‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 53 sur 75 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

M. Frayssinous a une seconde attaque d'apo|)lexie. — Prévenance aimable de M. le duc de Bordeaux. — Préoccupations sérieuses du prélat. —Mot sur l'abbé F. de La Mennais. — Dernier voyage à Tceplitz. — Lettres sur Goritz et sur Kircliberg. — Joli mot sur la vieillesse. — M. Frayssinous s'occupe peu de politique. — Lettres sur la niorl de son frère Amablc, de l'archevêque d'Olmutz, de Charles X, de M. de Chabrol.

M. D'Hermopolis ne se dissimuloit pas que les traces qu'a voit laissées l'attaque violente du mois de mars 1830 lui présageoient une attaque nouvelle. Il en fut atteint au mois d'octobre 1835, et la décrivit, le 7 novembre, en ces termes, à l'abbé Boyer :

<< Quand je vous parlois dernièrement, mon cher ami, de mes prédispositions à des attaques plus ou moins éloignées, vous m'accusiez de broyer du noir, et j'avoue que je n'avois pas prévu que l'expérience viendroit si tôt justifier mes prévisions. C'est le 29 octobre, à six heures du

matin, que la preuve m'en fut acquise Je suis au

neuvième jour, et c'est debout devant mon pupitre élevé que je vous écris. Je ne dirai pas que l'ennemi a été détruit sans retour; mais il a été vaincu, poursuivi sans vc-

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lâche jusque dans ses derniers retranchemens. La tête est restée saine ; le bras et la jambe gauche en sont restées un peu foibles. C'est le premier coup de cloche de ce genre depuis le mois de mars 1830. Ce premier en appellera un second, je ne sais quand; et je ne sais pas non plus s'il sera plus fort ou plus foible, et le dernier peut-être, A la garde de Dieu. Tout ceci n'est pas gai, et ne convient guère à ma position, J'aurois besoin de mon être tout entier : Mens sana in corpore sano. Ma machine est encore un peu ébranlée. A nos âges, les suites de pareils accidens sont plus longues et plus sérieuses. Tout est grave à 70 ans. J'ai fait mon temps : à d'autres. »

A la suite de cette attaque, le prélat s'avançoitun jour, appuyé sur M. Trébuquet. Le duc de Bordeaux, avec un gracieux empressement , dégagea son bras pour s'en emparer lui-même, et l'élève conduisit ainsi son précepteur au Roi, dont ce tableau charma les regards.

L'ingénieuse amitié de M. Boyer soutenoit à M. d'Hermopolis que ces accidens n'étoient que des attaques de nerfs.

" Soit, répondit M. Frayssinous, le 10 décembre 1835 ; le nom ne fait rien à la chose. Qu'importe, si elles sont de nature à pouvoir causer un épanchement au cerveau, ce qui est ordinairement mortel, comme vous savez. Ma convalescence, si elle doit être parfaite, sera longue. Même embarras, même foiblesse dans le bras et la jambe du côté gauche. Mes nerfs sont dans un état d'agitation et d'agacement qui me rend impatient, précipité, et me porte à l'humeur. Je vous prie de mettre sur le compte de ces médians nerfs une bonne partie de ce qu'il peut y avoir de trop acerbe dans mes remarques... J'ai pu dire la messe hier deuxième dimanche de l'Avent. Ce n'a pas été sans gêne et sans peine. J'étois assisté de mes deux

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auf»es gardiens, dont l'un est un pur esprit comme toutes les intelligences célestes, et l'autre (1) est revêtu des formes humaines, en attendant la transfiguration. »

« J'ai été vigoureux, agile, ingambe, écrivit-il, le 12 janvier 1836, à Madame O. cela n'est plus pour moi qu'au temps passé. Pour moi, l'avenir est peu de chose. Cependant, je ne voudrois pas laisser mes reliques en terre étrangère... Je dois voir dans ce qui m'est arrivé un avertissement et une menace; il s'agit d'en profiter. Tous me porterez quelquefois au saint autel dans votre souvenir. J'ai besoin d'appui, et celui-là est solide. Mon compagnon est un ange consolateur. »

Une lettre du 24 février, adressée à madame la vicomtesse de S. exprime les plus sérieuses pensées de la manière la plus vive :

« Je vous remercie beaucoup, Madame, de la bonne et agréable lettre que vous avez bien voulu m'écrire le 4 février, et qui m'est arrivée par une occasion. Votre départ de ce pays m'avoit laissé de vifs regrets, et il me faut bien de temps en temps quelque dédommagement.

