CHAPITRE XLL
M. d'Hermopolis est de nonveaii chargé de la présentation aux tilres ecclésiastiques.— Sacres d'évêques. — Pressentiment d'une révolution.— Calomnie du Courrier français, — ^dominations à didërens sièges, et correspondance avec M. Giraud. — M. Frayssinons refuse li'ètre présenté pour le cliapeau de carilii)al. — Il est fr.ippé d'apoplexie.
Cependant le ministère de concessions où siégeoit M. de Martignac, et d'oùs'étoit échappé ce cri de terreur : Nous allons à V anarchie., fit place, le 8 août, à
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un cabinet nouveau, composé du prince de Polignac, minisire des Affaires étrangères ; de M. Courvoisier, garde des Sceaux^ du comte deBourmont, ministre de la Guerre; du comte de la Bourdonnaie, ministre de l'Intérieur ; du comte de Chabrol, ministre des Finances ; de M. deMontbel, ministre des Affaires ecclésiastiques et de l'Instruction publique. Mais il importoit que la présentation des sujets les plus dignes d'être promus aux archevêchés et aux évêchés , ainsi qu'aux autres titres ecclésiastiques, ne fût pas laissée à un laïque, quelque estimable et bien intentionné qu'il pût être : aussi étoit-il annoncé qu'elle seroit désormais faite au Roi par un évêque désigné à cet effet , et qu'elle auroit lieu dans la forme suivie antérieurement à l'ordonnance du 26 août 1824. Ce soin réclamoit un prélat dont la sagesse et la réputation fussent, pour l'Eglise de France, un gage d'espérance et de sécurité : l'ordonnance du 26 août 1829 attribua la présentation aux titres ecclésiastiques à l'évêque d'Hermopolis.
Ce prélat, assisté de M. Tharin , ancien évêque de Strasbourg , et de M. Borderies, évêque de Versailles, sacra, le 6 septembre, M. d'Héricourt, évêque élu d'Autun , dans la chapelle des Dames du Sacré-Cœur. Assisté des évêques de Versailles, et de Fréjus, il sacra , le 15 novembre , M. Raillon , évêque élu de Dijon, dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice , où il présida, le 21, la cérémonie annuelle de la rénovation des promesses cléricales.
« Je ne sais où nous allons, écrivit-il à M. Amable Frayssinous, au commencement de 1830; mais certainement nous ne sommes pas loin de quelque catastrophe. »
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Il fut l'un des évéques qui, pendant la neuvaine pour la fête de sainte Geneviève , allèrent porter leurs supplications dans le temple dédié à la patronne de Paris, qu'il conjura d'écarter les dangers qui menaçoient la capitale et la France.
On l'avoit vu refuser un évêché dans la promotion de 1817, et pendant son ministère distribuer les dignités ecclésiastiques sans s'en réserver une ; il avoit présenté au Roi dix-huit évêques , et n'avoit voulu occuper aucun siège. L'archevêché de Sens étant venu à vaquer par la mort du cardinal de La Fare, de ce cardinal revêtu delà pourpre dont Pie VII ei\t volontiers décoré M. Frayssinous, le Courrier français osa publier que M. d'Hermopolis, ayant la présentation aux dignités ecclésiastiques, commençoit par se présenter lui-même pour le siège métropolitain de Sens. Mais le jour même où l'on publioit cette calomnie, le Moniteur ^nnowcpii que, sur l'indication du prélat si indignement méconnu , M. de Lalande , évêque de Rodez , succédoit au cardinal de La Fare.
Le choix du successeur de M. de Lalande, à Rodez , montra combien M. Frayssinous apprécioit les vertus, le savoir et les rares talens du prélat qu'il donna à son diocèse natal; et on peut dire qu'il le choisit entre plusieurs. Celui qu'on a si heureusement nommé le Fénelon de l'exil devina le cœur de l'évêque appelé à s'élever du siège de Rodez jusqu'au siège de l'immortel archevêque de Cambrai , et le choix de 1830 peut être considéré comme l'indication providentielle du choix de
M. Giraud, vicaire-général de Clermont et curé de la cathédrale, s'ètoit fait connoître à la cour par une sla-
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tlon du carême, que le premier aumônier, digne appréciateur en fait d'éloc^uence, avoit fort goûtée. Le 9 janvier, M. d'Hermopolis lui écrivit :
« Monsieur le Curé, votre modestie va être surptise, afïlif,ée peut-être, de ce que j'ai à vous annoncer. L'évêque de Rodez est nommé archevêque de Sens par ordonnance d'aujourd'hui 9 janvier 1830, et par la même ordonnance le Roi vous nomme au siège de Rodez. Il sera consolant pour vous de pouvoir vous rendre le témoignage que ce n'est pas vous qui avez appelé sur votre tête cet honorable fardeau. Vous sentirez bien que, dans la position actuelle des affaires, le Roi s'attend que vous accepterez, et que le refus pourroit avoir de graves inconvéniens. C'est moi qui ai eu le premier la pensée de vous proposer : je l'ai réfléchie, je l'ai mûrie, je l'ai communiquée à des hommes graves, et j'ai cru que votre nomination auroit tous les avantages que je dois désirer particulièrement pour un diocèse qui est le mien Permettez-moi, mon cher évèque, de me féliciter et de féliciter n\on pays d'un tel choix, et de vous offrir l'hommage de mes plus sincères sentimens. »
