CHAPITRE XXIX
Ecoles préparatoires. — Discours pour la distribution du concours général.
— Destitution de M. Laurentie Lettre de M. le comte de Sèze.— Mot
de M. Frayssinous sur M. Deguerry. — Nominations d'évèques. — Difficulté à l'occasion de la démission de BL Tliarin. —Traduction en Espagnol de la Défense du Christianisme. — Malveillance du /OM/naWes Débats pour l'auteur.
La suppression de l'Ecole normale, le 6 septembre 1822, avoit été précédée de l'établissement d'écoles normales partielles pour les élèves qui voudroient suivre la carrière de l'enseignement. Une ordonnance du 7 mars 1826 leur affecta des bourses, dont ils pourroient jouir pendant trois années. A l'expiration de ce terme , ils dévoient être nommés aux places de maîtres d'études dans les collèges royaux ou de régens dans les collèges communaux. Le 5 septembre suivant, le mi-
(1) Le conseil-général de la 3Iayenne, présidé par M. le marquis de Bailly, exprima, le 21 aoiit suivant, à l'unanimité, le vœu que l'éducation fût désormais confiée aux Jésuites, concurremment avec l'Université et toute autre congrégation religieuse enseignante.
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nistre publia un arrêté réglementaire pour les élèves de ces écoles préparatoires. En même temps, il établit, au collège royal de Louis-le-Grand à Paris, une école préparatoire, destinée aux lettres et aux sciences, dont l'accès étoit ouvert aux candidats, à partir du 1 ^"^ novembre -, et le 23 il voulut attirer sur l'établissement nouveau les bénédictions du ciel, en célébrant les saints mystères dans la chapelle du collège où il étoit formé. Le prélat ne manqua point d'adresser aux élèves une allocution simple et touchante sur leurs devoirs, c'est-à-dire sur la nécessité de l'instruction et surtout de la piété, qui fait les bons maîtres.
M. d'Hermopolis parla de cette création dans le discours qu'il prononça, le 16 août, pour la distribution des prix du concours général. Il saisit aussi cette occasion pour venger son administrasion des reproches exagérés que ne lui épargnoit pas l'esprit de parti.
« Messieurs, dit-il, c'est pour la cinquième fois qiae j'ai l'honneur de présider cette solennité littéraire, et que je viens distribuer des récompenses d'autant plus flatteuses pour ceux qui les reçoivent, qu'une justice plus éclairée et plus sévère a guidé ceux qui les ont décernées.
» N'est-il pas bien consolant pour nous et pour les coopérateurs de notre sollicitude, de pouvoir déclarer hautement dans cette enceinte, ou plutôt devant la France entière, que l'année qui vient de s'écouler a été particulièrement remarquable par la prospérité des collèges de celte capitale et du très-grand nourbre de ceux de nos provinces?
» Je n'ignore pas, Messieurs, les bruits que la malveillance affecte de répandi e et qui sont trop facilement accueillis par l'irréflexion et la crédulité. Les uns s'attachent à inquiéter les membres du corps enseignant sur leur avenir, en semant les plus chimériques alarmes. Les autres travaillent à déni-
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grer nos écoles par les plus odieuses imputations : il leur suHit d'un seul de ces scandales, de ces désordres, tels qu'on en vit à toutes les époques et dont nous sommes les premiers à gémir, pour frapper de leurs impitoyables anathèmes toutes les maisons d'instruction publique à la fois. Leur opinion tyrannique ne sait que condamner et que proscrire. Comptant pour rien les difficultés des temps et des circonstances, ils nous commandent impérieusement une perfection qui ne fut jamais.
» Nous n'avons pas la folle présomption de penser qu'avant notre administration tout étoit mal, et qu'aujourd'hui tout est bien. Le seul témoignage que nous puissions nous rendre, c'est d'avoir favorisé, autant qu'il étoit en nous, l'impulsion donnée vers des améliorations successives.
» Laissons aux cerveaux malades leurs utopies en matière d'éducation; faisons le bien en cherchant le mieux, mais avec discernement, sans rigorisme comme sans mollesse; et croyons que le temps entre pour quelque chose dans le perfectionnement des institutions humaines.