') A mon âge, il y a bien des mécomptes. Parens, amis, connoissances, tout a disparu successivement; plus de contemporains; tout cela vous manque; l'on s'en aperçoit, et quoique au milieu du monde on se trouve exilé. Je me représente la quille du milieu restant seule debout, quand toutes les autres ont été abattues. Les deux extrémités de la vie se touchent : la vieillesse se rapproche de l'enfance. L'âge moyen fait envie : il y a quelque chose qui choque les regards des vieux, et ceux-ci se plaisent plus avec les enfans qu'avec la jeunesse. Que voulez-vous? le monde est ainsi fait : ne devient pas vieux qui veut. Laissons faire la Providence. Voyons dans elle une mère qui ne frappe que pour

(i) M. l'abbé Trébuquet.

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sauver, qui a mis des remèdes à côté des maux qu'elle permet, et qui tient la couronne prête pour ses fidèles adorateurs.

» Madame de B. a passé par bien des amertumes, et d'autres peuvent l'attendre encore. Que le ciel la console et la soutienne! C'est le chemin du ciel que celui de la croix, dont j'ai lu un bel éloge dans V^mi de la Religion

» La petite colonie va bien. Rien de bien nouveau au pays : toujours qu'après avoir passé à Tœplitz le mois de juin, elle ne reviendra point à Prague. Où ira-t-elle planter son pavillon? Je n'en sais rien.

» Votre commission a été accueillie avec reconnoissance et avec la bienveillance que vous méritez.

» Depuis deux mois, même état de santé : ni mieux ni plus mal; je deviens un peu patraque. Priez pour le pèlerin, qui en a plus besoin que jamais. C'est une consolation pour moi de pouvoir compter sur les prières de madame de B. »

M. Boyer l'engageant à ne pas tenir compte des incidens qui aggravoient son état de santé, il lui répondit le 9 mars :

« Yous êtes fondé à me rappeler qu'il est beau de mourir au poste où la Providence nous a placés. Mais il faut craindre de faire ici une pétition de principe, chose que vous savez être très-défendue en logique. Et d'ailleurs combien de fois la Providence n'a-t-elle pas brisé elle-même des liens qu'elle avoit formés, en s'expliquant par des circonstances nouvelles et clairement décisives? Au reste, si jamais, par quelque nécessité morale ou physique, j'étois forcé de rentier eu France, je me fixerois à Paris, si je devois y être vu sans ombrage au séminaire, si l'on croyoit pouvoir m'y recevoir, ou dans une maison de santé, si je conserve de quoi y payer pension pour moi et un domestique. »

« J'ai eu le temps de me réconcilier avec le climat de la Bohèuie, mandoit-il le 26 avril à madame 0. j'y ai déjà

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passé trois hivers, et j'ai pu me convaincre qu'ils ne sont pas aussi rigoureux que je l'aurois pensé. Le dernier a été le plus long; mais je vois qu'il n'a pas été plus rude que celui de France. Mais enfin c'est la terre étrangère. Il est vrai que, pour le chrétien, le monde entier est un lieu d'exil. Mon compagnon est toujours un ami fidèle : il est tout pour moi, et beaucoup pour la chose. C'est un homme qu'il est impossible de connoître sans le vénérer et le chérir. J'ignore quand nous pourrons aller vous voir à Saint-Germain. Je ne suis plus ingambe comme autrefois; je sens le poids des années, et, qui pis est, des infirmités; mais aussi, dans le mois prochain, j'aurai soixante et onze ans révolus : cela compte. La vie s'écoule comme l'eau de la Seine : mais ce qui reste, c'est l'esprit avec ses pensées et le cœur avec ses sentimens; et voilà ce que je conserverai pour vous et tous les vôtres. »

L'abîme ouvert sous les pas de l'abbé F. de La Mennais, qui couroit s'y précipiter, étoit fréquemment l'objet des entretiens de MM. Frayssinous et Boyer.

