince de Croï, grandaumonier de France, et l'évcque d'Hcrmopolis, premier aumônier du Roi, furent placés sur le trône. A l'instant de la communion de Charles X, la nappe, tenue d'un coté par M. le Dauphin et M. le due d'Orléans, fut tenue de l'autre par le grand-aumônier de France et le premier aumônier du Roi.

Quand Charles X, revenu de Reims à Paris, alla rendre grâces à Dieu dans la basilique de Notre-Dame, et; furent encore le cardinal de Croï et l'évêque d'Hcrmopolis qui s'y trouvèrent auprès de lui, par le devoir de leur charge.

Les sentimens qui remplirent lame du prélat, sous les voûtes de la cathédrale de saint Rémi, au moment où le petit-fils de saint Louis demandoit h Dieu qui convertit Clovis de faire de lui un roi vraiment très-chrétien-, ces sentimens, à la fois si religieux et si monarchiques, se supposent et ne s'expriment pas. L'évcque d'Hcrmopolis rapporta de Reims d'ineffaçables souvenirs; e(, si son respect pour le monarque avoit pu s'accroître, l'onction que Charles X venoit de recevoir Tauroit porté à le servir avec encore plus de vénération.

Dans les réunions d'évéques qui a voient eu lieu trois années auparavant, il avoit été question d'une école de hautes études ecclésiastiques, et les prélats songèrent à solliciter cet établissement. Les évéques qui avoient assisté au sacre, étant venus à Paris, et s'étant réunis pour délibérer sur les besoins de leurs Eglises, résoUi-

.oy

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rent, entre autres, de demander à Charles X lérection d'une maison de liautcs études. Toutefois, Taecord no fut pas unanime, et des prélats qui n'a voient point assisté à ces réunions ne partagèrent pas l'avis de leurs collègues. Tous, sans doute, désiroient qu'on fit refleurir les études ecclésiastiques : mais, en s'accordant sur ce point, ils difFéroient sur les moyens qu'on devoit employer pour parvenir au but. L'enseignement de la théologie appartenant à l'Église, il a été perpétuellement reconnu dans tous les Etats catholiques que les écoles de théologie ne peuvent être établies légitimement que par l'autorité ecclésiastique, avec le concours de l'autorité civile, lorsque l'Etat attache à ces établisseraens des droits ou privilèges civils. Pour ne parler ici que de la Sorbonne, celte ancienne école de théologie de Paris, on sait qu'elle fut établie directement par l'autorité du Saint Siège : dans le cas où elle ne l'auroit pas été de cette manière, elle n'auroit pu l'être que par l'autorité de l'ordinaire, si on eût voulu en faire une institution purement diocésaine; ou, si on eût voulu en faire un établissement commun de TEglise de France, que par une délibération des évêques, soumise de droit, comme tous les actes d'une assemblée d évêques, à l'approbation du souverain pontife. Pénétrés de ces principes, les prélats réunis après le sacre auroient désiré une assemblée générale des évêques, et ils gémirent des obstacles qu'on opposoit au retour de cet ancien et salutaire usage. A défaut d'une démarche de tout le corps épiscopal, qui eût spécialement délégué des représentans à l'effet d'agir en son nom et par son autorité, les évêques réunis formulèrent leur vœu partiel dans un Mémoire présenté au Roi, et à la suite duquel une ordonnance du 20

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juillet, contresignée par M. d'Hermopolis , statua :

« 1° Il sera établi à Paris une maison cenuale de hautes études ecclésiastiques.

» 2" Cette maison sera composée de sujets d'élite désignés par les évêques diocésains.

» Nul ne pourra y être admis sans être engagé dans les ordres sacrés, et sans avoir terminé le cours ordinaire de philosophie et de théologie. Tous devront soutenir des thèses publiques en Sorbonne, en présence des professeurs et docteurs de la Faculté de théologie de Paris.

» 3" Les chefs de l'établis.sement seront nommés par nous, sur la présentation d'une commission ecclésiastique de notre choix, dont les archevêques de Paris feront partie, et sur le rapport de notre ministre secrétaire d'Etat au département des Affaires ecclésiastiques et de l'Instructioiï publique.

