‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 44 sur 75 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Première éducation de M. le duc de Bordei x. — Charles X appelle M. d'Hermopolis à la terminer. — Surprise et terreur de M. Frayssinous à cette nouvelle. — Il va consulter ses amis à Paris. — 11 s'associe M. Trébuquet. — Idées et sentiinens qu'il se propose d'inculquer à son royal élève. — Sa préoccupation au sujet de Charles X. — Réflexions de M. de Bonald sur la mission confiée à M. Frayssinous.

M. d'Hermopolis goûtoit à peine un repos nécessaire à Rodez, lorsqu'un nouveau sacrifice lui fut demandé.

Nous n'avons point à parler de l'éducation de M. le duc de Rordeaux , avant que le vertueux et savant pontife vînt y mettre la dernière main. Il nous suffira de dire brièvement qu'elle avoit été sagement appropriée aux besoins moraux et intellectuels de celui auquel elle s'appliquoit. Les hommes ont pu changer autour du royal enfant ; les principes essentiels et fondamentaux n'ont jamais varié. Nous aimons à le proclamer, pour ré-

(i) Lettre à M. Amette, du... i83 \.

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pondre à la calomnie qui a prétendu que le petit-fds de Louis XIV a été livré à une éducation sans plan et sans but, qu'il a régné dans tout ce qui s'est fait autour de lui un décousu déplorable, et que son caractère est peu en harmonie avec les exigences de la société actuelle. Ce sont là de gratuites insinuations démenties par les faits. A toutes les époques, ce qui approcha le descendant du grand Roi fut digne et honorable.

Si nous ouvrons le Rapport de madame la duchesse de Gontaut, lorsqu'elle remet le jeune prince entre les mains du duc de Rivière, son gouverneur, nous voyons que la religion commence par tenir une large place dans son éducation. Elle lui est présentée tout à la fois comme un frein et comme une espérance. On a voulu qu'il fût pieux sans superstition, savant sans orgueil, puisant sa force dans sa loyauté ainsi que dans sa sagesse. Le respect pour nos saintes croyances, l'horreur de l'injustice, l'amour de la vérité, une énergique répulsion contre les oppresseurs , une vive sympathie pour les opprimés, voilà les premiers traits qui se dessinent dans le caractère de Henri. A sept ans, il a déjà horreur de la flatterie, il ne peut supporter le mensonge, il sait contenir ses émotions, il souffre sans se plaindre, il réfléchit avant d'agir. 11 est d'une loyauté franche et généreuse, qui, rappelant celle de son infortuné père, se trahit par des manifestations toutes béarnaises.

Depuis 1827 jusqu'en 1830, M. Barrande, ancien élève de l'Ecole polytechnique et second sous-précepteur de M. le duc de Bordeaux, donna, sous la direction du précepteur, des soins à l'inslructlon du jeune prince. A partir de 1830, il demeura seul chargé de cette instruction , sous la dépendance du gouverneur, M. le

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baron de Damas. Les deux sous-gouverneurs étant successivement rentrés en France, et la santé de M. de Damas ne lui permettant pas toujours la même assiduité dans ses fonctions, M. le marquis de Foresta fut choisi pour troisième sous-gouverneur, et, en cette qualité, il assista aux leçons du prince. M. Barrande, qui crut voir dans sa surveillance une marque de défiance injurieuse pour lui, ne tarda point à se retirer : il avoit imprimé le premier élan à l'intelligence de l'auguste élève, et lui avoit fait franchir les classes élémentaires de grammaire. C'est avec ce digne professeur que Henri commença l'étude de l'histoire; et ses premières méditations furent appelées sur les causes de la prospérité et des malheurs qui ont signalé les diverses époques de notre monarchie : l'intelligence de l'élève s'éclaira, en apprenant que Tordre, la puissance , la grandeur des rois et des nations ont des conditions immuables sans lesquelles le bien est impossible à réaliser.

