CHAPITRE XXVI
Discours de M. d'Hermopolis à la cliambre des députés, prononcé dans les séances du 25 et du 26 mai 1826. — Urbanité de M. Casimir Périer.— Compliment de Charles X à M. d'Hermopolis. — Polémique à l'occasion du discours de M. Frayssinous.
Depuis l'ouverture de la session, quelques plaintes s'étoient élevées, dans la chambre des députés, contre le clergé ^ des observations avoient été faites sur son état présent dans le nouveau système politique; des vœux avoient été exprimés pour l'amélioration de son sort et pour sa plus complète organisation. Ces plaintes, ces observations et ces vœux, portés dans la France entière par la voie des feuilles publiques, dévoient être, pour son repos, discutés avec maturité, appréciés et réduits à leur juste valeur. M. d'Hermopolis, à l'occasion du budget du ministère des Affaires ecclésiastiques, voulut donner des éclaircissemens sur ces matières, en présence des députés qui, appelés à balancer les destinées de la patrie, attachoient sans doute un grand prix h ce qui pouvoit affermir la paix domestique et civile, calmer les esprits agités, et les guérir enfin, s'il étoit possible, de l'indéfinissable maladie dont ils sembloient travaillés en ce moment.
Les reproches qu'on croyoit pouvoir faire au clergé se réduisoient à deux principaux. On Taccusoit d'abord d'un esprit très-persévérant de domination, qui tendoit à tout envahir, et à soumettre, comme on le disoit, le temporel au spirituel. On l'accusoit encore d'un esprit d'ultramontanisme, d'un penchant très-vif, ajoutoitM. Frays-
slnous, pour des opinions étrangères et peu conciliables avec les libertés de l'Eglise Gallicane. Le ministre examina successivement ces deux points, dans les séances du 25 et du 26 mai. C'étoit un combat dont il espéroit sortir heureusement, en mettant de la franchise dans la pensée, et de la mesure dans l'expression. Tel est, en efFef, le caractère de son discours, où l'on retrouve, du reste, les opinions du livre des Jurais Principes, mises en relief avec d'autant plus d'abandon que l'orateur s'adressoit à une assemblée généralement prévenue contre les doctrines opposées, et dont il cherchoit à conquérir la bienveillance.
Dans la séance du 25 mai, il discuta le premier reproche fait au clergé, celui d'un esprit de domination et d'envahissement. Dans la séance du 26, il discuta le second reproche, celui d'un esprit d'ultramontanisme.
A cette occasion, il supposa qu'une voix s'élevoit pour lui dire :
« Vous êtes partisan des maximes et des libertés de l'Eglise Gallicane, nous le savons Mais n'est-il pas un obstacle insurmontable à la propagation de ces saines doctrines?... ]\ 'avons-nous pas enfin au milieu de nous ce qu'on appelle les Jésuites ? »
A une telle objection, il n'y avoit qu'une réponse à faire, la Charte à la main : il falloit déclarer que le ministre des Affaires ecclésiastiques ne pouvoit et ne devoit connoître en France que des prêtres approuvés par les évêques, sans s'enquérir, par des investigations aussi inconstitutionnelles que tyranniques, s'il convenoit à quelquesuns de ces prêtres de suivre une règle particulière. Tel éloit bien le point de vue sous lequel M. Frayssinous envisageoit la question, comme on le verra plus tard 5 mais.
cette fois, le ministre, s'écartant de la réserve que lui coniniandoit sa position otlicielle, et distinguant là où il ne convenoit pas de distinguer, déclara qu'il y avoit en France des Jésuites, et qu'ils y occupoient sept petits séminaires : distinction fâcheuse, qui sépara dès-lors la cause des Jésuites de celle du reste du clergé, et fournit à leurs ennemis un prétexte dont ils se prévalurent pour réclamer, avec une insistance de plus en plus menaçante, des mesures exceptionnelles contre la Société de Jésus. Aucun des membres du conseil des ministres ne s'attendoit à la déclaration de M. d'Hermopolis ; et l'un d'eux, quoique plus particulièrement lié avec le prélat, voyant à quel point elle engageoit le Gouvernement pour l'avenir, combien elle faisoit dévier une question si simple, et quelle fausse direction en recevroit la polémique, la regretta comme une faute. La suite ne justifia que trop ses regrets et ses prévisions (1). M. Frayssinous prouva dans cette occasion qu il avoit le défaut d'une qualité, mais de la plus belle de toutes, la loyauté. Elle se reflétoit dans sa parole, toujours franche, claire, précise, souvent pleine de force dans la défense des intérêts qu'il avoit mission de proléger, mais conciliante sans cesser d'être noble et digne 5 au point que M. Casimir Perler, son adversaire politique, s'écrioit : « Vive M. Frayssinous et sa tolérance! » Intolérant de l'erreur, le prélat conservoit, en effet, les plus
(1) La minoiitc de la commission formée, en 1828, relativement aux écoles secondaires ecclésiastiques, ne manqua pas de motiver son opinion, dans le Rapport au Roi, du 9,8 mai, en disant : « Dès 1826, M. l'évcquc^ d'IIermopolis, alors ministre des Affaires ecclésiastiques et de l'Instruction j)ul)lique, a déclaré à la tribune des deux chambres, et nolammenl le ?.tS mai à celle des députés, que sept petits séminaires étoient sous la main des Jésuites. »
séduisans égards pour les personnes, et, s'il rencontroit des esprits rebelles, il ne manquoit jamais de faire la conquête des cœurs.
