‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 30 sur 75 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

l'rotcttioii accordée par M. d'Hcnnopolis aux Prêtres de la Mission, (li(s Lazai'istes. — Projet de créer des conseillers d'Etat et des maîtres des re- (juctcs ecclésiasticpies.

M. d'Heumopolis contresigna, le 1^' juillet, une ordonnance relative aux Prêtres de la Mission, congrégation que saint Vincent de Paul, auquel il avoit voue une si tendre dévotion, fonda en 1625, avec cette triple destination d'évangéliser le peuple dans les campagnes, d'envoyer des missionnaires en pays étranger et de diriger des séminaires. L'archevêque de Paris, J. F. de Gondi, approuva l'Institut en 1626-, Louis XIII l'autorisa, en 1627 et 1630, par lettres-patentes enregistrées au parlement en 1631 ; et Urbain VIII érigea la congrégation par une bu lie. Elle fut établie d'abord au collège des Bons-Enfans, rue Saint-Victor, depuis séminaire Saint- Firrain, oii M. Frayssinous prononça le panégyrique de saint Vincent de Paul. Peu après, on lui céda, dans le faubourg Saint-Denis , la maison de Saint-Lazare , qui devint le chef-lieu de la congrégation, dont les membres furent dès-lors plus connus sous le nom de Lazaristes. Elle s'étendit en peu de temps dans le reste du royaume. Elle y avoit plus de cinquante séminaires 5 elle étoit chargée des cures des résidences royales, et dirigeoit la maison de détention près Saint-Lazare. De plus, elle avoit des établissemens en Italie, en Piémont, en Espagne, en Portugal, en Pologne, à Constantinople et dans les Echelles du Levant, en Barbarie, et jusqu'en Chine.

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Outre la congrégation des Prêtres, saint Vincent de Paul fonda cette autre congrégation si précieuse, qui suHiroit pour faire bénir sa mémoire, celle des Filles de la Charité, qui, depuis plus de deux cents ans, a rendu tant de services à l'humanité , consolé tant de misères, soulagé tant de douleurs , fait éclore tant d'héroïques vertus. Le saint voulut que les Sœurs fussent toujours sous la direction du supérieur-général des Lazaristes.

Supprimé en 1792 avec les autres congrégations religieuses, l'Institut de Saint-Lazare fut de nouveau légalement reconnu par un décret de 1804. Par des décrets subséquens, Buonaparte lui accorda un secours annuel pris sur les fonds généraux du trésor public 5 il mit à sa disposition une maison de Paris appartenant au domaine de l'Etat, et destinée à servir de maison centrale et de noviciat, ainsi que plusieurs établissemens dans les départemens au-delà des Alpes; il l'autorisa enfin à accepter un legs fait en sa faveur. Un décret furtif de 1809, car il ne fut ni publié ni promulgué, et il étoit même défendu de l'imprimer, eut pour objet d'annuler celui de 1804. Évidemment, cet acte pouvoit être regardé comme non avenu. Mais, afin de lover tous les doutes, Louis XVIII le rapporta par une ordonnance du 3 février 1816, rétablissant ainsi les Lazaristes dans la possession d'une existence légale qui les rendoit aptes à recevoir, acquérir et posséder ; et, depuis lors, la loi des comptes, pour chaque exercice, approuva le secours annuel alloué à cette congrégation par les lois successives de finances.

Louis XVIII avoit accordé aux Lazaristes une maison, à Paris, rue de Sèvres : outre cette maison , qui étoit le chef-lieu, ils dirigeoient le grand séminaire d'Amiens,

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les grands et petits séminaires de Cahors, de Carcassonne, de Montauban, de Saint-Flour et de Vannes; ils avoient quelques établisseraens en forme de collèges et dans la dépendance de l'Université, tels que celui de Montdidier -, de plus , ils avoient conservé Içurs établissemens hors du royaume, et ils envoyoient des missionnaires dans le Levant, où ils possédoient des maisons, etdesservoient des églises; ils dirigeoient enfin les Filles de la Charité, qui, indépendamment de leur maison chef-lieu, rue du Bac, à Paris, comptoient trois cents établissemens dans le royaume.

Tel éloit l'état de la congrégation de Saint-Lazare, sous le double rapport de son existence légale et de sa propagation, lorsque M, d'Hermopolis, nommé ministre des Affaires ecclésiastiques, eut à s'occuper de lui assurer un supérieur-général.

Aux termes des statuts, elle doit être gouvernée par un Lazariste qui réside au chef-lieu. Ce supérieur a toujours été Français , et, de Paris, où il demeuroit , il exerçoit son autorité -sur tous les membres de l'Institut, en quelque pays qu'ils fussent. En 1697, après la mort de M. Jolly, supérieur-général, il fut question de nommer un Lazariste, né en Savoie, et qui avoit toujours demeuré en France : Louis XIV déclara que cette nomination ne seroit pas reconnue. On craignoit que, si le supérieur étoit un étranger, il ne mît des étrangers à la tête des établissemens en France ou des missions françaises, et que la congrégation ne cessât ainsi d'être française. Le successeur de M. Jolly fut donc un Français, M. Pierron.

