‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 45 sur 75 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Départ de M. Frayssinoiis pour Prague. -^Lettre que lui écrit Madame. — Son entrevue avec Charles X. — Son désintéressement. — M. Trébuquet le rejoint. — Témoignage rendu par le précepteur au sous-précepteur.

M. Frayssinoits partit de Paris le 3 octobre. En vain on lui parla dans le voyage des obstacles qui pouvoient l'attendre : sûr de l'amitié du Roi, il poursuivit sa route, en passant par Metz et par Francfort. 11 arriva le 1 4 à Prague, où il ne trouva que madame la Dauphine : Cbarles X et les autres membres de la famille royale étoient à Léoben.

Madame, duchesse de Rerri, voyoit aussi avec plaisir l'éducation de son fds confiée à l'évéque d'Hermopolis. Dès qu'il fut arrivé à Prague, elle le lui témoigna par une lettre autographe pleine de bienveillance, en date du 17 octobre.

« C'est avec une satisfaction bien véritable, lui dit la princesse, que j'ai appris votre arrivée à Prague. Pleine de confiance dans vos vertus et vos lumières, je me réjouis de penser que mon fils va être confié à vos soins. »

Lorsque M. Frayssinous fut en présence du Roi : « C'est le cœur qui vous conduit ici, lui dit Charles X; en l'apercevant. — Oui, Sire, » répondit le prélat, dans la naïve effusion de sa joie.

L'évéque d'Hermopolis venoit remplir un devoir : il refusa avec désintéressement les honoraires qu'on eût attachés à ses fonctions. Les gages seuls de son domestique furent acquittés par la maison du Roi.

M. Trébuquet rejoignit à Prague le prélat qu'il venoit

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seconder, en qualité de sons-précepteur, dans les soins que réclamoit Tillustre pupille.

Jamais hommes ne furent unis d'une amitié plus étroite que MM. Frayssinous et Trébuquet : d'un côté, respect tout filial, de l'autre, tendresse toute paternelle-, l'un étoit la pensée et l'inspiration, l'autre, la parole et l'action. Ici, toute la gloire d'une longue carrière sur laquelle l'admiration publique attachoitdes regards pleins de reconnoissance-, là, de brillantes espérances, déjà réalisées en partie, et une maturité vigoureuse qui commençoit à se couronner de fruits.

M. l'abbé Trébuquet répondit avec un zèle éprouvé et un talent incontestable à la noble délégation du prélat.

Il y avoit six semaines que M. Frayssinous étoit à Prague, lorsqu'il fit, le 27 novembre, ce tableau de sa position nouvelle à madame 0.

« Je vous écris de ma chambre à coucher qui regarde le midi, domine la ville, voit à droite des coteaux bien boises et semés d'édifices qui {ont fabrique, et s'étend au loin sur les campagnes et montagnes du voisinage. C'est un des coups d'œil les plus imposans que je connoisse : il peut figurer à côté de celui de votre terrasse de Saint-Germain. Si nous n'étions qu'à cent lieues, je vous inviterois à venir en faire la comparaison. Je trouve que trois cents lieues de distance, c'est un peu trop.

» J'ai avec moi mon saint compagnon, occupé depuis cinq heures du matin jusqu'à dix heures du soir. Il est toujours le même pour moi.

» Je suis assez occupé ou préoccupé, ce qui est la même chose, pour n'avoir pas le temps de m'ennuyer. Notre vie est réglée comme un papier de musique. »

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Dans une lettre postérieure (1), M. d'Hermopolis rendit encore ce témoignage à M. Trébuquet :

« Mon saint compagnon est doué d'une santé qui lui permet un travail presque continuel; il fait une besogne effrayante; je l'admire et ne le conçois pas; presque tout roule sur lui. »

Il dit ensuite (2) :

« Mon compagnon va bien, je voudrois qu'il eût moins de travail. On diroit que c'est sa vie. Son courage, son admirable vertu se soutient. Il n'a pas manqué un seul jour d'être à son affaire. H y a des grâces d'état, et je crois qu'il est, en effet, dans son état. »

M. d'Hermopolis ajoutoitdans sa lettre du 27 novembre 1833 :

«1 Vous pensez bien que le climat est un peu rude : le froid de 18 degrés n'est pas rare ici; plus d'une fois, il est encore plus fort; mais vous savez qu'on se précautionne très-bien contre l'hiver dans les contrées où il est le plus rigoureux.

» Les papiers publics de toute couleur nous tiennent au courant de ce qui se passe dans notre pays. Toute ma politique est là; je n'en fais plus; c'est du temps perdu. »

Il écrivit aussi de Prague à M. Philibert de Bruillard, que le froid l'éprouvoit beaucoup pendant l'hiver, mais qu'enveloppé d'un bon manteau, il sortoit tous les jours, et faisoit le tour des remparts. C'est un souvenir qu'une lettre de M. le duc de Bordeaux rappela plus tard à son précepteur.

M. d'Hermopolis parloit sans cesse dans ses lettres de celui qu'il appcloit son ange.

(i) Lettre écrite de Prague à madame O. le 17 juillet 1834. (2) Lettre écrite de !*iaguo à madame 0. le 7 janvier 1835.

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« Vous savez, dit-il à madame O. (1) que son prénom est IJai'nabé, c'est-à-direy?/.f de consolation. Je vous assure qu'il remplit bien pour moi tout ce que ce nom a de touchant. Par reconnoissance, je le recommande à vos prières. »

Déjà il avoit dit à M. Boyer :

« Mon Barnabe, ^/^ de consolation., et le seul. »

Dernière parole, que nous explique ce passage d'une lettre à madame O. (2)

« Je vis toujours ici fort solitaire. Je crois que j'y resterois vingt ans, que je n'y formerois aucune liaison. C'est difficileà mon âge. »

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