Le 25 et le 26 mai, en descendant de la tribune, il s'étoit vu accueilli avec un vif empressement et complimenté de tous les cotés de la chambre. Des murmures répondirent à M. Casimir Périer, lorsqu'il essaya, le 26 mai, d'afFoiblir l'impression produite par le ministre des Affaires ecclésiastiques. Les mêmes murmures l'interrompirent, lorsqu'à l'occasion du budget spécial de l'Instruction publique, il revint, le 27 mai, sur les petits séminaires tenus par les Jésuites. Du reste, en combattant le ministre, l'orateur rcndoit hommage à son talent.
Dans cette séance du 27, M. d'Hermopolis crut devoir présenter de nouveaux éclaircissemens. En écoutant, la veille, M. Casimir Périer avec un intérêt tout particulier, il s'étoit trouvé dans un grand embarras.
<< D'un côté, dit-il, je me sentois pressé du désir d'opposer à ce que je veiiois d'entendre des ob.servations très-siinples, Irès-faciles, et qui me senibloient de nature à n'exif^er de moi aucune préparation; d'un autre côté, je me sentois retenu et comme désarmé par l'urbanité ingénieuse et toute française avec laquelle l'orateur avolt parlé de tout ce qui m'étoit purement personnel. Mais j'ai appris qu'on altribuoit mon silence à un autre motif, et que des membres trèsgraves de cette assemblée, en assez grand nombre, souliaitoient une explication publique : je vais la donner. »
Faisant allusion, dans cette réplique, à l'abbé de La Mennais et à l'Exposé du 3 avril :
» Un seul homme, dit-il, auroit pu, par son grand talent, exercer sur l'enseignement de la théologie cet ascendant
qui fait ombrage; mais sa doctrine se seroit discréditée par ses excès mêmes, quand elle n'auroit pas été frappée dès sa naissance par nos évêques avec un assentiment général, dont il y a peu d'exemples dans les annales de l'Eglise. »
Arrivant ensuite à la question des petits séminaires, le ministre la traita en peu de mots.
Le dimanche 28 mai, lendemain de ces brillans succès de tribune, M. d'Hermopolis présenta, à la messe, la paix au roi Charles X. a Pas d'orgueil, » lui dit doucement le prince, avec un gracieux sourire qui félicitoit, dans le premier aumônier, l'orateur applaudi la veille.
A ces félicitations si flatteuses se mêlèrent les déclamations les plus amères.
Les ennemis du clergé, pour atténuer l'efTet des paroles de M. d'Hermopolis, relevèrent avec complaisance et exagérèrent avec perfidie ce qu'ils appeloient ses aveux, en laissant dans l'ombre ce qu'avoit de péremptoire sa réponse à tant d'accusations malignes et de défiances injustes. Telle fut notamment, le 28 mai, la tactique du Journal des Débats, qui conclut de ses sophismes que les alarmes de la France n'étoient que trop fondées.
D'un autre coté, M. Duplessis de Grénédan, député d'Ille-et- Vilaine, qui n'avoit pu répondre à la tribune au ministre des Affaires ecclésiastiques, publia dans le Mémorial catholique (l) des Réflexions sur l'attaque dirigée contre 31. de La Blennais, par M. (ï Hermopolis.
Il parut aussi dans la Quotidienne une lettre sur le jeune clergé, datée de Vesoul le 4 juin, et écrite dans
(1) Tome V, p. -.193.
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le même sens que les Réflexions de M. Duplessis de Grénédan. M. Clausel de Coussergues, député de l'Aveyron, uni à M. d'Hermopolis par les liens du sang et par ceux de l'amitié, fit paroître, le 6 juin, dans la Quotidienne, une réponse à cette critique aussi injuste qu'acérée.