‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 31 sur 75 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Discours pour la distribution des prix du concours général. — Mesure relative à la comptabilité de l'Université. — Correspondance avec le comte de Sèze. — Sacre de M. Danccl. — Amélioration dans le sort du clergé. — M. Bianquet de Rouville est promu à l'épiscopat. — Mort de M. Duclaux.

Ministre de l'Instruction publique , M. d'Hermopolis présida, le 16 août, la distribution des prix du concours général, à laquelle M. le due d'Orléans assistoit avec sa famille. C'étoit la dernière fois qu'il alloit, comme grand-maître, se faire entendre dans cette solennité littéraire. Pour bien comprendre son discouis, il faut connoître les désordres qui, dans le cours de l'année scolaire, venoient d'éclater parmi la jeunesse de l'Université.

En province, des actes d'insubordi nation avoient donné lieu au renvoi d'un certain nombre d'élèves du collège royal de Lyon , et l'évêque d'Hermopolis avoit ebargé, au mois de mars, M. Blanquart du Cbaylat, inspecteurgénéral des études, d'aller informer sur ces troubles.

A Paris, le docteur Récamier ayant été nommé, dans le même mois , à la chaire de médecine vacante, au au collège de France, par la mort de M. Laënnec, le Constitutionnel ne manqua point de présenter sa nomination comme l'ouvrage de la congrégation, et de signaler un Jésuite dans le nouveau professeur^ auquel il ne pouvoit, d'ailleurs, contester de rares talens. Au mois de mai, la leçon de M. Récamier fut interrompue. Bientôt le tumulte devint plus grand, des jeunes gens furent conduits;! la préfecture de police, et leurs condisciples les réclamèrenl avec ardeur. M. Récamier, passant par

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la rue de La Harpe au milieu d'un rassemblement, se vit reconnu et assailli. Comme on lui demandoit la liberté des détenus : « Je vais pour cela à la préfecture , » répondit-il, et il s'y achemina avec une escorte tumultueuse. Irritée de ce qu'il n'avoit pu obtenir la délivrance des étudians, la foule donna au mouvement tous les caractères d'une sédition, et il fallut que la gendarmerie dissipât les attroupemens. Ces scènes, si honteuses pour la jeunesse des écoles, se dénouèrent, au mois de juin, dans le prétoire de la police correctionnelle, où deux étudians comparurent avec quatre ouvriers, dont l'un déjà déshonoré par une condamnation pourvoi. Le tribunal , indulgent pour l'imprudence, frappa ce dernier d'une peine plus sévère.

Ainsi se conduisoit la jeunesse, égarée par les déclamations de journaux impies, et provoquée à la révolte contre les maîtres les plus dignes de son estime. Le grand-maître, après ces scandales, dut y faire allusion.

« Messieurs, dit-il, lorsque nous élevons la voix dans cette enceinte, nous croyons adresser la parole non-seulement à la nombreuse et brillante assemblée qui nous entend, mais à la France entière; et c'est dans cette pensée que nous présentons ici quelques observations qui pourront calmer de vagues inquiétudes, en éclairant les esprits sur le plan de conduite que nous nous sommes tracé.

» Conserver ce qui est, en travaillant à le perfectionner, tel est notre système.

» Loin de nous le zèle fougueux de ces réformateurs dont l'imagination domine la raison; qui, dans la politique, dans les lois, dans l'éducation, voient le mal partout et le bien nulle part; qui, toujours la hache à la main voudroient, ce semble, tout démolir de nouveau, afin de tout reconstiuire; et qui se réjouiroient de nous replonger dans le chaos,

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comme s'ils avoicnl la puissance du Créateur, pour en faire à leur gré jaillir la lumière.

» Ce n'est point par des mouvemens brusques et précipités, mais par des accroissemens successifs que les œuvres de l'homme ainsi que celles de la nature doivent se produire et se développer. Qui n'aura pas semé, ne sera pas digne de recueillir; mais aussi, qui ne sait pas attendre, ne conduira rien à maturité. Il y a dans l'impatience autant de foiblesse que d'orgueil,

» Déjà, Messieurs, plus d'une résolution concertée avec le conseil royal de l'Instruction publique a mis au grand jour nos véritables intentions.

