‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 4 sur 75 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Opposition de la presse voltairienne contre M. Frayssinous. — Circulaire aux principaux agens de l'Université. — Lettre aux évèques. — Leurs réponses flatteuses. — M. d'Herinopolis est félicité par la faculté de théologie protestante de Montauban. — Il délègue à un conseiller ce qui concerne les facultés protestantes. — Visite au collège de Deauvais. — 11 est élu académicien. — Lettre à madame T. — Il préside la distribution des ■prix du concours général. — Suppression de l'Ecole normale. — Circulaire aux proviseurs.

La presse incrédule, et notamment le Miroir, où se reproduisoient fidèlement les antipathies et les craintes du parti voltairien, ne manqua point de s'élever contre le choix d'un évêque, en qualité de chef de Tinstruction publique. De froides plaisanteries ne pouvoient décréditer dans l'opinion l'orateur illustre, dont la renommée célébroit les consolans triomphes : on supposa au nouveau grand-maître le projet de frapper de destitution des hommes de mérite, afin de l'isoler au milieu des mécontens, et d'entraver ainsi l'accomplissement du bien qui étoit dans sa pensée. Mais M. Frayssinous avoit pour maxime qu'il faut délier et non pas rompre. Du reste, on n'auroit pu le blâmer de congédier des maîtres, qui, aflichantavec scandale des opinions hostiles, travailloient avec une ardeur perfide et constante à fomenter parmi la jeunesse, loyalement confiée à leurs soins, un esprit contraire à la foi politique et religieuse du pays; qui exaltoient et la révolution et la philosophie, source féconde de tant d'excès; qui, sur tous les sujets, faisoient venir des allusions irréligieuses; et qui, au lieu de combattre la pente trop commune vers les idées d'indépen-

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dance et d'incrédulité, attiroient leurs disciples sur cette pente fatale, et les poussoient en aveugles dans l'abîme. Pendant que deslibellistes, conjurés contre tout ce qui éloit sage et utile, lançoient dans l'ombre d'ignobles sarcasmes contre un des plus beaux choix qui aient honoré la Restauration,- le prélat qu'ils poursuivoient de leurs clameurs avec d'autant plus d'acharnement, que le caractère et le talent de l'apologiste de la religion présageoient un redoutable obstacle à l'impiété, ce prélat commença sa carrière administrative par un acte digne de son zèle. Il adressa^ le 17 juin, aux principaux fonctionnaires de l'Université la circulaire suivante, où l'on trouve les principes les plus purs, les sentimens les plus nobles et les conseils les plus salutaires, énoncés avec un accent de vérité et une franchise bien propres à les faire accueillir.

« En appelant à la tête de l'éducation publique un homme revêtu d'un caractère sacré, Sa Majesté, dit-il, fait assez connoître à la Fiance entière combien elle désire que la jeunesse de son royaume soit élevée de plus en plus dans des sentimens religieux et monarchiques. Je ne me suis pas abusé sur l'étendue des obligations qui m'étoient inqiosées ; mais, fort de ma conscience, des lumières de ceux dont j'ai l'avantage d'être entouré, comme de l'appui d'un gouvernement réparateur qui sera d'autant plus ferme cpi'il est plus sage, je ne cesserai de marcher avec confiance vers le but que je dois atteindre, celui de rendre meilleures les maisons d'éducation qui sont bonnes, et de rendre bonnes celles qui ne le seroient pas.

» Une grande autorité vient de m'être confiée : j'en dois compte à Dieu, au l\oi, aux pères de famille, à mon pays ; et l'on pourroit m'accuser avec justice de tous les abus qu'il seroit en mon pouvoir de faire cesser.

» Je sais que mon administration doit être paternelle, et que la force sans modération se précipite et se brise d'ellemême; mais je sais aussi que la vigilance est mon premier devoir, et que la modération sans force n'est que de la pusillanimité.

» Celui qui auroit le malheur de vivre sans religion, ou de ne pas être dévoué à la famille régnante, devroit bien sentir qu'il lui manque quelque chose pour être un digue instituteur de la jeunesse. 11 est à plaindre, même il est coupable; mais combien ne seroit-il pas plus coupable encore, s'il avoit la foiblesse de ne pas garder pour lui seul ses mauvaises opinions! Je n'ai pas le droit d'interroger les consciences : mais certes j'ai bien celui de surveiller l'enseignement et la conduite ; et où sont les parens, quels que soient d'ailleurs leurs sentimens privés, qui n'attendent de moi une telle surveillance?