Déjà Charles X méditoitde revenir à l'usage constamment suivi dans l'éducation des fils de France, en remplaçant Tinstituteur laïque par un ecclésiastique, et son choix s'ctoit fixé sur l'éloquent abbé de Maccarthy. La santé et les travaux de l'illustre orateur retardèrent l'exécution de ce projet, que sa mort, inopinément arrivée le 3 mai 1833, renversa tout-à-fait. La mission que lui destinoit la confiance du Roi échut à deux de ses confrères de la Compagnie de Jésus, MM. Druilhet et Déplace, maîtres habiles, auxquels M. le duc de Bordeaux n'auroit pas élé seulement redevable de la culture de l'esprit. Heureusement préparé à sa première communion par M. l'abbé de Moligny, il en avoit reçu des semences de piété, qui, sous la direction de MM. Druilhet

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et Déplace, promirent, en quelques mois, de beaux fruits. Mais les deux instituteurs ne firent que passer à Prague. Charles X , pour imposer silence à toutes les préventions, résolut de confier l'éducation de son petitfils au marquis de La Tour-Maubourg et à Tévêque d'Hermopolis.

En cela, la Providence se montra bien admirable dans ses voies sur le prélat comme sur le jeune prince. D'une part , il falloit à cette ame encore tendre et ouverte à toutes les impressions un guide sûr, qui lui traçât la route, et qui lui fit prendre l'habitude d'y marcher d'un pas si ferme qu'elle ne pût jamais s'en écarter 5 il falloit d'autre part , à une vie aussi pleine que celle de M. Frayssinous, et utilement employée au bien de la religion et de la société , une dernière et grande mission , qui en fût comme la digne couronne. Pour répondre à cette double nécessité , Dieu appeloit l'évéque d'Hermopolis près de M. le duc de Bordeaux. Tout sembloit indiquer le prélat à Charles X pour celte mission aussi honorable que difficile. Il avoit une grande sagesse dans les idées , de la modération dans le caractère , de la fermeté sans roideur, de la bonté sans foiblesse. La plénitude du sacerdoce , qui lui avoit été conférée, les nobles souvenirs qu'il avoit laissés dans la chaire catholique, les services qu'il avoit rendus aux générations contemporaines, cette vieillesse elle-même, qui, après avoir traversé tant de vicissitudes , sa voit le dernier mot de nos misères et de nos stériles agitations; c'étoient-là autant de gages qui proraettoient en lui un digne continuateur de l'œuvre commencée avant lui.

Le 26 août 1833, M. Frayssinous reçut, à Rodez, le message qui l'invitoit à être le précepteur du prince. Le

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porteurétoitunjeunehommed'unranghonorable,quilui avoitété député exprès. Il lui présenta deux lettres, l'une de M. de Montbel , l'autre de Charles X, écrite de sa propre main , et dans laquelle le Roi , après lui avoir exprimé l'intention de lui confier l'éducation de son petitfils, ajoutoit que le prélat ne devoit pas voir dans ce qu'il lui disoit une invitation seulement, mais un ordre, et qu'il comptoit sur lui comme sur son serviteur le plus dévoué. Le Roi disoit de plus que ses désirs , à ce sujet , étoient partagés par madame la Dauphine.

Le premier mouvement de l'évêque d'Hermopolis fut un mouvement de surprise et de terreur. Nous le laisserons parler lui-même : on le retrouvera encore ici aux prises avec sa modestie. Il devoit sans doute lui en coûter de renoncer au calme de la vie privée , à la retraite qu'il s'étoit choisie, à sa famille, à son pays, dans un âge déjà bien avancé , et avec des infirmités qui avoient commencé à se déclarer-, mais une autre pensée le préoccupoit davantage.

u J'avois, dit-il dans des notes manuscrites qu'il a laissées, i'avois un sentiment si profond et si fondé de mon incapacité pour une mission si importante et si difficile, que la première question à examiner me parut être celle de savoir si je pouvois l'accepter en conscience. Je ne crus pas pouvoir me décider seul dans cette grave affaire. Je pris sur-lechamp le parti d'aller chercher des lumières, des conseils, ou plutôt une décision à Paris. >»