>. Occupé du sort de ceux qui auront consacré leur vie à l'éducation de la jeunesse dans nos divers collèges; jaloux de leur préparer un repos honorable, mérité par d'honorables travaux, nous ne pouvions voir sans douleur que les uns n'avoient point d'avenir, et que l'avenir des autres n'étoit pas complètement ce qu'il devoit être : or, ce qui étoit dans les vœux de nos prédécesseurs, ce qui avoit été retardé par la difficulté des temps, des actes de la bienveillance royale l'ont enfin réalisé.

» Nous avions également conçu le dessein de rendre meilleure la condition des professeurs des collèges royaux de seconde et troisième classe, durant l'exercice même de leurs fonctions, et nous touclùons à l'accomplissement de nos désirs, lorsque des conjonctures imprévues sont venues tromper pour un temps notre sollicitude.

«Gage heureux de stabilité, l'école préparatoire qui, jointe à l'agrégation, fait le plus brillant espoir du corps enseignant, va recevoir tout le développement nécessaire dans cette ancienne et célèbre maison, chère aux amis des lettres, et restaurée en ce moment avec les ressources d'une sage économie.

» Prenant aussi conseil des temps et des circonstances, nous avons pensé qu'il pourroit être utile d'étendre le cer-

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cle de l'instruction, et d'initier plus tôt les élèves aux élémens des sciences.

» Ainsi la supériorité des études nous est de plus en plus assurée ; et, s'il étoit besoin d'en apporter une preuve nouvelle, nous nous plairions à la trouver dans le mérite même des compositions qui ont été soumises cette année à l'examen des juges du concours général.

» Enfin, Messieurs, puisque je parle ici à l'Université tout entière , je dirai : N'oublions pas que nous sommes entourés d'observateurs exigeans et difficiles. Si nous ne devons point nous plier à tous leurs capricieux désirs, nous devons ne rien offrir au public qui ne puisse soutenir la juste sévérité de ses regards. Pourquoi faut-il que, dans le cours de l'année scolaire qui vient de s'écouler, un esprit mauvais ait agité quelques-uns de nos établissemens, et fourni de spécieux prétextes pour nous accuser? Pourquoi ces scènes tumultueuses, où il n'y a ni gloire ni dignité, et qui ne peuvent avoir pour résultat que les regrets amers des élèves, la douleur profonde des maîtres, et quelquefois la désolation des familles?

» Messieurs, grand-maître, je ne puis que blâmer la jeunesse quand elle s'égare, comme je saurois la défendre de torts imaginaires; son ami sincère, je dois la plaindre et l'avertir.

» Les applaudissemens par lesquels vous venez d'accueillir nos remontrances paternelles nous lionorent, Messieurs, et j'ose le dire, vous honorent vous-mêmes. Il y a dans les suftVages publics accordés par la jeunesse aux avis qu'on lui donne, quelque chose de délicat et de généreux que je sais apprécier; je vous en félicite, et je vous en remercie.

» Que l'ordre et la subordination ne cessent donc de régner dans nos collèges; que jamais un souffle ennemi n'ose en lioubler la paix; que la discipline y réponde à l'éclat de l'enseignement; et, malgré tous les obstacles, l'Université royale, dont l'honneur nous est précieux à tous, poursuivra glorieu-

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sèment ses destinées, pour rafFexniissement des saines doctrines religieuses et littéraires, pour la splendeur du trône, et la prospérité de notre belle patrie. »

L'attention du grand-maître, fixée sur l'état des études et des mœurs universitaires, embrassoit encore les détails de l'administration. Les actes constitutifs de l'Université n'avoient point placé ses fonds spéciaux sous la juridiction de la cour des comptes. Le conseil royal de l'Instruction publique, qui étoit seul investi du droit de prononcer définitivement sur les opérations de cette comptabilité, demanda qu'elle fût désormais soumise aux mêmes règles que les autres comptabilités de deniers publics. Sur le rapport de M. d'Hermopolis, une ordonnance du 21 août disposa que les agens comptables de l'Université seroient individuellement justiciables de la cour des comptes, à dater du 1" janvier suivant.

