CHAPITRE XXXVIII
Franchise de iM. tl'Hevniopolis. — Opinion de Madiinte, duchesse de Béni, sur ie prélat. — Voyage dans le Rouerguc.
La franchise de l'évéque d'Hermopolis étoit loin de déplaire dans cette cour, où le cœur loyal des princes répondoit à la loyauté du prélat.
Le premier aumônier du Roi y régloit ses démarches avec le plus sévère scrupule. Sa respectueuse aflfection pour la mère de cet enfant au berceau duquel il avoit rattaché naguère toutes les espérances de la patrie, le conduisit souvent chez Madame, duchesse de Rerri: seulement, il ne croyoit pas que la place d'un évêque fût aux soirées qui ofFroient de brillantes, mais mondaines, distractions. Comme la princesse remarquoit son absence: «L'en estimez-vous moins? lui demanda- t-on. — Au contraire, dit-elle. » Elle l'a bien prouvé depuis.
Il y avoit dans l'évéque d'Hermopolis une simplicité qui charmoit le Roi. Un jour, il annonça à Charles X, qu'au retour des eaux desPyrénées il iroit,dans le Rouergue, visiter sa famille. « Il faut bien, ajoula-t-il que j'aille leur montrer ce cordon bleu que vous m'avez donné. »
Le 27 juillet , il écrivit à M. de Clermont-Tonnerre :
« Nos anciens collègues n'ont pas plus d'envie que moi de faire des apologies: le discours de M. de Montbel est pfus que suffisant. Corbière va partir; quant à moi, je pars ce soir. Je prends le chemin de l'école. Je vais directement à Jiordeaux, de là à Pau. Les Pyrénées me tenteront : je les
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visiterai un peu. Après cela, je pourrai bien gagner le Rouergue par Toulouse, et j'y serai heureux de rendre tous mes hommages au vénérable patriarche de l'épiscopat français (1)... Le bâton d'Achy sera du voyage ; il ne me quittera plus. »
M. Frayssinous afFectionnoit singulièrement lePuech, vieux manoir de ses pères. Pendant qu'il étoit ministre, il avoit pris plaisir à le faire réparer. L'air y est excellent, froid en hiver, mais frais et agréable dans la belle saison. Aussi, à l'époque où le prélat se sentoit le plus fatigué des travaux de sa carrière politique , il lui sembloit que , s'il pouvoit aller respirer cet air si vif, si bien faisant, il rapporteroit de nouvelles forces et une meilleure santé.
" Vous avez respiré l'air pur de nos montagnes, écrivit-il un jour à M. Amable Frayssinous; vous êtes bienheureux. .Te ne sais quand je pourrai en jouir tout à mon aise. C'est un bain d'air qu'il me faut, et de tous les jours, pendant un mois. Je souhaite que ce soit au printemps prochain. »
On vient de voir que le vœu de M. d'Hermopolis ne se réalisa qu'en 1828, après sa retraite du ministère.
Lorsqu'il s'approcha de Curières, toute la population, en habits de fête, accourut au-devant du compatriote, qui, couronne de gloire et d'honneurs, vouloit se reposer dans ce manoir du Puech , antique berceau de sa famille. Le pasteur de Curières, paroisse du lieu , le même dont il avoit obtenu la rétractation , qu'il avoit secondé avec un zèle si désintéressé dans les fonctions du ministère pastoral, et qui exprimoit, peu d'années auparavant, la crainte bizarre que le pontife ne le supplantât
(i) 31. le caidiiuil de Clcinionl-Tonnene^ archevêque de Toiddusc, oncle de l'ancien niuiibtre.
648^ VIE DE M. FRAYSSINOLS. [1828]
dans sa cure, harangua respectueusement l'évèque d'Hermopolis en lalin: M. Frayssinous lui répondit gaîment en patois.
Le premier aumônier du Roi ne put faire un long séjour dans le Rouergue : ses fonctions le rappeloient à Paris.