Ainsi, quoique, depuis 1830, la santé de M. Frayssinous eût reçu des atteintes plus sérieuses, courtisan du malheur, il ne se laissa point arrêter par le poids des années et des infirmités. Un noble caractère ne se met h l'aise qu'avec la prospérité. Il quitta Rodez aussitôt 5

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mais une lettre écrite le 3 septembre, de Saint-Flour, à M. AflVe, frère de M. l'archevêque actuel de Paris, permit d'entrevoir l'étendue du sacrifice que sa fidélité faisoit au devoir.

« Je regrette, mon clier Affre, d'être parti sans vous avoir fait mes adieux, ainsi qu'à votre oncle et mon ami M. Boyer ; uiais je n'en ai pas tiouvé le temps au milieu des embarras d'un départ si précipité. J'ai bien pu m'arracher avec violence à mon pays, à ma famille, à tout ce que j'ai déplus cher; mais je ne l'ai pas quitté de gaité de cœur. Je conserverai toujours le souvenir du séjour que je m'étois choisi. Je m'y plaisois de plus en plus. J'ai lu l'annonce de mon départ dans le Journal : s'il y avoit lui peu de malin vouloir, ce n'étoit pas contre moi. Adieu. »

M. l'abbé Michel Clauselde Coussergues habitoit alors Versailles; le prélat s'y rendit. Comme il traversoit Paris, M. de G. lui dit : n Vous acceptez, Monseigneur, une belle mission. — Je dois tout à la famille royale, répondit-il 5 son désir est un ordre pour moi; mais j'ai besoin de savoir si ma santé pourra sulïire à achever l'œuvre commencée. Je consulte demain quelques médecins, mes amis, et, s'ils disent que je peux partir, je pars. » Les amis qu'il consulta , serviteurs non moins dévoués d'une haute infortune, furent unanimes pour l'acceptation. Un sentiment d'honneur et de reconnoissance vint d'ailleurs fortifier cette décision, dont il instruisit Charles X, et l'aider à surmonter l'humble appréhension qu'il avoit de son insutïisance. « C'est comme si j'allois en Chine, à mon âge , dit-il à M. l'abbé L. mais on fait appel à mon dévoriment , je ne puis hésiter, »

Le pontife ;, en acceptant le précieux dépôt que le Roi confioit à i»a vigilante solhcitude, déclara franchement

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qu'il ne pouvoit rien sans le secours du pieux et intelligent auxiliaire qui avoit toute sa confiance. G'étoit nommer à Charles X M. l'abbé Trébuquet , un des prêtres qui font le plus d'honneur au sacerdoce par l'esprit de charité , la pureté des mœurs , l'étendue des lumières , l'indépendance du jugement, et cette touchante modestie qui s'allie si bien avec le savoir. De Versailles, M. Frayssinous écrivit, le 15 septembre, à son ancien secrétaire, qui se trouvoit à Rome :

« Mon cher ami, la Providence s'explique. Jusqu'ici votre destinée est liée à la mienne, comme la mienne à la vôtre. Me voici à Paris. J'ai eu le temps de voir, d'examiner, de peser et faire peser le pour et le contre : je pars. Les difficultés sont grandes; je me trouverai sur un terrain nouveau, mais non lout-à-fait inconnu. Je sais bien des choses de l'intérieur : il y faudra de la simplicité et de la prudence. Je suis appelé d'une manière si extraordinaire et si inattendue, je suis si pressé par l'opinion la plus respectable d'aller en avant, que je me livre. Seul, je ne puis rien; avec vous, je me sens capable de tout. Si vous me manquiez, tout me nianqueroit : en vous, se trouve appui, conseil et consolation, et je ne trouve cela qu'en vous. Considérez la grandeur de l'œuvre, quoi qu'il puisse arriver. Ce sera toujours vme ame à sauver. Priez, et résignez-vous. Je serai arrivé à Prague avant vous. De grâce, ne perdez pas un moment. Faites usage de tout ce que je vous ai laissé. Adieu, je vous embrasse. Toute mon espérance est en vous. Sans cela, j'abandonnerois tout. »

