‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 3 sur 75 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Sacre de M. FrayssiiiDUs. — II donne la tonsure à M. de Ravignan. — Acte de consécration à la sainte Vierge. — M. Frayssinous s'attache M. l'abbé Trébiiquet.

M. Frayssinous voulut satisfaire sa dévotion pour la Mère de Dieu, et mettre sous une protection si puissante les graves fonctious dont il alloit être chargé, en choisissant pour son sacre une chapelle consacrée spécialement à honorer la sainte Vierge, et bâtie à l'imitation de la célèbre église de Lorette. Son sacre eut donc lieu dans la petite chapelle de Notre-Dame-de-Lorette, à ïssy.

Il avoit désiré, par humilité, donner le moins d'éclat possible à cette cérémonie. Quelques amis, entre autres M. Clausel de Coussergues, le duc d'Havre, le duc de Rohan, étoient seuls présens. Le premier aumônier eut pour consécrateur M. le prince de Croï, grand-aumonier de France, assisté de MM, de Vichy et de La Brnnière, évêques d'Autun et de Mende, car le sacre de son ancien maître de conférences avoit précédé le sien, A son profond recueillement, il fut aisé de voir combien il ctoit pénétré du désir d'attirer sur lui les grâces et les bénédictions célestes.

Une circonstance, que l'événement qui se produit aujourd'hui sous nos yeux nous autorise à regarder comme providentielle, doit être indiquée à la piété de nos lecteurs.

Depuis dix années, M. Frayssinous dirigeoit la conscience de M. de Ravignan. Ce jeune magistrat, qui exerçoil à Paris les fonctions du ministère public, venoit

de quitter une place honorable et une carrière où ses talens lui promettoient un avancement rapide, pour se dévouer au service des autels. Le sacre terminé, le nouvel évêque lui donna la tonsure, en se félicitant de commencer par lui l'exercice de ses fonctions épiscopales. <( Le monde, lui dit-il en quelques paroles pleines de simplicité et d'onction, le monde a parlé de votre sacrifice. Vous n'en avez point fait. Est-ce un sacrifice que de quitter le monde pour Dieu? » Il termina en se recommandant aux prières du jeune lévite, a Vous allez, ajouta-t-il, couler des jours paisibles dans une sainte solitude : n'oubliez pas ceux qui se trouvent lancés sur une mer fertile en orages et en écueils. » Quoi de plus touchant que ces mots de l'apotre de Saint-Sulpice au futur apôtre de Notre-Dame? Et le doigt de Dieu n'estil pas visible dans cette circonstance , où l'apologiste de la religion, qui se retiroit de la lice, transmit tout à la fois et sa iTiifsion et son talent à l'apologiste qui fournit en ce moment la même carrière avec tant de gloire ?

Le nouveau grand-maître, en témoignage de sa dévotion à la sainte Vierge, sous les auspices de laquelle il plaçoit son administration, voua, dans la chapelle d'Issy, un cœur en vermeil à Marie, symbole expressif de sa filiale confiance dans celle que l'Eglise salue du titre Ôl Etoile de la mer, et qu'il prenoit pour guide sur cette mer du monde politique dont il venoit de parler à M. de Ravignan.

Dans ce cœur en vermeil, il enferma un acte d'offrande que nous allons transcrire.

« Moi, Denis- Antoine-Luc Fiayssinous, évêque d'Hermopolis in partibus infidelium, premier aumônier du Roi, grandmaître de l'Université, je me consacre à la très-sainte Vierge^

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en la conjurant de me servir de mère, de m'assister à la vie et à la mort, et de m'obtenir de Dieu les dons de sagesse et de force, et toutes les grâces dont j'ai besoin pour faire élever chrétiennement la jeunesse française. Fait à Issy, le 11 juin, fête de saint Barnabe, apôtre, 1822, jour de mon sacre. »

Le nom de cet apôtre est celui par lequel il aimoit à désigner M. l'abbé Trébuquet, qu'il s'attacha alors en qualité de secrétaire particulier, et qu'il appeloit son Barnabe, ^/^ de consolation, ou bien encore son ange. Il conçut et conserva pour lui jusqu'à la fin de ses jours le plus tendre atlachement, mérité du reste par les qualités les plus rares, comme par les talens les plus distingués. Douce et touchante association, qui n'a pu être dissoute que par le désir qu'a manifesté le royal élève de M. Frayssinous de conserver M. Trébuquet auprès de lui, comme un représentant de son précepteur, un autre lui-même, un guide également éclairé, prudent et dévoué! Tous ceux qui connoissent M. Trébuquet, sa sagesse, son instruction, sa modestie, savent s'il étoit digne d'une si honorable confiance.

Comme on serendoit, après la cérémonie du sacre, de la chapelle à la maison, l'abbé Boyer exprimoit avec bonhomie son embarras à ceux qui l'entouroient : « Je ne sais comment faire, disoit-il. Le voilà évêque. En lui parlant, puis-je lui donner encore simplement le nom de Frayssinous, ou faut-il l'appeler Monseigneur?» M. d'Hermopolis, qui précédoit l'abbc Boyer, se retourna, et lui dit : « Appelle-moi toujours mon and. »

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