» C'est surtout aux agens principaux de l'Université qu'il appartient de donner à l'éducation publique une direction salutaire; c'est aux chefs des établissemens royaux et particuliers, c'est à tous les membres du corps enseignant, de bien faire comprendre à leurs élèves que l'homme de lettres doit être, avant tout, un homme de bien; que le vrai Français ne sépare jamais l'amour de son roi de Tamour de sa patrie, ni l'obéissance aux magistrats de l'attachement aux lois et aux institutions que le Roi a données à son peuple.

» Les maîtres pourroient-ils oublier que l'enfance et la jeunesse doivent être à leurs yeux des objets sacrés; que le vrai moyen de leur donner des habitudes religieuses, c'est d'en avoir eux-mêmes, et qu'ici l'autorité sans l'exemple demeure sans force? Et les élèves pourroient-ils manquer de reconnoissance, de docilité envers des hommes qui se dévouent pour eux à la carrière très-honorable, il est vrai, mais en même temps si pénible, de l'enseignement?

» Puissions-nous, Messieurs , par nos efforts communs, faire prospérer les sciences et les lettres auxquelles notre pa-

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trie doit une si grande partie de sa gloire; préparer, dans la bonne éducation des générations présentes, le bonlieur des générations à venir, et contribuer ainsi à faire de la France la première des nations civilisées par ses vertus comme par ses lumières ! »

Le corps épiscopal, comme tous les amis de la religion et des mœurs^ ne pouvoit que se réjouir de voir un évèque revêtu des fonctions de grand-maître de TUniversité. M. d'HermopoIis confirma ses espérances en adressant cette lettre aux prélats du royaume :

« Depuis que Sa Majesté, leur dit-il, m'a fait l'insigne honneur de m'élever au poste redoutable de grand-maître de l'Université, j'ai été vivement frappé de deux pensées : la première que l'éducation est une chose plus morale et religieuse cjue littéraire et scientifique ; la seconde, que, pour faire fleurir la piété et les bonnes mœurs dans les établi^seniens d'éducation publique, il faut que le zèle et les efforts continuels des principaux fonctionnaires de l'Université trouvent un appui dans l'assistance du clergé, et surtout de ces premiers pasteurs qui gouvernent avec autant de sagesse que de dévouement les diverses portions de l'Eglise de France.

). Sans doute il importe d'ouvrir devant la jeunesse la carrière des connoissances hiunaines, et de donner à son esprit un essor généreux, pour la rendre capable d'exercer avec honneur les diverses professions qui partagent la société. Mais il importe davantage encore de la prémunir par des habitudes vertueuses contre l'abus des lumières et des talens,etdedonneràsa probité la meilleure de toutes les garaur lies. Et c'est ici que se fait sentir le besoin de cette religion si puissante sur le cœur de l'homme, dont vous êtes, Monseigneur, établi par Dieu même le dépositaire et le gardien. Ma sollicitude, il est vrai, embrasse la France entière. Je dois veiller à ce que partout la jeunesse soit nourrie dans toutes les boiujcs doctrines, élevée dans l'amour de la rcli-

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yioii, des devoirs qu'elle impose, des pratiques qu'elle consacre; mais, j'aime à le publier, Monseigneur, encore que je sois honoré comme vous du caractère épiscopal, je n'ai ni vos droits, ni votre juridiction. Mon premier devoir est de respecter votre autorité spirituelle dans toute l'étendue de votre diocèse, pour la faire mieux respecter de ceux qui pourront se trouver sous ma dépendance. Mon désir le plus sincère est de voir réyiier toujours l'accord le plus parfait entre le sacerdoce et l'Université, et de resserrer de plus en plus les liens qui doivent unir au cleigé dépositaire des doctrines divines le corps chargé de l'enseignement des sciences humaines.

» C'est à vous, Monseigneur, qu'il appartient par votre sollicitude pastorale, par des visites paternelles, par des avis salutaires donnés aux aumôniers de nos établissemens, par la condescendance que vous aurez de nous céder quelquefois des ecclésiastiques capables de les diriger; c'est à vous qu'il appartient puissamment de pénétrer de sentimens religieux le cœur de l'enfance et de la jeunesse , cette portion si précieuse de votre troupeau.

