‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 34 sur 75 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Organisation d'une commission d'enquête sur les petits séminaire». — Lettre de M. d'Hermopolis aux évêques. — Conduite de M. deVatismesnil à Son égard. — Démission du ministre des Affaires ecclésiastiques. — Il est nommé ministre d'Etat et commandeur de l'ordre du Saint-Esprit. — Il indique M. Feutrier pour son successeur. — Proiet de retraite à Issy.

Le nouveau cabinet, nommé sous l'influence des passions victorieuses dans les élections , et des préjugés qui s'étoient emparé, par la voie des journaux, de l'opinion publique , étoit un ministère de concessions.

L'opposition n'avoit pas cessé d'évoquer devant le peuple le fantôme menaçant des Jésuites. Ces sages et vertueux instituteurs dirigeoient quelques écoles secondaires ecclésiastiques : onrésolutdeles en expulser, dans l'espoir que ce sacrifice désarmeroit l'opposition , comme si une première exigence satisfaite n'en encourageoit pas une seconde. En conséquence, M. Portalis adressa, le 20 janvier, ce Rapport au Roi :

« Sire, la nécessité d'assurer dans tontes les écoles ecclésiastiques secondaires l'exécutiGn des lois du royaume est généralement reconnue. Les mesures que cette nécessité commande ont besoin d'être complètes et efficaces : elles doivent se coordonner avec notre législation politique et les

maximes du droit public français; elles se rapportent à la fois aux droits sacrés de la religion, à ceux du trône, à l'autorité paternelle et domestique, à la liberté religieuse garantie par la Cliarte. Elles ne sauroieiit être préparées avec trop de maturité, puisqu'elles ne demeuient étrangères à aucun des principaux intérêts du pays.

» Pour qu'elles puissent l'être avec une pleine et entière connoissance de cause, vos ministres, Sire, ont pensé qu'il étoit utile et convenable que l'état des faits fût constaté, qu'ils fussent comparés aux lois, et que les dispoitions reconnues indispensables au maintien du régime légal subissent l'épreuve d'un examen préalable et approfondi, avant d'être proposées à la discussion de votre conseil et à l'approbation de \otre Majesté. Ils ont pensé que cette importante mission devoitêtre naturellement confiée à des bommesplus particulièrement indiqués au choix de Votre Majesté par leur rang, leur état, et leurs lumières.

» Si cette mesure étoit agréée par le Roi, j'ainois l'honneur de proposer à Votre Majesté la formation d'une commission de neuf membres, composée ainsi qu'il suit : M. l'archevêque de Paris, pair de France, président; M. le vicomte Laine, pair de France, ministre d'État; M. le baron Séguier, pair de France, premier président de la cour royale de Paris; M le baron IMounier, pair de France; M. le comte Alexis de Noailles, ministre d'Etat, membre de la chambre des députés; M. l'évêque de Beauvais; M. le comte de La Bourdonnaie, membre de la chambre des députés; M. Dupin aîné, membre delà chandire des députés; M. de Coiuville, membre du conseil de l'Université deFrance. »

Ce Rapport ayant reçu l'approbation royale, la commission entra en fonctions.

Déjà la presse accréditoit le bruit que l'évêque d'Herniopolis, nommé précepteur de M. le duc de Bordeaux, nlloit être remplacé par l'évêque de Beauvais, en qualité

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de ministre des Affaires ecclésiastiques (1). Cette nouvelle étoit prématurée ; et le prélat crut pouvoir tranquilliser les évéques sur les résultats de la commission , en leur écrivant , le 1 2 février :

« Monseigneur, le Roi a cru devoir, dans sa sagesse, foinier une commission chargée de constater l'état des écoles secondaires ecclésiastiques. Il ne savnoit être question de détruire ce qui est légitime, ni de priver l'épiscopat des moyens qui lui sont nécessaires pour préparer à la religion de dignes ministres, et perpétuer le clergé de France qu'ont illustré tant de talens et tant de vertus. 11 s'agit bien plutôt d'arriver à une connoissance exacte des faits qui pourroient faire cesser des accusations irréfléchies et des préjugés funestes.

» J'ai [honneur de vous prévenir cjue la commission m'a adressé un certain nombre de questions auxquelles je ne saurois satisfaire sans avoir, sur la véritable situation des choses, des renseignemens plus précis que ceux que je pois avoir déjà.

» En conséquence, Monseigneur, je les demanderai avec d'autant plus de confiance, que j'ai plus à cœur de défendre les droits de l'Eglise, riionneur de l'épiscopat, et des établissemens que je crois indispensables dans les temps où nous sommes. »

Dès le lendemain, 13 février, M. d'Hermopolis écrivit de nouveau aux évéques :

» Monseigneur, la commission nommée par le Roi pour s'occuper de tout ce-qui est relatif aux écoles secondaires ecclésiastiques, a cru devoir préalablement me demander des renseignemens qui tendent à faire connoître l'état actuel des choses : elle m'a adressé, à cet effet, une série de ques-

(i) Ami de la Holùjwn, t. LV, p. 75.

lions auxquelles je ne pourrois satisfaire complètement et exactement, si je ne consultoisquelesdocumens qui existent déjà dans mon administration.

» Je suis donc obligé de reproduire ces questions dans les feuilles ci-joiules, de manière qu'il vous soit possible de répondre séparément à celles qui s'appliquent généralement au diocèse, et à celles qui sont spéciales à chaque école secondaire.

