CHAPITRE XXV
Sacre de iM. de Séguiii-des-Hons. — Lettre de M. d'HcniiopolisàM. deClicverus. — Piété de la famille royale. — Nouveau livre de l'abbé F. de La Alennais. — Exposé des sentiniens de plusieurs évêques sur l'indépendante des rois dans l'ordre temporel. — Condamnation de l'abbé de La Mennais. — Discours au Roi. — Troisième édition de la D'fe/iseifu Chrislianisme.
Le ministre des Affaires ecclésiastiques avoit proposé pour le siège de Troyes M. de Séguin-des-Hons, vicairegénéral d'Albi . Le 26 février, assisté de l'ancien évêque de Tulle et de l'évèque de Beauvais, il sacra ce prélat
dans l'église de Sorbonne.
La noble conduite de M. de Cheverus, évêque de Montauban, qui, dans une inondation du Tarn, montra autant de dévouement que de zèle, le pénétra d'admiration. Il rendit compte à Charles Xde ce qu'avoit fait le généreux prélat, auquel il adressa bientôt une lettre flatteuse avec les dons du Roi (5,000 fr.).
Ce monarque si pieux faisoit alors les stations du Jubilé, et le premier aumônier, toujours à ses cotés, s'édifioit de la piété du prince. Le mercredi saint, 22 mars, le Roi, M. le Dauphin, Madame la Daupliine et Madame, duchesse de Berri, s'étant rendus à Saint- Germain-l'Auxerrois, il leur donna la communion pascale.
En ce moment, l'abbé F. de La Mennais publia la deuxième partie de son livre De la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil, dans lequel, après avoir traité la question du pouvoir papal,
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il falsoit à la France l'application du principe qu'il venoit d'établir, et examinoit les modernes prétentions connues sous le nom de Libertés de V Eglise Gallicane. La pensée d'une répression judiciaire, que l'opinion libérale, qui évoquoit le fantôme de V ultramontanisme , pût accepter comme une satisfaction, se présenta aussitôt à quelques membres du ministère : mais M. Frayssinous, se rappelant qu'il étoit évêque, ne provoqua point les poursuites qui, au mois d'avril, amenèrent le prêtre dans le prétoire de la police correctionnelle, sous la prévention d'attaque contre les droits du Roi, et de provocation à la désobéissance à la Déclaration de 1682, qu'on prétendit être une loi de l'Etat.
Plusieurs évêques se trou voient alors à Paris. Aux prélats, membres de la commission pour la maison des liantes études, pouvoient se joindre ceux qui étoient appelés dans la capitale par les séances de la chambre des pairs ou par les affaires de leurs diocèses. M. Frayssinous crut qu'il arriveroit, de son côté, à désarmer l'opinion libérale, si une Déclaration, émanée de ces évêques, confirraoit la doctrine exposée dans ses Vrais Principes, doctrine qui contrastoit si vivement avec celle que l'abbé de La Mennais avoit émise. Le nom du Roi fut interposé pour appuyer les instances du ministre des Affaires ecclésiastiques, et des assemblées eurent lieu chez le cardinal de La Fare.
Dès qu'on eut proposé aux évêques de signer une Déclaration, les opinions se divisèrent. Il s'agit de savoir si l'on adhéreroit à toute la doctrine des quatre Articles, ou seulement à celle du premier. D'un côté, on représenta qu'on ne pouvoit ressusciter la Déclaration de 1 682, après l'improbation des souverains Pontifes, sans se pla-
cer, h l'égard du Saint Siège, dans une position bien plus grave que ne l'avoit été celle des prélats qui en furent les auteurs. De l'autre côté, on fit observer que les trois derniers Articles ayant été attaqués plus fortement encore que le premier, se borner à soutenir celui-ci , c'étoit avouer que les autres étoient insoutenables. Pour écbapper à ces inconvéniens, on songea à un parti mitoyen : il consistoit à renouveler d'une manière générale la doctrine des trois derniers Articles, que l'abbé de La Mennais combattoit comme renfermant des conséquences schisniatiques et hérétiques , attentatoires à la divine constitution de l'Église, et d'une manière spéciale, la doctrine du premier Article, qu'il combattoit comme conduisant à V athéisme politique. Cette tournure sembla propre à satisfaire aux diverses répugnances. Il fut énoncé, dans une première rédaction, que les rois n'étoient soumis au pouvoir de l'Eglise que dans le^br intérieur : mais plusieurs prélats exigèrent la suppression de cette proposition. Enfin, le 3 avril, les cardinaux de La Fare et de Latil, l'ancien archevêque de Toulouse, les archevêques d'Aix, de Besançon et de Bourges, les évêques d'Amiens, d'Autun, d'Evreux, de Montpellier, de Nantes, de Quimper, de Strasbourg, et l'ancien évêque de Tulle, souscrivirent, dans les termes suivans, la Déclaration qu'on intitula : Exposé des sentimejis des évêques qui se trouvent à Paris, sur l'indépendance des rois dans l'ordre temporel. Ce titre fut omis dans le Moniteur.