» Le Roi, dont le cœur paternel embrasse toute la grande famille des Français, a laissé tomber un regard vivifiant sur l'Université, en autorisant des écoles préparatoires destinées à la perpétuer : placées au sein même de nos collèges, elles formeront des maîtres d'élite, qui transmettront d'âge en âge le dépôt des bonnes méthodes et des bonnes doctrines. Oui, nous l'espérons, et nous en avons pour garans les sentimens généreux qui vous animent : on verra sortir de nos mains une jeunesse pleine de foi, pleine d'honneur, soumise par devoir aux lois de son pays, dévouée à cette race auguste qui seule, après tant d'orages, a pu fonder et seule peut affermir au milieu de nous l'alliance si désirée et toujours si difficile du repos public et de la liberté de tous.
» Sachons nous montrer dignes des enfans de saint Louis et de Henri IV; que toujours la religion soit l'ame de nos établissemens, que la discipline en soil la gardienne, que l'é-
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tilde en soit la gloire! C'est par là que vous et moi, Messieurs, nous confondrons nos communs détracteurs, et que l'Université royale ne pourra plus avoir d'autres ennemis que les ennemis mêmes de notre belle patrie. »
Parmi les hommes qui faisoient opposition à la politique de M. de Villèle, surtout en ce qui concernolt l'enseignement public, M. d'Hermopolis rencontroit M. Laurentie, qu'il avoit nommé, quatre années auparavant, inspecteur -général des études : une ordonnance du 5 novembre révoqua ce fonctionnaire. La cause de sa destitution, prononcée au moment où il s'abstenoit, par convenance, de travailler à la Quotidienne^ est dans les divisions royalistes du temps, divisions dont la nature, depuis lors, n'a pas changé. Il est juste de dire qu'on ne trouve pas, dans tous les écrits de M. Laurentie, un seul mot qui ne soit une expression de respect et d'affection pour M. Frayssinous : le prélat, dans son exil volontaire, ne Ta point oublié. On ne doit donc pas rendre M. Laurentie solidaire de l'article violent que sa révocation inspira à M. le comte O'Mahony, dans le Mémorial catholique.
La sévérité de M. d'Hermopolis, quand il la croyoit nécessaire, résistoit même aux instances de l'amitié. Le comte de Sèze, qu'une indisposition empêclioit de se rendre chez le ministre^ ayant fait par écrit appel à son indulgence, M. Frayssinous lui répondit, le 14 novembre :
'< Je connoissois par M. Clausel, notre ami commun, votre incommodité, et j'ai eu plus d'une fois, je vous assure, une
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pensée que j'aurois suivie volontiers si j'avois été plus libre, celle d'aller vous voir et jouir un peu de vos toujours jeunes entretiens. Je vois par votre lettre que, si vous avez mal à la jambe, l'esprit et le cœur se portent bien chez vous.
» Le coup qui a été frappé m'a été pénible. Il est des rigueurs commandées : la faute alors en est à ceux qui les méritent, et non à ceux qui en sont les instrumens. Il y a long-temps que je connois le tendre et vif intérêt que vous portez à la personne dont vous me parlez. Je le crois bien placé : mais il est convenable d'attendre... »
Le blâme coûtoit au bon prélat j il faisoit au contraire avec empressement la part de l'éloge. Le 30 septembre, il écrivit à madame T. :
« J'ai été charmé, madame, de ce que vous avez bien voulu me dire touchant M. l'abbé Deguerry. Cet ecclésiastique m'étoit déjà connu; je le croyois lui sujet distingué, et maintenant je le crois davantage encore. N'a pas votre suffrage qui veut : il compte à mes yeux. »
Son esprit de détachement le porta à terminer ainsi cette lettre :
•< Vous vivez en paix à Versailles : ici, nous sommes toujours dans le tourbillon des grandes ou petites affaires. Je conçois, quand on est sur les hauteurs, qu'on aspire à descendre. Soyez heureuse, et priez pour moi. »
Commeministre des Affaires ecclésiastiques, M. d'Herniopolis avoit désigné à Charles X, pour l'Eglise de Grenoble, M. Philibert de Bruillard, curé de Saint- Etienne -du -Mont, à Paris; au mois de juin, pour l'Eglise de Vannes, M. Garnier, grand-vicaire de Rennes; au mois d'août, pour la métropole de Bordeaux, M. de Cheverus, évêque de Montauban^ et pour ce dernier siège, M. Dubourg, évéque démissionnaire de la
Nouvelle-Orléans. M. de Cheverus fut ensuite élevé à la pairie, faveur d'autant plus marquée que Charles X le nomma seul.