» 4° La commission sera chargée de rédiger les statuts et réglemens dudit établissement , lesquels seront soumis à notre approbation. »

Une autre ordonnance du 20 juillet nomma membres de la commis,sion le cardinal de La Fare, archevêque de Sens, les archevêques de Paris et de Besançon, l'ancien archevêque de Toulouse, les évêques de Montpellier, d'Amiens et de Viviers ( M. Desjardins, vicairegénéral de Paris; M. Burnier-Fontanel, doyen de la Faculté de théologie de Paris-, M. de La Chapelle, directeur des affaires ecclésiastiques, et M. Auge, docteur de Sorbonne.

Cette commission, instituée par le gouvernement, et dont les actes étoient subordonnés à l'approbation du ministre, n'agissant qu'en vertu d'une délégation civile, ne pouvolt avoir une autorité autre que celle dont elle émanoit.

D'un coté, il otoil impossible de considérer comme

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une institution diocésaine établie par l'autorité de l'ordinaire l'école qui devoit être administrée par une commission que créoit l'autorité civile, et dans laquelle l'archevêque diocésain n'avoit que sa voix particulière. Aux termes de l'ordonnance, les archevêques de Paris faisoient nécessairement partie de la commission chargée de gouverner la maison de hautes études 5 mais ils n'y figuroient point avec l'autorité de premier pasteur du diocèse : car, dans une commission où tout se décide à la pluralité des voix, c'est à la majorité que le pouvoir appartient , et dès-lors les archevêques de Paris n'y avoient qu'une fraction de pouvoir, soumise aux conditions imposées par l'autorité civile qui avoit créé la commission.

D'un autre coté, une assemblée du clergé de France n'ayant pas délibéré sur l'établissement de la maison de hautes études, pour lequel l'intervention des évêques par voie d'autorité, et non point par l'expression partielle d'un simple vœu, étoit indispensable, on ne pouvoit considérer cette maison comme une institution commune de l'Eglise de France établie par l'autorité du corps épiscopal.

Mais, quoiqu'il n'en fût pas question dans l'ordonnance du 20 juillet, une fois que la commission auroil préparé les bases et rédigé les statuts de la maison de hautes études, on comptoit soumettre ces réglemens à la sanction du Pape, et solliciter du Saint Siège, de qui dérive le pouvoir général d'enseigner, une bulle approbative de l'établissement (1). Il n'y avoit donc lieu de regretter qu'une chose : c'est que l'ordonnance ne fît

(t) Ami de la Reliijion, t. XLV, p. 270.

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aucune mention de l'autorité à laquelle il falloit indispensablement recourir suivant les règles de l'Eglise. Dans le fait, le pieux évéque d'Herraopolis n'entendoit pas se dispenser de ce recours, et attribuer exclusivement à l'autorité civile le droit d'ériger une école de haute théologie.

L'évêque de Viviers, membre de la commission, étant mort sur ces entrefaites, il indiqua, au mois d'août, pour le siège vacant, M. Bonnel, vicaire-général de Mende, et il admit au sein de la commission l'évêque de Quimper.

Le 17 de ce mois. M, d'Hermopolis, que sa sollicitude pour les études du clergé n'empéchoit point de surveiller, comme grand-maître, celles des éîablissemens universitaires, présida la distribution des prix du concours général. Non-seulement M. le duc, madame la duchesse et mademoiselle d'Orléans, assistoient à cette fête de la jeunesse; mais M. de Quelen venoit, pour la première fois, témoigner par sa présence de l'intérêt qu'il portoit aux études publiques.

« Jamais, dit le ministre, à aucune époque de notre histoire, l'instruction publique n'a été plus abondante ni plus variée qu'elle ne l'est aujourd'hui.

» De toutes parts les trésors des connoissances humaines sont offerts à la noble avidité d'une laborieuse jeunesse, et, pour la distribution, la force, le développement des études classiques, je ne vois pas ce que nous pourrions envier aux âges passés.

» Vous ne l'ignorez pas, Messieurs : l'Université de France possède dans son sein des bommes, qui, par leur vaste savoir, par leurs travaux scientifiques et littéraires, par l'éclat de leur enseignement, honorent notre patrie aux yeux des étrangers comme à ceux de leurs concitoyens. La maison

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même où nous sommes réunis n'est-elle pas le sanctuaire des hautes sciences et de la haute littérature? et peut-être le temps n'est-il pas loin où nous y verrons la science divine, qui a tant souffert de nos désastres, prendre un nouvel essor, et se préparer de nouveaux défenseurs dignes d'elle et de ses plus beaux jours.