» Je me réjouis de l'heureuse influence que vous donnent votre dignité et votre zèle, tant sur ces maisons principales où les eufans des classes plus riches et plus 1 élevées reçoivent une éducation digne du rang qu'ils doivent occuper un jour, que sur ces écoles modestes où l'enfant de l'artisan et du pauvre trouve aussi l'instruction dont il a besoin. Ainsi , par l'accord et par les soins de l'épiscopat et de l'Université, l'éducation publique formera un plus grand nombre de sujets instruits et vertueux, bienfait in)mense pour la religion comme pour la société. »

Non-seulement les évêques, dans les réponses les plus flatteuses, témoignèrent un vif empressement à concourir aux vues sages et religieuses du grand-maître j mais la Faculté de théologie protestante de Montauban, par

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une lettre qui faisoit honneur à la modération de ses professeurs, et qui prouvoit leur respectueuse estime pour M. Frayssinous, le félicita de sa nomination.

Du reste , l'éveque d'Hermopolis, croyant qu'il ne lui convenoit pas de s'occuper directement des objets relatifs aux Églises protestantes, délégua, à cet effet, un membre du conseil royal de l'Instruction publique.

Ce fut par la ville de Beauvais qu'il commença ses visites d'inspection en qualité de grand-maître. Cette ville lui avoit été naguère redevable de la réunion du petit séminaire et du collège, circonstance qui fut rappelée avec beaucoup d'à-propos dans le compliment que lui adressa l'abbé Michel Clausel de Coussergues, vicairegénéral d'Amiens à la résidence de Beauvais. Cet ecclésiastique, son compatriote et son ami, avec lequel il avoit organisé en 1801 les catéchismes raisonnes des Carmes, qui furent suivis des conférences de Saint-Sulpice , exprima toute la joie qu'éprouvoient les élèves du collège et du petit séminaire, en voyant au milieu d'eux un orateur si distingué et un évéque dont la sagesse égaloit les rares talens. M. d'Hermopolis prononça en cette occasion une allocution où l'on remarqua ce tour vif et naturel qui lui étoit propre 5 puis, quelques élèves reçurent de ses mains le sacrement de confirmation et la tonsure.

Cependant, plus Louis XVIII apprenoit à connoître son premier aumônier, plus il le trouvoit digne des honneurs. Le 27 juin, M. d'Hermopolis écrivit à M, Amable Frayssinous :

« Le Roi n eu l'extrèine bonté de désirer que je fusse académicien. C'est aujourd'hui que la chose se décide. »

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L'Académie Française, jalouse d'emprunier un nouvel éclat à la réputation de l'orateur que le Roi désignoit plus spécialement encore à ses suffrages par les dignités dont il l'avoit investi et par ses vœux, nomma M. Frayssinous à la place vacante par la mort de l'abbé Sicard. Les circonstances étoient changées : les titres de premier aumônier, d'évêque d'Hermopolis, de grand-maître de l'Université, l'éclat et les dignités si long-temps repoussés par l'extrême modestie et l'humble simplicité du conférencier de Saint-Sulpice, tout, jusqu'au premier rang dans le clergé de France, étoit arrivé sur sa tète comme à son insu. Dans cette position nouvelle, M. Frayssinous, déférant aux désirs du Roi, accepta le fauteuil. Le clergé et l'opinion publique applaudirent à la nomination de l'Académie.

Le 13 juillet, M. Frayssinous écrivit à madame T. qui avoit désiré aussi vivement que M. Roger son admission à l'Institut :

Il Je vois, Madame, que vous êtesdaus la jubilation de me savoir académicien. Vous ne pensez pas sur cela comme Piron, el vous avez raison, car c'est la diose la plus jolie du monde.

» Yous avez goûté mon Mandement {\). Tant mieux : c'est ime preuve qu'il y avoit une juste mesure de pensées el d'expression, \otre suffiage en vaut bien un autre, quoique vous ne soyez pas de rAcadémie.

» Me voilà condamné à faire un discours ; chose d'autant plus difficile, qu'absoibé par des détails d'administration, je n'ai pas une idée.

» Vous revenez sans cesse sur l'objet de vos regrets (2). Je

(i) Le prélat fait allusion à la circulaire qu'il ayoit cnvoycc comme grand-maitrc pour sa prise ilc possession. (■>.) La perle d'une mère,

le conçois. Cela même est une consolation. Noire vie se passe ainsi entre les regrets que nous éprouvons souvent bien amers, et quelques consolations souvent bien foibles. Un appui bien doux vous a été enlevé. Tout vous paroît dur et presque insupportable depuis que vous ne pouvez plus épancher votre cœur filial dans celui qui vous étoit si cher. Hélas! le ciel n'avoit fait que vous la prêter. Sachons, du moins, nous détacher de tout ce qui passe, et consolonsnous par l'espérance. Ayons soin d'envoyer devant nous quelques bonnes œuvres, qui nous soient comptées.