Certain du dévoûmcnt de M. Trébuquet , l'évêque d'Hermopolis dit à M. de F. « Je m'occuperai peu des choses de littérature ; je laisserai ce soin à l'ami que j'emmène avec moi, M. Trébuquet, un de nos premiers humanistes, et un des hommes qui jugent avec le plusde

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goût toutes les grandes productions de l'esprit des temps anciens et modernes. Pour moi, j'enseignerai à M. le duc de Bordeaux la sagesse de tous les siècles et de tous les lieux ; je lui apprendrai à connoître l'homme, que le temps modifie sans en changer le fond, v II voulolt qu'un prince , a cette époque de publicité surtout , répondît aux exigences de sa position. « Jp lui apprendrai, ajouta-t-il, à déposer la timidité et à parler avec facilité. »

Le jour des Saints-Anges, 2 octobre, veille de son départ pour Prague, quelqu'un rappeloit devant lui qu'après avoir entendu la lecture du testament de Louis XYI, M. le duc de Bordeaux avoit dit : « J'ai bien remarqué ces mots : Si mon filsfl le malheur d'être roi. » L'évêque d'Hermopolis dit à son tour : « J'aime bien mieux ces paroles de saint Louis à son fils : Si Dieu "vous fait la grâce d'être roi. Le désir de procurer le bonheur de la patrie doit l'emporter sur la crainte des peines qui accompagnent la royauté. Un prince doit regarder comme une grâce le rang qui le met en état de se sacrifier pour faire cesser les maux de son pays. «

Quelqu'un ayant ajouté : « Né sous l'égide de saint Michel, M. le duc de Bordeaux doit être plein de l'espérance que Dieu le destine à de grandes choses en faveur de son Église, et que ce puissant archange lui sera en aide; » M. Frayssinous reprit : «Qu'il attende la victoire de ces mots qui rendirent saint Michel triomphant dans le ciel : Quis ut Deas ? )>

Du reste, le sage prélat disoit : « Si l'on croit que je vais entretenir le jeune prince dans la seule pensée qu'il doit régner un jour, on se trompe. Je veux en faire avant tout un honnête homme , un chrétien , qui puisse

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et sache supporter la bonne comme la mauvaise fortune. )) Parlant de son auguste élève à M. de F. : « Je lui dirai, continua- t-il : Il importe peu que vous soyez roi, Dieu seul en décidera; mais ce qui importe, c'est que, si vous n'êtes pas sur le tronc, chacun voie et sente que vous êtes digne d'y monter. » Tel est le sens de l'éducation que reçut M. le duc de Bordeaux; et, du malin au soir, ces paroles résonnèrent à son oreille.

Dans une lettre adressée à Madame , duchesse de Berri, M. Frayssinous disoit encore :

« Espérons que le jeune prince tiendra tout ce qu'il promet. Il y a dans son ame, dans son esprit, de quoi faire un honnête homme, un chrétien sincère, et un grand prince.»

Ce fut à ces trois résultats essentiels que tendirent constamment les vœux et les soins de l'évéque d'Hermopolis. On peut dire aujourd'hui que ses espérances sont remplies.

Revenant sur les événemensde 1830, et sur la tentatative malheureuse de Madame la duchesse de Berri , révêque d'Hermopolis s'écria : « Non, je ne veux m'occuper que de cet enfant; je ne songerai, abstraction faite de ce qui l'entoure, qu'à le préparer aux destinées que peut lui réserver la Providence. » Il s'inquiétoit vivement de l'attitude qu'il auroit à prendre à la cour de l'exil. Le prélat aimoit et vénéroit Charles X ; il savoit que son noble cœur vouloit le bonheur et la gloire de la France; mais l'acte de Rambouillet lui paroissoit répondre mal à ces sentimens. a Que lui dirai-je.»^ » s'écria^ t-il . Et il ajouta avec force : « La religion lui ordonnoit de mourir sur le trône, et il n'est pas mort! »