« Depuis trop long-temps, disent les prélats, la religion n'a eu qu'à gémir sur la propagation de ces doctrines d'impiété et de licence qui tendent à soulever toutes les passions contre l'autorité des lois divines et humaines. Dans leurs
justes alarmes, les évéques de France se sont efforcés de préserver leurs troupeaux de cette contagion funeste. Pourquoi faut-il que les succès qu'ils avoient le droit d'espérer de leur sollicitude soient compromis par des attaques d'une nature différente, il est vrai, mais qui pourroient amener de nouveaux périls pour la religion et pour l'Etat?
» Des maximes reçues dans l'Eglise de France sont dénoncées hautement comme un attentat contre la divine constitution de l'Eglise Catholique, comme une œuvre souillée de schisme et d'hérésie, comme une profession d'athéisme politique.
» Combien ces censures prononcées sans mission, sans autorité, ne paroissent-elles pas étranges, quand on se rappelle les sentimens d'estime, de confiance et d'affection, que les successeurs de Pierre, chargés comme lui de confirmer leurs frères dans la foi, n'ont cessé de manifester pour une Eglise qui leur a toujours été si fidèle!
•> Mais ce qui étonne et afflige le plus, c'est la témérité avec laquelle on cherche à faire revivre une opinion née autrefois du sein de l'anarchie et de la confusion où se trouvoit l'Europe, constamment repoussée par le clergé de France, et tombée dans un oubli presque universel; opinion qui rendroit les souverains dépendans de la puissance spirituelle, même dans l'ordre politique, au point qu'elle pourroit, dans certains cas, délier leurs sujets du serment de fidélité.
» Sans doute, le Dieu juste et bon ne donne pas aux souverains le droit d'opprimer les peuples, de persécuter la religion, et de commander le crime et l'apostasie; sans doute encore les princes de la terre sont, comme le reste des chrétiens, soumis au pouvoir spirituel dans les choses spirituelles : mais prétendre que leur infidélité à la loi divine annuleroit leur titre de souverains, que la suprématie pontificale pourroit aller jusqu'à les priver de leur couronne, et à les livrer à la merci de la multitude, c'est une doctrine qui n'a aucun fondement, ni dans l'Evangile, ni dans les traditions apo-
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sloliques, ni dans les écrits des docteurs et les exemples des saints personnages qui ont illustré les plus beaux siècles de l'antiquité chrétienne.
» En conséquence, nous cardinaux, archevêques et évêcjues soussignés, croyons devoir au Roi, à la France, au ministère divin qui nous est confié, aux véritables intérêts de la religion dans les divers Etats de la chrétienté, de déclarer que nous réprouvons les injurieuses qualifications par lesquelles on a essayé de flétrir les maximes et la mémoire de nos prédécesseurs dans l'épiscopat; que nous demeurons inviolablement attachés à la doctrine, telle qu'ils nous l'ont transmise, sur les droits des souverains, et sur leur indépendance pleine et absolue, dans l'ordre temporel, de l'autorité, soit directe, soit indirecte, de toute puissance ecclésiastique.
» Mais aussi nous condamnons, avec tous les catholiques, ceux qui, sous prétexte de libertés, ne craignent pas de porter atteinte à la primauté de saint Pierre et des Pontifes Romains ses successeurs, instituée par Jésus-Christ, à l'obéissance qui leur est due par tous les chrétiens, et à la majesté, si vénérable aux yeux de toutes les nations, du Siège apostolique, où s'enseigne la foi et se conserve l'unité de l'Eglise.
