CHAPITRE XXXIV
Discours au Roi. — M. d'Hermopolis indique M. de Martigiiac à Charles X. — L'Instruction publique est séparée du ministère des Affaires ecclésiastiques. — Regrets du conseil royal. — Lettre de M. de Courville. — Diffamation dont on menace M. Frayssinous. — Noble lettre du prélat à cette occasion. — Estime de M. Roy pour M. d'Herniopnlis.
Les circonstances étoient devenues critiques, lorsque, pour la dernière fois, M. d'Hermopolis présenta au Roi, en qualité de grand-maître, le conseil royal de l'Instruction publique. L'approche de la nouvelle année le ramenoit au pied du trône le 31 décembre.
« Sire, dit le prélat, au milieu du concert d'hommages et de vœux qui s'élèvent de toutes parts vers le trône de Votre Majesté, qu'il est glorieux poiu- le conseil royal de l'Instruction publique de pouvoir déposer lui-même à vos pieds son tribut de respect, d'amour et de dévouement !
» Sire, l'année nouvelle va s'ouvrir sous un ciel qui n'est point sans nuage.s; mais il est écrit dans nos livres saints que le Roi dissipe tout mal par son seul regard.
» Oui, Sire, la France vous verra tel qu'elle vous a vu depuis votre avènement à la couronne. Toujours vous serez pour elle ce prince qui met son bonheur dans le Ijonlieur
de tous, sa force dans la justice, sa politique dans sa loyauté, sa religion dans sa fidélité aux engageniens qu'il a pris, comme chrétien et comme roi, au pied des autels; un prince enfin qui compteroit en quelque sorte pour rien un des plus beaux diadèmes de la terre, si, monarque de trente millions de sujets, il n'en étoit pas en même temps le bienfaiteur et le père.
» Plus que jamais, Sire, tous les cœurs se tournent vers la royauté, comme vers la source des hautes et sages pensées; plus que jamais la France sent combien l'auguste race de ses rois est nécessaire à son repos, à sa prospérité au- dedans, à sa considération au-dehors, au maintien de ses lois fondamentales, et à cette liberté qu'on chercheroit en vain hors de ce qui est légitime.
» Pour nous, Sire, animés de ces sentimens, nous avons mis nos soins à les faire pénétrer dans l'ame de la jeunesse qui nous est confiée, à cultiver en elle ces germes de talent et de vertu, qui, développés, mûris parle temps, deviendront le soutien et l'honneur de la religion, du trône et de la patrie. »
On remarqua ce passage de la réponse de Charles X :
« Si Dieu, comme j'ose l'espérer, me prête toujours la force cjue j'attends de lui, mes peuples verront que ce n'est pas en vain qu'ils ont mis leur confiance en moi. Oui, ils trouveront toujours en moi leur père, leur ami, prêt à tout faire pour leur bonheur, avec la fermeté qui convient à ma position et à mon rang. »
L'évêque d'Hermopolis et le comte de Chabrol , seuls membres de l'ancien cabinet qui survécussent au résultat des élections hostiles à M. de Yillèlc, conseillèrent au Roi de donner sa confiance à M. de Martignac, que Charles X chargea du portefeuille de rinlérieur. M. Portalis eut celui de la Justice, M. de La Ferronnays celui
des Affaires étrangères, M. de Caux celui de la Guerre, M. Roy celui des Finances , M. de Saint-Gricq celui du Commerce. Le prélat désiroit se retirer : mais des instances, auxquelles il ne lui étoit pas permis de se refuser, le déterminèrent à garder le ministère des Affaires ecclésiastiques, dont une ordonnance du 4 janvier 1828 détacha l'Instruction publique. « Vous ne serez plus grandmaître de l'Université, lui dit Charles X 5 je vous demande un sacrifice : faites-le pour moi, vous le ferez pour Dieu. » Le conseil royal de l'Instruction publique, qu'il cessoit de présider, prit à cette occasion la délibération suivante, sous la date du 1 2 janvier 1828 :
« Le conseil royal de l'Instruction publique, en inscrivant dans ses registres la décision royale qui fait cesser ses rapports avec Son Excellence le ministre des Affaires ecclésiastiques, a voulu y consigner en même temps l'expression de sa reconnoissance et de ses regrets. En manifestant ces sentimens, le conseil royal se rend l'interprète de l'Université envers Son Excellence, dont la sage et paternelle administralion, conciliant de plus en plus la confiance des familles à ses différens établissemens, a contribué puissanunent aux développemenslieineux qu'ils ont reçus dans ces derniers temps, et à l'accroissement du nombre des élèves qui les fréquentent.