» Je vous prie, Monseigneur, de vouloir bien me renvoyer ce travail, afin de me mettre à même de transmettre à la commission les résultats dont elle attend la communication (1). »

La première partie des questions posées par la commission neparolssoit pas devoir donner lieu à des difficultés; mais, dans la seconde partie, il s'en trouvoll plusieurs où l'on démêloit des intentions inquiétantes.

Le but secret de l'opposition n'échappa point au vigilant minisire, qui, ne pouvant, en conscience, protéger de son nom , et encore moins de son concours, de coupables manœuvres , sollicita la faveur de déposer son portefeuille. Tel étoit l'ascendant de cette opposition toute-

( 1 ) Voici les points sur lesquels les évêques étoient inlerrof^és : a Quel est le nombre des élèves ecclésiastiques exemptés du paiement de la rétribution universitaire, et placés soit dans les collèges ou collèges mixtes, qui ont passé dans le grand séminaire, en i8'i3, 182^, 1826, 1826, 1827? Combien compte-t-on, dans tout le diocèse, d'élèves préparés par les curés pour les séminaires? Combien de succursales vacantes pendant l'année entière 1827 ? Combien de vicariats légalement établis, etqui n'ont point été occupés en 1827 ? En combien d'années, d'après les ordinations des cinq années précédentes, peut-on espérer de compléter le nombre des prêtres nécessaires au service du diocèse?

«Combien d'élèves payans, et combien admis gratuitement? Quel est le taux de la pension au maximum et au minimum? Reçoit-on des externes? Combien y a-t-il d'externes? En quelle classe les élèves sont-ils

puissante, que M. de Vatismesnil, nommé le 10 février ministre de l'ïnstruclion publique, et qui occupoit un cabinet contigu à celui du prélat, n'osoil pas même entrer chez l'évêque d'Hermopolis.

MM. Frayssinous et de Chabrol donnèrent, le 3 mars, leur démission de ministres secrétaires d'Etat. Ils furent nommés ministres d'Etat et membres du conseil privé. Charles X, voulant leur témoigner sa satisfaction d'une manière spéciale, les nomma de plus commandeurs de ses ordres. M. Frayssinous, toujours étonné des grandeurs et des dignités qui tomboient sur lui , dit à madame la vicomtesse de S. avec une simplicité admirable, en montrant pour la première fois le cordon bleu qu'il venoit de recevoir : « Voyez- vous tout cela, 31adame.f^ Ceci prouve que nous sommes encore en pleine révolution 5 car sans cela je n'aurois pas tous ces honneurs. »

L'estime des hommes sages, qui tenoient compte de ladilllculté des circonstances et de l'exagération des partis, accompagna l'évêque d'Hermopolis dans sa retraite. On rendit justice à son noble caractère, à la pureté de

admis? En reçoit-on à tout âge? Conservent-ils les vêtemens ordinaires? Portent-ils un vêlement uniforme? Est-ce la soutane ? La direction de l'établissement et de l'enseignement est-elle confiée à des prêtres séculiers? à des laïques ? à des ecclésiastiques faisaiat partie d'une congrégation ? Dans ce dernier cas, quelle est la congrégation à laquelle appartiennent ces ecclésiastiques? Quel est le nombre des directeurs et professeurs de l'établissement? Quelle est la nature de l'enseignement? Quel est le nombre et la division des classes tant pour les lettres que pour les sciences ? Fait-on des études telles que les élèves puissent immédiatement obtenir des grades dans l'Université? La musique, la danse ou l'escrime sont-elles enseignées? Quels sont les revenus fixes de l'établissement? ses ressources éventuelles? Combien d'élèves sortis de ladite école secondaire, et qui ont passé au grand scminuire, eu i8i3, 1824^ 1825, i8iG et i8'.>.7? »

()3o VIE DE M. FRAYSSINOUS. [1828]

ses vues, à sa franchise, à sa prudence. Comme premier aumônier du Roi , I ancien ministre continua d'habiter les Tuileries.

Ce fut sur l'indication de M. Frayssinous et de M. Hyde de Neuville , ami de M. Feutrier, que l'évêque de Beauvais reçut le portefeuille des Affaires ecclésiastiques; mais, en l'indiquant au choix de Charles X, M. d'Hermopolis ne dissimula point à M. Feutrier qu'arriver au pouvoir dans des conjonctures si difficiles, c'étoit s'exposer à n'y trouver qu'un calice amer. L'évêque de Beauvais, quoique averti du danger, l'accepta par un excès de confiance chèrement expié, puisque ses regrets dévoient abréger une vie qu'embellissoient les plus aimables qualités du 'cœur et de l'esprit, et qui s'étoit écoulée jusque-là , soit dans les emplois ecclésiastiques les plus importans, soit dans les fonctions d'un ministère pastoral fort goûté.

M. Frayssinous avoil souvent déploré la nécessité où on l'avoitmis d'accepter leministère, et on l'entenditrépéter plusieurs fois : « C'est un M. Emery qu'il faudroit à ma place. » Aussi, dans son entier détachement, soupiroit-il après le moment où il pourroit se soustraire aux affaires, et se retirer dans la solitude pour se préparer k la mort. Il eut même quelque temps le projet d'imiter le cardinal de Fleury, qui s'étoit retiré à Issy, où il mourut en 1 743, après avoir contribué à faire construire une aile du séminaire. M. d'Hermopolis fit dresser le plan d'une petite maison de retraite, qu'il vouloit faire élever dans le parc d'Issy, entre l'allée dite la Quarantaine et la maison dite la Solitude. La révolution, qui vint bouleverser la France, ne lui permit pas de réaliser son dessein.

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