» Nous nous faisons gloire, en particulier, de donner aux fidèles l'exemple de la plus profonde vénération, et d'une piété toute filiale, envers le Pontife que le ciel, dans sa miséricorde, a élevé de nos jours sur la chaire du prince des apôtres. »
Evidemment, le second paragraphe : (( Des maximes reçues en France sont dénoncées hautement comme un atienlat contre la dwine conslilution de l Eglise, comme une œuvre souillée de schisme et d'hérésie, comme une profession d'athéisme politique , » se rapporte à toutes les maximes des quatre Articles. Évidemment, c'est à toute la doctrine de ces Articles que se rapportent encore les mots : (c Nous réprouvons les injurieuses (jiiali-
fications par lesquelles on a essayé de flétrir les maximes et la mémoire de nos prédécesseurs dans l'épiscopat. » Or, en prononçant de nouveau que ces maximes sont reçues en France, l'Exposé de 1826 fait précisément au fond ce qu'avoit fait la Déclaration de 1682 \ car les prélats de cette dernière époque ne prétendirent pas définir des dogmes : ils déclarèrent seulement que les maximes énoncées dans les quatre Articles étoient reçues en France. Et quand l'Exposé ajoute qu'il réprouve les qualifications odieuses données aux maximes gallicanes, il prononce ainsi qu'elles ne peuvent mériter aucune censure ; il va jusqu'au point où Bossuet s'arrête dans la défense des quatre Articles : « Aheat ergo Declaratio qui) libuerit', maneat inconcussa et omnis censurée expers prisca illa sententia Parisiensium, » L'Exposé, renouvelant, comme on vient de le voir, les maximes de 1682, n'a qu'une valeur empruntée à l'ancienne Déclaration, et doit être, sous le rapport de la doctrine, jugé de même : leurs principes sont identiques, leurs destinées seront communes. Il est, toutefois, bien remarquable qu'en maintenant d'une manière implicite toute la doctrine des quatre Articles, on ait évité même de prononcer le nom de la fameuse et malheureuse Déclaration de 1682 :
« Oui, malheureuse, a dit récemment M. d'Asti'OS (1); car elle refroidit l'afFection de l'Eglise Romaine pour l'Eglise de France, sa fille aînée : résultat déchirant pour des cœurs catholiques. »
(1) L'Eglise de France injustement flétrie dans un ouvrage ayant pour titre : Institulions Ulurgiqucs, etc., par M. l'archevêque de Toulouse, i"^'- édit., p. 21.
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Ce silence s'explique par les dispositions dont étoit animée une grande partie du clergé de France, qui n'envisageoit plus la Déclaration de 1682 qu'avec un sentiment de regret et de défiance j en sorte qu'une omission aussi étonnante, dans un acte qui reproduisoit en termes généraux les quatre Articles, bien loin de désavouer les trois derniers, étoit un symptôme certain du discrédit où ils commençoient à tomber.
Quant à l'objet apparent et plus spécial de l'Exposé, dont les auteurs vouloient surtout exprimer leurs sentimens sur l'indépendance des rois dans l'ordre temporel, on s'étonne que les quatorze prélats qualifient d'opinion née autrefois du sein de Vanarchie et de la confusion, constamment repoussée par le clergé de France, et tombée dans un oubli presque universel, une doctrine admise dans plusieurs décrets des Papes, supposée au moins dans les actes de beaucoup de conciles, soutenue en particulier par un grand nombre de saints docteurs, et qui, de l'aveu du clergé de France de 1615, a régné sans contestation jusqu'à l'époque du protestantisme. Gerson, député de l'Université de Paris au concile de Constance, le cardinal du Perron, organe du clergé en 1615, Fénelon, l'une des plus belles gloires de l'Eglise de France, protestent contre l'allégation que cette doctrine a été constamment repoussée par le clergé français, et l'assemblée de 1682 s'est bien gardée d'insérer dans ses actes une erreur aussi facile à constater. Des écrivains protestansetphllosopbes ont eux-mêmes admiré, comme défenseurs, de la loi de justice, base de la société, ces Papes que des catholiques accusent de s'être laissé égarer, touchant les droits de leur divine autorité, par des préjugés nés du sein de Vanarchie et de la confusion.