» Le conseil royal décide qu'expédition de la présente délibération sera adressée à Son Excellence. »
M. de Courville, alors directeur de l'Instruction publique , qui transmit cette expédition au prélat , lui disoit :
« En vous adressant. Monseigneur, ce témoignage si vrai des sentimens du conseil royal, les expressions me manquent pour vous peindre les miens. Mais Votie Excellence croira sans peine à ma vive et profonde affliction. »
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Un ancien conseiller de l'Université, qui, indépendamment de sa pension de retraite, touehoit, par un cumul défendu , sur le fonds destiné aux frais d'administration centrale, un véritable traitement, pour un travail dont il ne pouvoit même s'occuper, s'irrita de ce qu'au mois de décembre précédent M. d'Hermopolis avoit régularisé cet état de choses. Le ministre, en le déchargeant du travail , avoit substitué au traitement , qui pouvoit être supprimé sans dédommagement, une somme un peu inférieure, il est vrai, mais désormais inattaquable, parce qu'elle étoit prélevée sur l'indemnité accordée aux fonctionnaires non employés. Se plaindre de cette mesure, c'étoit se plaindre d'un bienfait. L'ancien conseiller, auteur d'une traduction en vers français de La Science de régner^ discours en vers latins du chancelier de l'Hôpital au jeune roi François II, imagina d'accompagner sa traduction de cette note :
« Attaché à rUnivorsité, j'ai cru, par déférence pour son {>rand-niaître, devoir lui soumettre cette épître avant de la publier. Monseigneur, que, pendant huit ans, j'ai vu, comme simple inspecteur d'Académie, aux ordres de la commission que je présidois avec M. Balan, n'a pas daigné m'iionorer d'une réponse depuis le mois de décembre 1826. Je n'ai eu de ses nouvelles que le 22 de ce mois par la communication d'un arrêté pris sous un faux prétexte, qui, après vingt ans de service, à l'âge de soixante-seize ans, et lorsque le grand-maître n'avoit plus sa place, m'annonce la suppression de la mienne O vertueux L'Hôpital ! toi que ton épître
fit chancelier, voilà ce qu'éprouve ton fidèle traducteur!!! «
Le comte de Sèze , premier président de la cour de cassation, qui connoissoit la famille de l'ancien conseiller, prit occasion de parler de lui à M. d'Hermopolis, dans
une lettre du 4 mars 1828, où il exprimoit au prélat le regret de ne plus le voir à la tête de l'Instruction publique , et à laquelle il joignit le feuillet où se trouvoit cette note si peu méritée. L'évêque répondit le 8 :
« Monsieur le comte, je ne puis qu'être touché et flatté tout à la fois des sentiniens que vous voulez bien m'exprimer par votre lettre du 4. Ma position a pu changer : ce que j'ai toujours senti pour vous ne changera pas plus que vous-même.
» Venons à M. de ***.
» Dans le feuillet imprimé que j'ai sous les yeux, il rappelle, avec l'intention de me mortifier, que j'ai été, pendant linit ans (il falloit dire pendant cinq ou six) aux ordres (il falloit dire sous l'autorité) d'une commission supérieure qu'il présidoit. Je suis loin d'en rougir : mais, quand un homme apu, sans intrigue, s'élever jusqu'à devenir ministre du Roi de France, il y a quelque sottise à lappeler qu'il a été inspecteur d'Académie, et par là même dépendant. Je ne crois pas qu'il y-eût déshonneur pour Fénelon à avoir exercé les simples fonctions de simple vicaire à Saint-Sulpice, sous l'autorité du curé de la paroisse.
» Il est vrai, j'ai eu un tort : je n'ai pas répondu à M. de '*'^*. J'en suis responsable, quoique le tort ait été involontaire, et que cet oubli soit un eftét de bureau.
» Lisez, je vous prie, la note que j'ai l'honneur de vous faire passer, et vous resterez convaincu qu'il y a de la part du plaignant platitude, ingratitude et injustice.
» Hommages et sentimeus. »
Le comte de Sèze , sur Tesprit duquel cette lettre fit une profonde impression , écrivit aussitôt au frère de l'ancien conseiller qu'il ne doutoit pas que celui-ci s'abstînt de publier sa note, surtout dans un moment où l'on pourroit penser qu'il vouloit profiter de la position de révéquc d'Hcrmopolis pour se la permettre.
Nous avons dit que M. le comte Roy venoit de recevoir le portefeuille des Finances abandonné par M. de Villèle. Jusqu'alors, il n'avoit point eu de relations avee M. Frayssinous : mais, dès le premier moment où il le vit et l'entendit, il conçut pour lui la plus haute estime, et il la lui témoigna toujours.