Quoique M. d'Hermopolis eût combattu à l'avance la résistance de M. Giraud, la modestie de l'évêque nommé fut ingénieuse h trouver des motifs de refus. Ils s'évanouirent devant cette seconde lettre, en date du 20 janvier :
« Mon cher Seigneur, je n'ai pu qu'être édifié et touché de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en réponse à la mienne. Je conçois qu'au premier moment vous ayez élé comme accablé de la nouvelle. Ce n'est pas un cadeau que l'on vous a fait; cette haute marque d'estime et de confiance royale est aussi un fardeau qui vous est imposé : mais vos épaules peuvent le porter. Après y avoir bien réflcchi, je ne sais qui eût été plus approprié cpxe vous
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aux habitudes, aux mœurs, au langage, au climat de l'Aveyron; ou peut vous dire, dans un bon sens : Tues illevir. Vous êtes sujet à des maux de tète : mais qui n'a pas ses misères? Ils proviennent surtout du ministère de la confession, le plus accablant de tous : votre vie sera plus variée; elle se passera en partie en visites pastorales. Si vous n'avez pas de fortune, vous avez cela de commun avec tant d'autres évêques : avec un genre de vie simple, quoique convenable, vous aurez de quoi suffire honnêtement à tout. Vous avez assez d'usage et de connoissance du monde pour notre pays : vous en auriez assez pour tout pays. Du courage et de la confiance! Dieu fera le reste : ce qu'il a commencé en vous appelant, il l'achèvera en vous assistant. L'heureux talent de la parole que vous possédez suffiroit seul pour vous concilier tous les esprits. L'habitude de gouverner la première paroisse d'une ville considérable et très-policée a été pour vous un bon apprentissage, et vous arriverez à votre nouveau poste plus préparé que vous ne pensez à le remplir' avec succès — Adieu, mon cher Seigneur; agréez l'hommage de tous mes sentimens. »
Au mois de mars, M. d'Hermopolis désigna à Charles X , pour la métropole de Toulouse , M. d'Astros , évêque de Bayonnc, qui avoit déjà refusé l'archevêché de Besançon; pour le siège de Bayonne , M. d'Arbou , ancien évêque de Verdun. Le mois suivant, il indiqua : pour la métropole de Sens, qui vaquoit de nouveau, par la mort prématurée de M. deLalande, M. de Cosnac, évêque de Meaux; et, pour le siège de Meaux, M. Gallard, vicairegénéral de Paris et curé de la Madeleine. Deux mois après, il désigna pour TEglise de Beauvais, à qui M. Feutrier avoit été brusquement enlevé, M. Blanquart de Bailleul, vicaire-général de Versailles, mais qui se désista de cette nomination.
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Ces dernières présentations d'évêques étoient remarquables par les noms des prélats proposés : aussi M. Picot lesappeloit-il un beau testament d' Eglises. M. d'Hermopolis, en effet, ne devoit plus présenter à aucun siège.
Ici se place la plus noble action peut-être de ce prélat, comme pour couronner sa vie publique, à la veille de la catastrophe qui devoit le rendre à la vie privée. Nous voulons parler du refus de la pourpre romaine.
Si le désir du saint Pape qui vouloit Ten revêtir ne fut point réalisé en 1820, il ne tint pas à Charles X, en 1830, que son premier aumônier ne devînt un des ornemens du sacré-collége. La mort du cardinal de La Fare , qui avoit reçu le chapeau destiné par Pie YII à M. Frayssinous, rendoit ce chapeau vacant. L'évêque d'Hermopolis présenta au Roi une liste de trois candidats, où le nom de M. de Rohan, archevêque de Besançon, figuroit en première ligne. Charles X , qui se proposoit de demander la pourpre pour le premier aumônier, le pressa d'y mettre le sien. L'humble prélat répondit : « Sire, lorsqu'on a un abbé de Rohan qui n'est pas cardinal, le choix du Roi ne peut être douteux. » Charles X, espérant vaincre sa résistance, garda pendant un mois la liste dans sa poche : mais il ne put rien gagner sur la modestie de M. Frayssinous. Le pontife, dont tant de services rendus à la religion avoient fixé l'attention de Pie VII, qui avoit successivement occupé les plus hautes dignités de l'Etat , qui avoit fait nommer tant d'évêques et de cardinaux, persista toujours à se déclarer audessous des honneurs de la pourpre.
Le dimanche de la Passion, M. d'Hermopolis avoit éprouvé une attaque sérieuse , à la suite de laquelle sa santé demeura chancelante, et qui lui fit entrevoir des
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atteintes nouvelles dans l'avenir. La maladie le trouva résigné , et il ne cessa d'envisager avec calme les accidens qui pouvoient plus lard aggraver son état.