comme si les temps qui ont suivi l'époque du protestantisme étoient exclusivement les siècles d'ordre et de raison. Au surpluS;, en condamnant cette prétention que l'infidélité des princes à la loi divine annule leur titre de souverain, l'Exposé condamne une doctrine qu'on n'a vue nulle part, et personne n'a affirmé que le souverain cesse de l'être parce qu'il viole la loi divine : proposition absurde, qui reviendroit à dire que le pouvoir ne doit pas être exercé par des hommes. En déclarant que la doctrine repoussée par les prélats tend à livrer les princes à la merci delà multitude, l'Exposé commet une autre méprise; car, suivant cette doctrine, l'intervention de l'autorité spirituelle est l'unique moyen de soustraire les princes aux caprices de leurs sujets, et Bossuet lui-même a toujours distingué, comme absolument opposés en eux-mêmes et dans leurs résultats, les deux sentimens que l'Exposé a confondus (1) : cette nouvelle Déclaration a donc encore le tort de défigurer, par une exposition inexacte, la doctrine qu'elle rejette. Enfin, les quatorze prélats repoussent les qualifications par lesquelles on a essayé sans mission de flétrir les maximes et la mémoire de leurs prédécesseurs dans l'épiscopat : mais Léon XII ne pouvoit-il pas trouver que, dans leur
(1) « On montre plus clair que le jour, dit-il, {Défense de l'Uist. dfi Variations, p. 35] que, s'il falloit comparer les deu\ sentimens, celui qui soumet le temporel des souverains au Pape, et celui qui les soumet au peuple, ce dernier parti, où la fureur, où le caprice, où l'ignorance et remporlemcnt dominent le plus, seroit aussi, sans hésiter, le plus à craindre. L'expérience a fait voir la vérité do ce sentiment, et notre âge seul a montré, parmi ceux qui ont abandonné les souverains aux cruelles bizarreries de la multitude, plus d'exemples et plus tragiques contre la personne et la puissance des rois, qu'on n'en trouve durant six à sept cents ans parmi les peuples qui en ce pointent reconnu le jx.iivcir de l'ioine. »
Exposé, û^Jlétris soient, et sans missioji aussi, la doctrine et la mémoire des Papes qui l'avoient précédé sur le Siège apostolique ?
Le 10 avril, l'Exposé fut présenté à Charles X par le cardinal dcLatil, l'archevêque d'Aix et l'évêque d' Autan. G'étoit une Déclaration doctrinale, et l'on fut surpris qu'elle fût faite au Roi plutôt qu'au Pape. Si les prélats s'adressoient au chef de l'Etat, parce que la doctrine opposée à leurs opinions leur sembloit pouvoir amener de nouveaux périls pour V Etat, ils dévoient s'adresser au chef de la religion, puisque la même doctrine leur sembloit aussi pouvoir amener de nouveaux périls pour la religion.
M. de Quelen n'avoit pas joint sa signature à celles des quatorze prélats. Interprétant l'Exposé dans un sens différent de celui que cet acte présentoit généralement, il écrivit à Ciiarles X qu'il professoit aussi l'opinion de l'indépendance de la puissance temporelle, mais en matière purement civile. Comme la question n'avoit point pour objet les matières purement civiles, mais les bases mêmes de l'ordre spirituel dans ses rapports avec l'ordre politique, puisqu'il s'agissoit du fondement du droit de commander et du devoir d'obéir, sa lettre, qui laissoit cette question intacte , différoit essentiellement sous ce rapport de l'Exposé de ses collègues.
L'acte du 3 avril ne sauroit être considéré comme l'œuvre de l'épiscopat. Désiré par M. d'Hermopolis, signé par quatorze prélats, présenté au Koi, puis publié par le Moniteur sous la rubrique du ministère des Affaires ecclésiastiques , il fut communiqué h tous les évêques de France par une circulaire du ministre, qui les invita à y adhérer. Mais ces évêques, relativement
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à leur conduite dans cette affaire, peuvent être divisés en cinq classes très-distinctes. 1" Les uns adhérèrent purement et simplement à l'Exposé. 2° Les autres, sans faire mention de l'acte du 3 avril, reproduisirent, en termes plus ou moins clairs, l'opinion qu'énonce le premier article de 1G82; en sorte qu'on ne pouvoit dire qu'ils adhéroient à l'Exposé, lequel, outre ce qui est relatif au premier article» renouveloit, comme on l'a vu, la doctrine des trois derniers. 3° D'autres, comme M. de Quelen, se bornèrent à reconnoître l'indépendance du pouvoir temporel dans les matières purement civiles, déclaration qu'aucun catholique ne refuseroit de souscrire. Cependant, le JSIoniteur fit figurer^ dans ses listes d'adhésion, les noms des prélats qui appartenoient h ces trois premières catégories, au nombre de soixante-dix cardinaux, archevêques ou évéques. 4° D'autres représentèrent que, dès qu'il s'agissoit d'établir un point de doctrine, il falloit nécessairement recourir au chef de l'Eglise, sans lequel on ne pouvoit rien définir. 5° Les autres, enfin, ne voulurent point s'expliquer.