» Agréez tous mes hommages. »

L'évêque d'Hermopolis réunissoit à ses autres titres celui de membre de l'Institut, lorsqu en présence de M. le duc d'Orléans et de sa famille, de plusieurs ministres du Roi, et d'un auditoire où les principaux membresdu clergé se confondoient avec les sommités sociales, il présida, le 19 août, la distribution solennelle des prix du concours général dans une des salles de la Sorbonne, qui réveilloit en lui de chers souvenirs. A la tête du conseil royal de l'Instruction publique, le grand-maître parut en rocliet et en mosette, seul costume qui convînt à un évcque. La cérémonie emprunta quelque chose de plus grave à la parole comme à la présence du prélat. Son allocution fut courte, mais pleine d'ame, empreinte surtout de cette sagesse et de cette dignité qui n'abandonnoient jamais M. Frayssinous.

« C'est pour la preinière fois, dit-il, que j'ai l'honneur de présider cette fête littéraire, qui se renouvelle tous les ans , et de me voir à la tête d'une assemblée qui se compose de l'élite de la jeunesse française, comme de l'élite des maîtres dans l'enseignement. Jamais je n'ai mieux senti qu'en ce moment tout ce que le poste que j'occupe a d'honorable et

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d'élevé, tout ce qu'il impose d'obligations et de sollicitiules , tout ce qu'il promet de succès pour prix de généreux efforts.

» Le premier devoir, comme le vrai bonheur du corps enseignant, c'est de faire fleurir à la fois les bonnes mœurs et les bonnes éludes, et de former, pour le bien de tous, des hommes qui se fassent remarquer par l'heureuse alliance du savoir et de la vertu.

"Un jour viendra, Messieurs, que, par vos discours, vos exemples , vos fonctions , vous devrez concourir à l'affermissement, au triomphe, de tout ce qui est cher à des cœurs chrétiens et français. La foi de nos pères, le sang de Henri IV, nos lois protectrices, fruit d'une clairvoyante sagesse, trouveront dans vous d'illustres défenseurs ; et c'est ainsi que, poursuivant sa nouvelle carrière de gloire et de prospérité, la France, par son influence morale et littéraire, sera ce qu'elle doit être, la reine du monde civilisé.

» Oui, jeunes élèves, j'aime à voir dans vous les espérances de ma patrie; plus tard, vous en serez l'ornement et le soutien; il ne s'agit que de préparer l'avenir dans le présent. Si vous sortez des mains de ceux qui sont préposés à votre éducation, religieux, instruits, appliqués, pénétrés de l'amour de l'ordre et de la justice, quel heureux ascendant n'aurezvous pas sur vos contemporains !

» Messieurs, je suis trop l'ami de la jeunesse pour en être le flatteur : depuis vingt ans, je lui ai fait entendre des vérités utiles, quelquefois sévères; et toutefois, je puis le dire, je n'en ai jamais recueilli que des témoignages de gratitude, parce qu'elle a bien senti que je lui parlois un langage plein d'affection comme de franchise.

» Ce que j'ai été, je le serai toujours. D'autres, plus adroits que moi, pourront bien essayer de caresser dans vos jeunes cœurs l'amour si vif de l'indépendance. Moi, j'aurai le courage de vous parler de vos devoirs, pour vous rendre capables d'exercer un jour des droits sans danger pour vous comme pour vos semblables. Chaque chose a son temps; ur

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précipitons rien; semons pour recueilli) , et ne demandons pas les fruits de l'automne à la saison des fleurs. »

Frappée de la sagesse de conseils exprimés, d'un ton persuasif et pénétré, par un prélat si vénérable, la jeunesse joignit ses applaudissemens à ceux que les auditeurs d'un âge mur décernoient avec admiration au grand-maître.

L'ordonnance du 27 février 1821, en statuant qu'il seroit établi des écoles normales partielles près des collèges royaux de Paris qui auroient des pensionnaires, et près du collège royal du cbef-lieu de chaque académie, avoit fait assez présager et préparé la suppression de la grande Ecole normale de Paris, qui fut en effet supprimée pendant les vacances de 1822, par une ordonnance du 6 septembre.