Le 6 août, M. d'Hermopolis, assisté de l'ancien évêque de Tulle et de l'évêque de Beauvais, sacra M. Philibert de Bruillard, son ami, dans l'église de Saint-Etiennedu-Mont, que le nouveau prélat quittoit pour gouverner le diocèse de Grenoble.
Le 13 novembre, M. Tharin, évêque de Strasbourg, alors précepteur de M. le duc de Bordeaux, envoya la démission de son siège au Boi. Le Pape ne l'admit pas comme valable, parce qu'elle ne lui étoit pas directement adressée. M. Frayssinous, se méprenant sur la nature des deux pouvoirs, spirituel et temporel, revendiqua d'abord pour le second le droit de recevoir la démission d'un évêque. Toutefois, sur une réponse du Saint Siège, il céda à l'évidence , et reconnut que le Pontife romain , qui , par l'institution canonique, forme le lien du prélat avec son Eglise , a seul le droit et le pouvoir de le dénouer.
Au mois de décembre, le ministre désigna au Roi , pour l'Eglise de Strasbourg, M. de Trévern, évêque d'Aire ; pour celle-ci , M. Savy, grand-vicaire de Toulouse; pour celle de Verdun, M. de Villeneuve-Esclapon, vicaire-général de Fréjus. A l'occasion de M. de Trévern, il dit quelque temps après à M. de G. : « Je n'indique jamais, je ne propose jamais à la nomination du Roi un évêque sans l'avoir vu. » M. de G. reprit : <i Vous connoissez son mérite par le témoignage des évêques. — Oui, mais j'ai besoin de le voir. — Pourquoi?— -Parce que tel prêtre réussira au milieu des populations naïves et pleines de foi de cerfnines parties de la France, qui ne paroîtroit pas sous un jour conve-
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nable dans une grande ville, au milieu d'une société élégante et polie, dans laquelle se trouveroient des notabilités protestantes. C'étoitune faute d'avoir misa Aire, dans les Landes, l'évéque qui depuis a été si convenablement placé à Strasbourg. »
La Défense du Christianisme venoit d'être traduite en langue castillane par M. de Verneuil , et de paroître à Barcelone , lorsque le Journal des Débats^ craignant sans doute qu'elle n'affermît trop d'esprits cbancelans dans la foi , ou n'y ramenât trop d incrédules , insinua que M. d'Hermopolis, « battu dans ses raisonnemens à la tribune ou à l'Académie, seroit battu avec la même facilité sur d'autres argumens, s'il ne parloit alors dans un lieu où seul il avoit le privilège de parler. » La rivalité politique ne pouvoit descendre plus bas; mais aussi les heureuses impressions queproduisoit ce livre, si injustement déprimé, ne pouvoient donner un démenti plus éclatant à celle jalouse critique.
Un Journal qui n'obéissoit pas aux passions dont les Débats étoient devenus l'organe ardent, se montra plus juste envers le conférencier de Saint-Sulpice. M. le baron de Férussac , auteur du Bulletin wnversel des sciences et de l'industrie, y donna , au mois de janvier 1827, uneanalysede la conférence où Moïse est considérécomme historien des temps primitifs , et il réimprima même cet article à part , sous le titre Ôl Examen analytique de la conférence de M. d'Hermopolis. 11 s'attacha à rapporter les explications de M. Frayssinous , et à en tirer des conséquences-, seulement, il n'admit point Tuniversalité du déluge, et restreignit cette catastrophe à la partie de la terre alors habitée. Quoi qu'il en soit de quelques-unes de ses assertions, la manière dont il parle
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des conférences et de leur illustre auteur méritoit d'être constatée , comme un hommage rendu par la science à l'apologiste de la religion.