» Mais, si je me plais à rappeler ce qui console, ce qui rassure pour le présent et pour l'avenir, je dois aussi, sentinelle vigilante, signaler les dangers qui nous menacent. Des ennemis redoutables assiègent nos écoles et cherchent à y pénétrer : je veux parler des mauvaises doctrines et du mauvais govît.

» Le caractère sacré dont je suis revêtu, le poste honorable qui m'est confié, tout me commande d'élever la voix avec force, et de crier à la jeunesse qui m'entend : Fuyez ces doctrines de mensonge, qui tantôt avilissent l'homme en le faisant descendre à la condition de la brute, et tantôt lui prêtent une chimérique grandeur en exaltant son orgueil. Si peut-être ils ne bannissent pas la Divinité de l'univers, ils la bannissent du moins de leur cœur ; elle est pour eux comme si elle n'étoit pas : leur culte, c'est rindifférence ; leur morale, l'intérêt ; leur espérance, le néant. En brisant le joug nécessaire de l'autorité divine, ils déchaînent toutes les passions et tous les vices, et ne semblent affranchir le genre humain que pour le faire tomber dans la plus honteuse servitude.

» On ne sauroit trop le répéter, Messieurs : la religion est pour le monde intelligent ce qu'est la lumière pour le monde visible ; par elle tout s'anime ; sans elle tout languit et meurt, le talent comme la vertu. Si elle venoit à perdre son empire, l'homme perdroit sa dignité, les âmes s affaisseroient, le sentiment de l'honnête et du beau s'affoibliroit ; les œuvres de l'esprit ne seroient plus échauflees de cette flamme céleste qui leur donne la vie ; le dérèglement des opinions passeroit dans le langage ; à l'antique et nol >le sim-

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plicité succéderoit une afîectation puérile ; les heureuses hardiesses de nos grands écrivains seroient remplacées par de monstrueuses innovations. Ainsi la ruine des mœui's entraîneroit celle des bonnes lettres, et l'on verroit s'ensevelir inévitablement dans le même tombeau les mœurs, les \oidf la liberté, les lettres et les arts.

'- Mais, non, Messieurs, le ciel ne nous a pas condamnés à cet excès d'opprobre et de calamité. Il est assis sur le trône de France, ce Prince si aimant et si digne d'être aimé, qui n'a pas juré en vain au pied des autels de maintenir la religion, la justice et les lois, et de se dévouer au bien de ses peuples. Roi par sa naissance. Roi par l'alfection des Français, qu'il vive pour régner sur nous avec gloire; qu'il vive pour être heureux de la félicité publique ; qu'il vive autant que notre amour! »

A cette époque, madame T. qui dans le ministre voyoit toujours le sage ami et l'éloquent orateur que ses désirs avoient naguère appelé à l'Académie Française, écrivit de Versailles à M. d'Hermopolis : elle regrettoit de n'avoir pas reçu de lui la Défense du Christianisme.

«« J'ai lu vos deux lettres, répondit-il le 25 août. Mon secrétaire reconnoît votre belle écriture, qui me fait faire un péché d'envie toutes les fois qu'elle me passe sous les yeux, et il ne manqueroit pas de me remettre vos lettres.

» C'est me doniier une aimable marque de souvenir que de me demander les Conférences. J'aimerois mieux attendre la seconde édition qui est sous presse, et qui sera moins défectueuse que la première : mais vous avez du loisir, et j'ai la simplicité de croire que vous mettez quelque empressement à avoir l'ouvrage. Vous l'aurez donc tel qu'il est en ce moment.

>» Plaignez le ministre : il se plaint de sa grandeur qui rattache à Paris. Voilà comme nous sommes dans ce basmonde. Maintenant que la campagne m'est interdite, j'au-

rois un plus vif désir d'y être. Si jauiais j'allois à Versailles, je pourrois fort bien me souvenir de la rue de la P. En attendant, veuillez, Madame, agréer tous mes hommages. »

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