‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 26 sur 75 · CHAPITRE XXVÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVÏI

Anlidote contre les Aphorisnies, par M. Boyer. — Lettre de l'abbé do La Meiinais.— M. Boyer est consulté par 31. d'Hermopolis. — 3Iot de Charles X à cette occasion. — Prédilection de M. Frayssinous pour le Bouergue. — Ses aumônes. — Il pressent une révolution. — Sa conduite à l'égard de sa famille.

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Au commencement de 1826, avoit paru, en huit pages in-8", un écrit intitulé : In quatuor articulas Declaraiionis anno 1G82 éditée, ^ phorismata, ad juniores theologos, auctore F. D. L. M. Cet opuscule, attribué à l'abbé F. de La Mennais, contenoit dix-huit aphorismes et deux corollaires-, il éloit dirigé par M. Gerbet, son auteur véritable, contre les quatre Articles de 1682, que l'on présentoit comme favorisant l'athéisme politique, renversant l'autorité et l'unité de l'Eglise, se rapprochant de la méthode protestante -, et on y engageoit les jeunes théologiens à ne pas se soumettre h un évêque, qui leur prescriroit de signer ces Articles.

M. Frayssinous ayant prié M. Boyer de réfuter cet écrit, le théologien publia, au mois de juin 1826, 1'^-//?tidote contre les aphorismes (l), adressé également aux

(i) 1 iS pag. in-ii".

ÔgO VIE DE M. FRAYSSINOUS. [1826]

jeunes lévites, à qui il dénonçoit les propositions de M. Gerbet comme pleines du venin de Veneur et de la révolte. Héritier, ainsi que MM. Emery, de La Luzerne, de Bausset et Frayssinous, des traditions de l'aneienne Sorbonne, M. Boyer dut combattre avec une grande vivacité la thèse de son adversaire anonyme, qu'il croyoit être Tabbé de La Mennals-, mais il s'attacha moins à prouver la vérité des quatre Articles, qu'à persuader qu'on y trouve une pure opinion qui peut être soutenue sans préjudice de la paix, de la foi et de l'unité de l'Eglise. Son écrit est divisé en huit chapitres, et c'est dans le huitième qu'il discute l'accusation d'hérésie portée contre les Gallicans : il y produit une décision de la Pénitencerie, en date du 27 septembre 1820, et d'après laquelle, aucune note théologique n'ayant été infligée à leur doctrine, rien ne s'oppose à ce qu'on donne l'absolution aux prêtres qui y adhèrent encore de bonne foi et par persuasion. Le style de l'auteur, plus pur dans cet écrit que dans ses autres productions, s'élève et s'anime dans la conclusion, où il répond aux attaques réitérées dont M. d'Hermo|3olis étoit l'objet. Le ministre fut très-sensible à cette preuve de l'amitié de M. Boyer, et beaucoup d'évêques répandirent dans leurs séminaires V Antidote contre les Aphorismes.

L'abbé de La Mennais ne manqua pas d'intervenir dans cette discussion.

« Le zèle de la polémique ayant tout à coup saisi la famille de M. l'évêque d'IJeiinopolis, écrivit-il au Mémorial calholique{{), je me suis vu attaqué presque à la fois par M. Clause! de Montai», évoque de Chartres^ par M. l'abbé Ciausel de

( I 'J'oino A I , p. 1 .

[1826J LIVRE II. CHAPITRE XXVIl. Sg l

Coussergues, conseiller de l'Université, par M. Clausel de Coussergues, conseiller à la cour de cassation, et par M. l'abbé Boyer, dii'ecteur au séminaire de Saint-Sulpice, tons compatriotes et parens de l'illustre auteur des ferais principes de CEglise Gallicane. Ainsi, par le seul dévoûment des siens. Monseigneur d'Hermopolis a pu s'entoui'er d'une sorte de concile domestique, dans lequel M. de Coussergues, en sa double qualité de député et de magistrat, représente sans doute l'évêque du debors. Je ne nie pas que cette autorité n'offre quelque cbose de fort imposant. Toutefois, comme j'ai le malbeur de ne pas croire extrêmement à la souveraineté du concile séparé du Pape, encore moins du concile opposé au Pape, j'oserai résister aux décisions de celui dont j'éprouve les rigueurs, y/zj^^'à ce que le consentement du Saint Siège intervienne ; car, pour moi, c'est-là mon quatrième article. »