A l'occasion de la mission confiée à M. Fravssinous,

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l'illustre M. de Bonald, son compatriote et son ami, publia ces réflexions (1) :

« Ce qu'un roi doit étudier, doit connoîtie , est sou royaume, les hommes qu'il emploie et ceux qu'il peut employer. Dans cette connoissance, il doit être supérieur à tous; dans toute autre, il est nécessairement inférieur à ceux qui en font une étude spéciale. Qu'il connoisse à fond les pays et les peuples qu'il doit gouverner, qu'il soit chrétien, juste et courageux, juste en tout et envers tous, et il sauia ce qu'un roi doit savoir, et il sera ce qu'un loi doit être. Justice ei jugement, les livres saints n'en demandent pas davantage pour les rois et les enfans des rois : Deus judiciuin tuuni Régi da, et justitiam tuam jilio Régis.

» Or, c'est dans la religion que se trouve la règle souvelaine de la justice; et, bien mieux que la philosophie, elle apprendra aux rois l'art de régner, et leur en inspirera le couiage.

» Oui, le courage : non le courage physique, que la nature donne plutôt que l'éducation, et dont les rois aujourd'hui ont moins besoin que d'autres; mais le courage de l'ame, la fermeté de caractère, qui vient d'un profond sentiment de l'ordre, et qui est le fruit de la religion, de cette religion des rois, qui consiste en actions plutôt qu'en pratiques, et plutôt en protection de la religion qu'en faveurs pour ses ministres. Ce courage moral fait de la guerre , quand elle est nécessaire, quelquefois à l'étranger, et toujours aux médians, non un goût de jeunesse, trop tôt remplacé par d'autres goûts moins innocens, ou une passion d'ambition et de conquêtes, mais un devoir, la conviction de te qu'on doit à Dieu et à ses peuples, et qui ne cède ni aux revers ni aux fatigues. Pour le subalterne, il suflit du courage de l'obéissance et de la discipline : pour les rois, il faut

(i) Ami de Ut lieUijion, t. LXXVtl, p. 387-

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le courage que donne la foi aux principes conservateurs de la société, et cest ce qui leur a manqué.

» Et certes l'on ne peut s'empêcher de remarquer que, depuis que la religion et ses ministres ont été bannis, en quelque sorte, de la société politique, et que l'éducation des rois a été confiée à des philosophes et à de beaux esprits, il y a eu plus de foiblesse dans leurs conseils, plus d'indécision et de tâtonnemens dans leur politique, moins de franchise et de loyauté dans leur diplomatie, et, malgré l'énorme accroissement de leurs forces militaires, un amour de la paix qui ressemble un peu trop à la crainte de la guerre.

» La philosophie a voulu en tout se substituer à la religion; mais elle n'a que des maximes, et la religion a des injonctions. La religion voit le côté moral de la société : la philosophie n'y voit que la malice; et, en occupant exclusivement ses adeptes d'objets matériels, elle corrompt leur cœur et rétrécit leur esprit; elle endort les rois dans le goût des arts et de la mollesse; elle craint surtout qu'ils ne mettent en pratique la sévérité des préceptes de la religion, qu'elle traite à dessein de bigoterie et de fanatisme, et ne leur en permet que ce qu'il en faut pour ne pas laisser abattre les croix, démolir les églises, fermer les séminaires et maltraiter les prêtres.

» Les libertés de l'Eglise Gallicane et la monarchie représentative, voilà, dit un Journal, ce qui doit être enseigné à un prince français. . . Il semble qu'il y a quelque autre chose à lui enseigner que des vieilleries ihéologiques ou des nouveautés politiques; et, sans doute, mes illustres amis appelés à son éducation , M. le marquis de La Tour-Maubourg et M. l'évêque d'IIermopolis , auront d'autres leçons à lui donner. »

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