‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 39 sur 75 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Mort de M. de La Châtre et de Léon XH. — M. La!»be\ de Pônipieres renouvelle, puis retire sa proposition. — Lettre de M. Frayssinous à M. le marquis de Clcrmout-Tonnerrc;. — Dernières lettres à madame T. — Cérémonies auxquelles assiste M. d'Hermopolis.

M. d'Hermopolis assista, au mois de février 1829, dans l'église des Missions étrangères, aux obsèques de M. de La Châtre, évêque d'Iméria, et, le 26 du même mois, au service célébré à Noire-Dame pour le repos de l'ame de Léon Xïl.

[1829] LIVRE II. CHAPITRE XL. SotS

En ce moment, M. Labbey de Pompières renouveloit le scandale de l'année précédente, en portant à la session de 1829 sa proposition de mise en accusation de l'ancien ministère. Déconcerté par l'indifférence de la chambre, il la retira dans la séance du 19 février.

Ici se place, dans l'ordre des temps, une lettre adressée, le 2 avrilj à M. le marquis de Clermont-Tonnerre , et qui contient quelques passages dignes d'attention.

« M. le Marquis, si j'ai tardé si long-temps à répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrive, c'est que je désirois savoir ce que deviendroit la levée de boucliers du côté droit, et s'ilamèneroit quelque changement de scène et de direction. On disoit si nettement que, si la priorité n'étoit pas obtenue pour la loi couununalc, le ministère se retireroit, que les esprits étoient dans l'attente de quelque événement. Par l'alliance scabreuse de la droite et de la gauche, le ministère a été battu, et il est resté. Le voilà aux prises avec les deux extrêmes. D'après les journaux, vous êtes à même de juger, tout comme si vous étiez à Paris. Les propos des salons éclairent peu : ce n'est trop souvent que le théâtre des on dit, de bruits mensongers et de vaines conjectures; ce cju'il y a déplus sage et de plus capable y est embarrassé. Je plains ceux qui sont appelés à donner des conseils. Le Roi est fatigué de ce choc et de cette fluctuation d'opinions. Il est impossible qu'il ne soit pas averti, par certains choix, de ce qui se prépare pour ceux des conseils de départemens sous l'influence des journaux et des comités, si actifs, et présens en tous lieux par leurs agens, en supposant que la loi ministérielle passe; et que seroit-ce si la loi de la commission venoit à prévaloir? Martignac est le premier orateur de la chambre des députés pour la manière de présenter les idées et de les mettre dans un beau jour. Vous verrez par son discours cpie le Roi est décidé à ne pas céder siu- les bases du projet; mais je ne pardonne pas au ministre de l'Inté'

vieur de présenter le projet comme un bienfaitdela couronne: il n'y a de l/ienfaitde la part d'un gouvernement que ce qui est commande par la justice et l'utilité publique, et je doute que la loi proposée soit marquée à ces caractères. On raisonne beaucoup, et l'on fait des plans de ministère, comme si celui que nous avons devoit quitter. Chaque opinion présente son chef : à gauche, c'est le duc de Broglie; à droite, c'est La Bourdonnaie; dans les centres, on veut un ministère de coalition. M. de La Ferronnays demande son remplacement, de manière qu'on ne puisse guère reculer; mais, dans la crise actuelle, le ministère ne sait pas trop à quel saint se vouer. Je touche à mes soixante-quatre ans; et, soit l'eft'et de l'âge, soit dégoût, soit impossibilité pour moi de voir une issue au labyrinthe dans lequel nous sommes engagés, je regrette bien de n'être pas à quatre cents lieues d'ici, à Rome, par exemple. Si le grand-aumônier n'avoit pas été obligé de faire le voyage, j'aurois sollicité la permission de le faire dans une circonstance aussi intéressante. L'élection du Pape n'a pas été aussi vite qu'on s'en flattoit. »

L'homme politique se montre dans cette lettre : celles qu'on va lire, écrites à madame T. ne laissent voir que l'ami et le pontife. Dans la première, du 23 décembre précédent , il disoit :

« Que voulez-vous y faire? La jeunesse est courte; tout passe, tout vieillit, tout meurt.