Le dernier supérieur-général, M. Cayla de la Garde, ayant été contraint par la révolution de passer en Italie,

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y mourut vers 1804. Dans l'état des clioses, on ne pouvoit lui donner un successeur, et le Pape nomma provisoirement deux vicaires-généraux, l'un pour la France, l'autre pour les pays étrangers. Les circonstances étant devenues plus favorables, et la congrégation se trouvant, comme nous l'avons dit, rétablie en France sur l'ancien pied, ses membres soubailèrent d'être réunis de nouveau sous un même cbef.

D'après les statuts, l'élection doit se faire en assemblée générale, composée de tous les supérieurs des malsons particulières et d'un certain nombre de députés. Mais , la congrégation ayant deux vicaires - généraux d'une autorité égale, lequel auroit fait la convocation ? Le vicaire-général étranger ne pouvoit convoquer les Français, et réciproquement. On avoit lieu de craindre, d'ailleurs, que les Lazaristes étrangers n'eussent quelque répugnance à concourir à l'élection d'un Français. Enfin, dans l'agitation ou se trouvoient encore quelques pays , la convocation générale pouvoit éprouver des obstacles -, et peut-être que, dans la disposition des esprits en France, on eût pris ombrage d'une telle réunion de prêtres. Il falloit donc recourir à un moyen extraordinaire. Les deux vicaires-généraux eurent eux-mêmes la pensée de solliciter l'intervention du souverain Pontife.

M. d'Hermopolis fournit les élémens de la négociation que l'on suivit à Rome, pour conserver à la France le privilège dont elle avoit toujours joui. Le résultat de ces démarches fut l'assurance positive, donnée le 13 mai 1826, à l'ambassadeur de France, par le cardinal secrétaire d'Etat, que le nouveau supérieur-général seroit Français. Les Lazaristes exprimèrent alors le désir

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que le choix du Pape tombât sur M. de AVailly : M. d'Hermopolis fit agréer ce vœu à Charles X, qui recommanda le sujet désigné , et Léon XII promit de le nommer. Quelques didicultés s'élevèrent de la part des Lazaristes romains, qui voyoient peut-être avec peine cette élection d'un étranger : mais, le gouvernement français ayant insisté, le Pape réalisa la nomination de M. de Wailly par son Bref du 16 janvier 1827, où le saint Père reconnoissoit que le supérieur-général des Lazaristes est toujours un Français, et qu'il est en même temps supérieur des Filles de la Charité. Ce Bref, étant parvenu à Paris, passa au conseil d'Etat , où M. Portalis, chargé du Rapport, le fit dans des termes favorables. En conséquence, intervint l'ordonnance du 1*"^ juillet 1827, (pii déclara le Bref reçu en France.

M. Frayssinous auroit voulu que, dans le conseil d'Etat, auquel on prétendoit ainsi soumettre la question de savoir si les actes de l'autorité pontificale dévoient être reçus en France, le concours du clergé devînt au moins plus sérieux et plus actif. On lui fit agréer un plan d'après lequel plusieurs ecclésiastiques du second ordre seroient devenus les uns conseillers d'Etat et les autres maîti'es des requêtes. Parmi ces derniers, il avoit désigné M. de BuUy, mort vicaire-général de Soissons, et M. Affre, alors vicaire-général d'Amiens et neveu de M. Boyer. Mais le plan dont nous parlons ne reçut qu'une exécution incomplète.

L'évêque d'Hermopolis n'eut pas seulement à cœur de procurer un supérieur-général h la congrégation de Saint-Lazare : il concourut à l'agrandissement de la maison chef-lieu, qui étoit tout-à-fait insullisanle. On ne pouvoit l'agrandir qu'au moyen de l'acquisition d'un

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bâtiment contigu, sur l'emplacement duquel s'élèveroit la nouvelle chapelle ; mais deux cent mille francs étoient nécessaires pour l'exécution de ce projet. Le pieux panégyriste de saint Vincent de Paul sut les trouver. Il affecta d'abord cinquante mille francs à cette destination sur les fonds de son département ; puis il obtint de la munificence de Charles X qu'une somme pareille fût fournie par la liste civile 5 il réclama du ministre des Affaires étrangères une allocation semblable en faveur d'un Institut, dont le zèle apostolique soutient dans le Levant le glorieux ascendant de la France-, enfin il détermina le ministre de la Marine à accorder le dernier quart de la somme indispensable à la maison-mère de ces Lazaristes, qui rendent si souvent des services spirituels à nos marins. La congrégation fut donc redevable à la générosité et à la sainte industrie du prélat de l'importante amélioration que reçut son chef-lieu. L'acquisition se fit -, les travaux qui en étoient la conséquence s'exécutèrent, pendant que M. d'Hermopolis faisoit négocier à Rome la nomination d'un supérieur français ; et, dès le jour de la Toussaint de 1827, M. de Quelen put bénir la nouvelle chapelle des Prêtres de la Mission, où il devoit transférer solennellement le corps de saint Vincent de Paul.

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