Le défenseur de Louis XVI pouvoit tout attendre de l'amitié de M. Frayssinous, qui , honoré depuis longues années de ses bontés, tenoit à conserver des relations si honorables. « C'est un nom puissant que le votre, lui écrivoit le prélat : il triomphe de tout. » De son coté, le premier président n'écrivoit au prélat que du ton de la plus affectueuse amitié. A une de ses lettres du 24 septembre 1827, M. d'Hermopolis répondit :

« Il faut que je vous remercie de ce qu'elle a d'aimable pour moi : j'en serois trop flatté, si je ne devois y voir les saillies d'une imagination vive et jeune qui ne vous abandonnera jamais. Ceci ne s'applique pas aux sentimens de bienveillance que vous voulez bien me témoigner, et dont je ne veux rien rabattre. »

Mais ces deux hommes illustres s'estimoient encore plus qu'ils ne s'aimoient. Aussi le ministre n'hésita-t~il

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pas à répondre, le 1 7 octobre, à une apostille du premier président :

»t Que M. le comte de Sèze veuille bien se mettre à ma place, et qu'il prononce. Peut-être trouvera-t-il que j'ai dû faire céder ma tendre et profonde vénération pour lui à d'impérieuses considérations, et que le ministre a dû se faire violence et résister courageusement aux impulsions de son cœur. C'est une de ces circonstances qui affligent l'amitié, mais auxquelles il faut savoir se résigner... On ne sauroit rien ajouter aux sentimens dont je suis pénétré pour le défenseur de Louis XVI, et dont je nae plais à lui réitérer ici le bien sincère liommage. »

Le comte de Sèze, ayant invité M. d'Hermopolis, au nom de la cour de cassation, à célébrer la messe du Saint- Esprit le 5 novembre , jour de la rentrée solennelle, joignit son propre vœu à celui de sa compagnie.

« II aura au moins pour votre cœur, dit-il, le prix de l'ancien et profond dévouement que vous me connoissez pour vous. »

Le prélat, après avoir pris les-ordres du Roi, annonça, le 31 octobre, qu'il acccptoit une invitation qui devoit lui être si précieuse, et par la dignité du corps dont elle émanoit, et par celle de son illustre chef.

Le 28 octobre, le ministre des Affaires ecclésiastiques, assisté des évêques de Nanci et de Caryste , avoit sacré M. Dancel, évêque élu de Bayeux, dans l'église de Sorbonne.

Plein de sollicitude pour le sort du clergé, il avoit présenté, cette année même, un projet qui eût élevé le traitement d'une portion des succursalistes, et il se proposoit de leur assurer à tous successivement 1 ,000 francs : les dispositions des chambres dérangèrent ce plan. Le

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prélat ne put réaliser qu'une amélioration. Dans beaucoup de chefs-lieux de canton, le traitement des curés étoit insuftisant, et le casuel ne leur ofFroit guère une ressource dans la plupart des campagnes : M. d'Hermopolis obtint qu'une ordonnance du 21 novembre portât le traitement des curés de deuxième classe à 1,200 fr., à partir du 1" janvier 1828.

A cette époque, le cardinal de Latil, archevêque de Reims, demanda M. Blanquet de Rouville, son vicairegénéral, pour évêque suffragant ou auxiliaire, ainsi qu'il étoit d'usage autrefois d'en accorder à quelques grands sièges ou à des dignités éminentes. Le ministre des Affaires ecclésiastiques conseilla à Charles X d'autoriser ce choix, et M. Blanquet de Rouville ne tarda pas à être institué évêque de Numidie in partibus injidelium.

La fin de l'année 1827 fut marquée par une mort qui affligea le cœur de M. Frayssinous, si dévoué à Saint- Sulpice, M. Duclaux, ancien directeur de la maison de la Vache noire , devenu supérieur-général de la compagnie, succomba, le 5 décembre, à de longues infirmités. M. d'Hermopolis vint joindre ses prièresà celles que l'on faisoit pour ce vertueux prêtre.

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