» Naître, souffrir, mourir, c'est toute notre histoire.

» Heureusement, notre vie présente n'est que l'enlantement à une autre qui sera plus longue, et que nous pouvons lendre meilleure. »

La seconde lettre est du 18 mai 1829 :

« Je conçois. Madame, tout ce que les .souffrances de votre mari ajoutent aux vôtres. Ce surcroît de peines est un fardeau bien pesant, et vous avez besoin plus que jamais de

VOUS tourner vers le Dieu de toute consolation. Il n'est que trop vrai que nos jours sont courts et mauvais; et le monde présent, avec ses prestiges, seroit une bien pauvre chose et bien indigne de son auteur, s'il n'étoit pas un passage pour un monde meilleur. La philosophie vous diroit, avec Horace, que la patience adoucit le mal qu'on ne peut guérir. La religion fait mieux : elle donne la patience, par l'espéi-ance de la couronne immortelle qui doit en être le prix. Un des inconvéniens de l'âge avancé, c'est d'avoir vu disparoître ce qui attachoit davantage. L'un tombe à droite, l'autre à gauche; tous s'en vont successivement; et l'on finit par se trouver seul au milieu de ces débris, jusqu'à ce qu'on soit frappé à son tour pour jamais. Pensons à nous, quand nous vivons; car, lorsque nous cesserons de vivre, nous serons bientôt oubliés. »

Madame T. avoll consulté M. d'HermopoIis sur une question ihéologique 5 en conséquence, il ajouta :

<< Je vous dirai peu de chose sur la chute des anges. Il faut brûler les livres saints et compter pour rien la tradition des siècles depuis l'origine du christianisme ; ou bien il faut croire qu'il existe des démons, des esprits de malice, ennemis implacables de notre bonheur. Or le Dieu de bonté n'a pu créer des êtres dans cet état originel de perversité. Donc ils sont dans un état de dégénération. Aussi Jésus-Christ a-t-il dit, en propres termes, en parlant du démon : // nest pas demeuré ferme dans la n)érité : donc il est tombé. Saint Jean, 8, 44. Saint Pierre xo\\sà^ndiC\\ie Dieu n a point épargné les anges qui ont péché. 2" Epître, 2,4.

» C'est assez de controverse. Soyons humbles et doux de cœur : là est la paix et la force, tout à la fois.

» Adieu, Madame, agréez tous mes hommages. »

La correspondance de M. d'HermopoIis avec madame T. rouloit souvent sur des questions religieuses, comme le prouve encore cette lettre.

« Ainsi doue, IMadaine, vous aimez mieux ce qui console que ce qui eiïVaie. Cela se conçoit. Mais enûn il faut prendre le christianisme tel qu'il est, avec ses menaces comme avec ses consolations. Le jugement dernier est trop clairement révélé pour qu'on le passe sous silence : on auroit beau le dissimuler; il n'en arriveroit pas moins.

» Il faut un peu de crainte à l'homme : il n'est pas assez bon pour s'en passer; ce n'est que dans le ciel qu'il n'y en aura plus. Vous savez que la crainte est le commencement de la sagesse. Cela est vrai, même en politique. Ci'aignons le mal et la peine, pour mériter d'aimer à jamais. »

Le jour de la Pentecôte , une magnifique cérémonie réunit les chevaliers des ordres dans la chapelle des Tuileries, où Charles X se rendit, précédé de soixante chevaliers : le premier aumônier, que la bienveillance royale avoit décoré du cordon bleu , officia dans cette circonstance. Le privilège de sa charge, en lui permettant d'acccompagner le Roi, le 21 juin, à la procession de la Fête-Dieu, et le 15 août, à celle de Notre- Dame, lui fournit une nouvelle occasion de s'édifier de la piété de ce prince.

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