Toute la lettre est sur ce ton d'amère plaisanterie : M. de LaMennais, en se moquant des aménités gallicanes qui ornoient, disoit-il, presque toutes les pages de ses adversaires, ne s'apercevoit pas qu'il répandoità pleines mains dans les siennes des sarcasmes plus vifs que les leurs.

Sous le poids des affaires, M. Frayssinous recouroit à M. Boyer. Il prenoit ses avis sur les matières ecclésiastiques, et demandoit quelquefois au Roi la permission de ne répondre à une question qu'après en avoir conféré avec son théologien. Un jour, Charles X demanda au prélat où donc étoit cet ami qu'il se réservoit de consulter. « Sire, répondit M. d'Hermopolis, il loge dans une mansarde du séminaire de Saint-Sulpice. — C'est pour cela, sans doute, reprit le Roi en souriant, que vous ne me parlez jamais de l'élever plus, haut. »

592 Vlli DE 31. FRAYSSIINOUS. [1826]

Dans les courts loisirs que l'évêque d'Hermopolis déroboit à ses occupations, il aimoit à parler avec son condisciple des souvenirs de leur enfance, de la simplicité de mœurs qui caractérise leur pays, de la mâle vigueur qui avoit présidé à leur éducation. Pendant son ministère, il réunit, chaque année, dans un repas simple, mais cordial, tous ses amis du Rouergue qui habitoient Paris. Défense étoit faite, en se mettant à table, de parler une autre langue que le j'ouergat, et une amende de cinq francs expioit l'oubli involontaire qui avoit fait enfreindre la convention, dont le prélat surveilloit l'exécution en riant, mais avec une vigilante exactitude.

Ministre du Roi, M. Frayssinous devoit vivre avec un certain éclat : mais, prêtre et évêque, il se regardoit comme assujéli plus que tout autre à la loi de l'aumône. On ne saura jamais tout le bien qu'il a fait pendant sa vie. Un jour, il consulta M. Clausel de Coussergues sur les aumônes auxquelles la religion, son rang et sa fortune pourroient l'obliger : son ami lui déclara qu'il ne donneroit pas trop en consacrant vingt mille francs par an à ses pieuses libéralités, et la réponse du saint prélat laissa entrevoir que ce chiffre étoit plus que doublé. Quand on suggéroit à M. d'Hermopolis que ses hommes d'affaires pourroient mettre plus d'économie dans certaines parties de la dépense, il répondoit qu'il ne falloit pas les tourmenter : il ne vouloit pas même qu'on leur demandât des comptes trop sévères. Cependant, il avoit un continuel pressentiment d'un revers de fortune; et, au moment où, comme homme d'Etat, parlant à une assemblée politique, il devoit annoncer de la confiance dans l'avenir, il disoit dans son intimité : « Au train dont nous allons, cela ne durera pas. »

[182G] LIVRE II. CHAPITRE XXVill. DqS

Son désintéressement est attesté par la conduite qu'il tinta l'égard de sa famille. Il se montra très-bon pour elle, et il n'est pas un de ses membres qui ne se soit ressenti des bienfaits du prélat : mais M. Frayssinous ne s'occupa guère de leur procurer des places et des honneurs. Si quelques-uns ont rempli des fonctions dans l'administration ou dans la magistrature, ils y ont presque toujours été élevés ou à l'insu de l'évêque d'Hermopolis ou par leurs talens. On trouvera peut-être cette conduite rigoureuse dans un frère ou dans un oncle : néanmoins, elle est toute sacerdotale. Au milieu des grandeurs, M. Frayssinous, n'oubliant jamais qu'il étoit prêtre, se conforraoit aux règles sévères de l'Eglise.

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