M. d'Hermopolis, en sollicitant l'Exposé du 3 avril, conforme aux doctrines qu'il avoit émises dans ses Vrais Principes, ne songeoit qu'à désarmer l'opposition libérale qui appuyoit les accusations d'ultramonlanisme sur le dernier livre de M. de La Mennais. G'étoit méconnoître sa loyauté, que de lui reprocher d'avoir fait coïncider la dénonciation doctrinale de cet ouvrage au Roi, avec les poursuites judiciaires dont l'auteur se trouvoit l'objet (1)5 et il étoit loin de sa pensée de devancer le réquisitoire du ministère public, en présentant solennel-
(1) SJcmo/ïal caÛwliqiiCj t. V, p. •.>.20.
lenieiit le livre de M. de La Mennais comme attentatoire au repos de l'Etat. A la suite de ce réquisitoire, le tribunal, écartant la prévention d'attaque contre les droits du Roi, mais regardant comme établie celle de désobéissance à la Déclaration de 1682, qu'il dit être une loi fondamentale de l'Etat, condamna le prévenu à 30 francs d'amende. Ce jugement, qui violoit la Charte d'une manière évidente;, avoit pour but d'oter à tous les prêtres français la faculté de discuter les questions théologiques (jui sont l'objet de la Déclaration, et que l'on discute librement dans tout l'univers catholique.
Le compliment adressé à Charles X, le 12 avril, par le ministre des Affaires ecclésiastiques et de l'Instruction publique, contient une allusion à la question qui agitoit les esprifs.
« Sire, dit M. d'fleiinopolis, paiiui les jours heureux dont la France a un éternel souvenir, il en est un d'autant plus présent et plus cher à nos cœurs, qu'il est le premier qui ait consolé notre patrie de ses longues infortunes : c'est le jour qui éclaira, il y a douze ans accomplis, le retour de Votre Majesté dans cette capitale; jour qui fut véritablement une fête de famille et une fête nationale tout à la fois, qui fit éclater le triomphe de la paix sur la discorde, du droit sur la force, et qui commença, pour le royaume de saint Louis, une vie nouvelle de gloire et de prospérité.
» Fatiguée de secousses et même de victoires, la France, Sire, éprouvoit un besoin immense de repos, et le ciel avoit décidé qu'elle ne le retrouveroit que sous le sceptre paternel des Bourbons. Le 12 avril fixera dans la postérité cette époque immortelle.
» Sire, la légitimité a vaincu pour toujours. Elevée audessus de tous les partis, gardée par la religion, la justice et la fidélité, elle vcrrét tous ses ennemis expirer à ses pieds.
» OuijSiie, nous l'espérons : par les soins du conseil royal de l'Instruction publique et de tout le corps enseignant, les nouvelles générations qui lui sont confiées croîtront dans l'obéissance aux lois, dans le dévoûment à leur Roi et à leur patrie.
» Nous nous efforcerons de les sauver de ce débordement toujours croissant de doctrines corruptrices, qui sont la plaie la plus profonde de l'Etat.
» Nous leur apprendrons par nos exemples à rendre à Dieu ce qui est à Dieu, en respectant la puissance religieuse dans les choses de la religion, et à i-endre à César ce qui est à César, en respectant la puissance politique dans les choses temporelles. Ainsi l'ordre sera maintenu, et des théories heureusement plus vaines encore que dangereuses ne renverseront pas les bornes qu'une main divine a posées pour le bien des sociétés chrétiennes. »
Pendant que le livre de M. de La Mennais suscitoit ces contestations ardentes, la Défense du Christianisme, par M. Frayssinous, poursuivoit paisiblement le cours de ses succès. La troisième édition , tirée à dix mille exemplaires, vit le jour au mois de mai 1826, et propagea dans un cercle plus vaste le bien que produisoient les conférences. Le discours sur les livres irréligieux, publié séparément avec l'Instruction de M. de Boulogne sur les mauvais livres, étoit en même temps répandu avec fruit par la Bibliothèque catholique .