‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 32 sur 75 · CHAPITRE XXXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIIL

Opinion de M. Frayssinous sur la censure. — Il veut, avec M. le marquis de Clermont-Tonnerre, que l'expédition d'Alger précède la dissolution de la chambre — Il appuie le système de casernement proposé par le ministre de la guerre. — Mot de M. de Clermont-Tonnerre.

L'évêque d'Hermopolis n'avoit pas été d'avis que Charles X. en montant sur le trône, olàt aux jour-

naux le frein de la censure : mais, s'il comprenoit tous les inconvéniens de la liberté de la presse, il savolt aussi qu'il ne faut y remédier qu'à propos. Il n'approuva donc pas qu'au risque de blesser profondément la magistrature et d'irriter l'opposition, on fît suivre, le 24 juin 1827, l'arrêt rendu par la cour royale de Paris dans l'affaire du Constitutionnel d'une ordonnance qui rétablit la censure. Il lui eût semblé plus politique de ne point paroître réagir par dépit contre cet arrêt fâcheux, et de ne prendre qu'avec dignité et en temps opportun une mesure que réclamoient, d'ailleurs, les vrais intérêts de la France.

Le prélat ne partagea pas non plus l'opinion de M. de Villèle relativement à la dissolution immédiate de la chambre des députés et à la création de nouveaux pairs. Une opposition systématique s'acharnoit, sans doute, à la ruine du ministère : mais la majorité des députés étoit monarchique, et on ne devoit pas désespérer de son appui , surtout si un événement glorieux enlouroit les ministres, si vivement attaqués , d'un nouvel éclat , et donnoit au cabinet une nouvelle condition de durée. Or, la guerre existoit avec Alger, et M. d'Hermopolis, dont l'esprit étoit aussi juste qu'élevé, saisit et soutint dans les conseils du Roi la proposition faite par M. le marquis Clermont-Tonnerre de terminer, avant tout, cette guerre par la conquête de l'Algérie; pensée admirable qu'un Rapport du ministre de la Guerre au Roi, en date du 14 octobre 1827, mit dans tout son jour.

Charles X, brutalement attaqué, dans la personne de son consul, par le plus déloyal des ennemis du nom chrétien, avoit entrepris une guerre juste 5 et ce n'étoit

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pas sans des vues particulières que la Providence appeloit le fils de saint Louis à venger la religion et l'humanité, en même temps que ses propres injures. La lutte ne pouvoit s'engager dans des circonstances plus favorables* L'Europe étoit en paix ; mais le temps écoulé depuis la Restauration avoit préparé des éléraens de conflagration qui pouvoient s'enflammer tout a coup , et cette guerre lournissoit un prétexte au Roi pour organiser une armée, en dépit de la jalousie de l'Angleterre, condamnée par l'état où elle se trouvoit à souhaiter le repos avant tout. L'esprit turbulent et léger de notre nation avoit besoin que , de temps en temps , quelque circonstance hors de l'ordre commun vînt occuper les imaginations trop ardentes. 11 n'étoit d'ailleurs pas inutile de rappeler quelquefois à la France que la gloire militaire survivoit à la révolution, et de lui montrer que la monarchie légitime ne garantissoit pas seulement le pays des invasions étrangères, mais qu'elle savoit aussi faire flotter nos étendards dans les contrées lointaines, telles que celle oii des vexations humiliantes, souflFertes depuis trois siècles de la part d'une poignée de brigands, appeloient une répression aussi utile que glorieuse pour les vainqueurs. Enfin l'expédition d'Alger, si propre à rendre au gouvernement ses forces affoiblies, el à présenter aux esprits avides de nouveautés un aliment salutaire dans un tems de fermentation politique, devoit, si elle étoit entreprise sur-le-champ, préparer la France au renouvellement de la chambre des députés. Ainsi les circonstances extérieures et intérieures militoient en faveur de la proposition de M. de Clermont-Tonnerre, et le sage ministre donnoit h Cliarlcs X un conseil qui eût sauvé le trône, vn le suppliant d'ajourner une dissolution intempestive,

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et de ne demander des députés à la France que les clefs d'Alger à là main.

Mais ni les raisons péremptoires de M. de Glermont- Tonnerre, ni l'appui loyal que lui donna le judicieux évêque d'Hermopolis, n'entraînèrent l'assentiment des autres ministres, à l'exception de M. de Chabrol, qui ne se montra point opposé à la mesure conseillée par ces serviteurs intelligens de la monarchie. Cependant, ils se disoient prêts à obéir si le Roi venoit à l'adopter* Charles X, au lieu de prendre le parti de la vigueur, se borna à dire : « Je suis de votre avis, mon cher Clermont-Tonnerre; mais nous sommes en minorité. Il faut ajourner l'expédition. Conservez votre beau Rapport : on l'utilisera plus tard. » On l'utilisa, en effet, puisque M. de Rourmont partit pour l'Afrique ce Rapport à la main : mais, pour Charles X , ce fut trop tard.

Dès-lors, la dissolution immédiate de la chambre des députés et une nombreuse création des pairs furent arrêtées : double mesure qui eut l'effet le plus funeste. On mécontenta la chambre des pairs, en lui adjoignant un nombre considérable de nouveaux membres appelés à y déplacer la majorité, etqui, afin de faire oublier ce que leur adjonction inattendue avoit de blessant pour leurs collègues, pouvoient se montrer moins dociles au ministère qu'il ne s'y attendoit. En même temps, comme la plupart des pairs étoient pris dans la majorité royaliste des députés, on affoiblit d^autant celle-ci, et l'on s'exposa à voir les collèges électoraux remplacer les candidats promus à la pairie par des auxiliaires de l'opposition : ce qui ne manqua point d'arriver.

L'ajournement de l'expédition d'Alger, proposée par M. de Clerraont-Tonnerre et conseillée par M. d'Her-

mopolis, fut donc le dernier coup porté à la monarchie. Le ministre de la Guerre vit encore M. Frayssinous appuyer son nouveau système de casernement, qui, en isolant les casernes du centre de Paris pour les distribuer à la circonférence, eût eOicacement prévenu le succès des séditions intérieures. Aussi disoit-il : « Il n'y a que deux militaires dans le conseil des ministres, l'évéque d'Hermopolis et moi. »

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