Au renouvellement de l'année scolaire, M. d'Hermopolis rappela aux maîtres qui dirigeoient la jeunesse les obligations attachées à leurs fonctions; et, dans sa circulaire du 5 octobre, il inculqua aux agens de l'Université qu'ils dévoient honorer la religion par leurs exemples plus encore que par leurs discours.

« Une nouvelle année scolastique vient de s'ouvrir, écvlvit-il aux proviseurs : c'est pour vous le moment d'imprimer à l'établissement dont vous êtes le chef une direction sage et forte, qui, en se faisant sentir tous les jours, assure constamment le maintien des bonnes mœurs et la prospérité des études; c'est pour moi une occasion toute naturelle de m'entretenir avec vous do ces objets iniportans de notre commune sollicitude.

» Les collèges royaux ont d'abord fixé mon attention; et, je dois le dire, après un examen approfondi, je suis demeuré convaincu que, s'il en est qui, par le malheur des temps,

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laissent bien des choses à désirer, il en est aussi qui sont dignes des plus grands éloges, et où la religion, honorée, pratiquée, devient la meilleure sauve-garde du zèle des maîtres et de la docilité des élèves.

» La discipline des anciens lycées, en appliquant à l'enfance la rigueur des lois militaires, pouvoit bien obtenir une soumission passive; mais le cœurn'entroit presque pour rien dans les relations des élèves avec leurs chefs, et, plus d'une fois, un ordre apparent cachoitune corruption trop véritable.

» Telle ne pouvoit être l'éducation donnée dans des maisons que le meilleur des rois protège avec une bonté toute paternelle : pour en atteindre le but principal, celui de former les cœurs et de les plier à de bonnes habitudes, il faut lui mélange heureux de douceur et de sévérité, qui puisse les attirer et les contenir tout ensemble : lorsque l'application en est faite dans une juste mesure, les enfans eux-mêmes Unissent par sentir que, si la bonté est réclamée par leur foiblesse, la fermeté est commandée par leurs véritables intérêts.

» Surtout vous veillerez, Monsieur le proviseur, à ce qu'ils ne reçoivent jamais que de louables impressions de tout ce qui les entoure ; et vous ferez bien comprendre à tous ceux qui, sous votre direction, sont employés dans l'enseignement, que la décence la plus sévère doit régner dans leurs discours comme dans leur conduite. Malheur, sans doute, à celui qui, dans une profession aussi noble, s'abaisseroit jusqu'à se couvrir de l'odieux et vil manteau de l'hypocrisie I ÏMais se pourroit-il rencontrer un seul membre du corps enseignant qui respectât assez peu l'enfance pour se faire un jeu devant elle de ce qu'il y a de plus grave et de plus sacré ? Le droit d'enseigner ne fut jamais celui d'égarer et de corrompre impunément.

» En donnant aux études l'essor le plus étendu et le plus brillant, vous ferez en sorte que les professeurs chargés de distribuer à l'enfance les trésors de rauiiquilé, accompa-

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;;nent leurs explications et leurs développemens de ces courtes et salutaires réflexions, qui, gravant dans son cœur les saines doctrines, prépareiwnt des Français fidèles àleurDieu,à leur Roi, à leur patrie. C'étoitla méthode des Hersan, des RoUin, des Le Beau, dont les exemples révérés et chéris doivent être présens à tous ceux qui suivent la carrière de l'enseignement. Si jamais des doctrines dangereuses étoient professées ou même insinuées dans quelques chaires de votre collège, vous vous efforceriez peut-être en vain d'effacer de si funestes impressions, et vous verriez se perdre tout le fruit de vos pénibles travaux .

>• Soutenu par Tamour du bien et la douce satisfaction de l'opérer, vous lutterez avec courage contre les désordres et les abus, et vous pouvez croire que les obstacles qui entraveroient votre marche seront aplanis. Ainsi, par l'usage que vous ferez de votre autorité, vous répondrez au vœu de la France, dont le plus cher espoir est remis entre vos mains, et vous remplirez en même temps les intentions d'un monarque protecteur éclairé de la jeunesse et des bonnes lettres, qui, la dernière fois que le conseil royal de l'Instruction publique fut admis à lui offrir le tribut de ses hommages, fit entendre ces paroles remarquables : Souvenez-vous, Messieurs, que cest un père qui nous a confié ses en fans. >•

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