« Je ne sais jusqu'à quel point il faut croire à ce que vous me mandez de M. de La Mennais, dit, le 10 mai, le prélat à son ami. Si cela arrive, ce sera un des météores les plus effrayans qui aient paru sur l'horizon du monde chrétien. Voilà donc comme sont certains esprits. Si on les laisse faire, le silence leur paroît n'être que de la peur, et leur audace s'en accroît. Si on les combat, ils se croient outragés, ils s'irritent jusqu'à la fureur, et brisent toutes les digues. Les Pères de l'Eglise ont cru devoir combattre. »

Le prélat , dans sa correspondance, parloit rarement politique :

« Vous voyez, écrivit-il à M. Amable Frayssinous, son neveu, que je retranche toute politique : chose incertaine et oiseuse, dans laquelle les plus habiles sont peut-être

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ceux qui voient le moins clair. Depuis cinquante ans, la politique du ciel a mis en déroute celle de la terre. Laissonsla faire. Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science qui nous mette en repos. »

Cependant la question de savoir si les abdications faites à Rambouillet par Cbarles X et par M. le Dauphin étoient valables, préoccupoit les esprits dans le parti royaliste. M. Frayssinous, quoique fort sobre de considérations de cette nature, déposa ces réflexions dans une lettre du 27 avril 1836, adressée à M. le marquis de Clermont-Tonnerre :

« On professe toujours ici des idées tellement fixes, que tout le reste vient se briser contre. Quant à moi, j'ai pour principe qu'il n'y a de bonne politique que celle qui est applicable; qu'il est une sage dispensation de la vérité; que, fûton certain de la posséder, il faudroit craindre de la compromettre en la jetant àla tête de gens passionnés qui n'en veulent pas, qu'elle ne feroit qu'irriter au lieu de les attirer. L'opportunité entre pour beaucoup dans le succès et le triomphe de la vérité. Je ne dis pas qu'il faille caresser les mauvaises opinions; mais il faut savoir ménager les esprits : on ne sait pas de qui on peut avoir besoin, et il se pourroit que le salut arrivât du côté d'où l'on auroit dû l'attendre le moins. Au temps de la Ligue, un parlement ligueur siégeoit à Paris, tandis qu'un parlement royaliste siégeoit à Tours. Auroit-on pensé que ce seroit le premier des deux qui contribueroit puissamment à faire triompher la cause de Henri IV? C'est pourtant ce qui arriva. Mayenne travailloit de tout son pouvoir les Etats de Paris pour faire abolir la loi salique, et appeler au trône de France une princesse espagnole, lorsque le parlement de Paris déconcerta tous ses plans par vme déclaration solennelle des principes français sur la succession masculine à la couronne.

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>> Vous connoissez plus ou moins le Journal qui s'apjxelle la France, dont le but principal est de propager, défendre, et faire pénétrer dans toutes les classes la théorie de la nullité des abdications. Je laisse cette opinion pour ce qu'elle est, comme bien d'autres qui sont controversées, qui pourront l'être bien long-temps encore, et qui peut-être seront résolues par les circonstances bien plus que par des argumens, bien plus avec l'épée qu'avec la plume. . .

» Pour vous dire lui mot de ma santé,., si les eaux thermales de Tœplitz ne me font aucun bien, le mal ne pourra qu'empirer, et me réduire à n'ètie plus, de toute manière, qu'un vieux invalide. >>

Le 24 mai, il partit pour les bains de Tœplitz. Ces bains auxquels il recourut par le conseil des Esculapes du pays, comme il disoit, n'influèrent pas heureusement sur sa santé.

M. d'Herniopolisavoit prévenu ses amis que la famille royale neretourneroit pointa Prague, l'empereur Ferdinand devant s'y faire couronner roi de Bohème : Hospites et peregrini super terrain, ajoutoit le prélat. Charles X songeoit à gagner des contrées plus tempérées :

« Il s'agit de Goritz, écrivit M. Frayssinous, lieu très-sain, ville de dix mille âmes, bien habitée, et dans une très-agréable position, dans le royaume d'Illyrie, domination autrichienne. Ceux qui feront le voyage d'Italie seront fort à portée de nous visiter s'ils veulent. »

La famille royale quitta, en effet, Tœplitz, le 1 1 juillet 1836, mais pour se rendre d'abord, en s'arrêtant à Budweiss, au château de Rirchberg, dans la Basse- Autriche, où le climat est assez rude, mais sain 5 car, çcrivoit M. Frayssinous à M. Boyer, le 12 septembre :

« Le curé de la paroisse a quatre-vingt-six ans; son pré-

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décesseur est nioit à quatre-vingts, et, dans le voisinajje, il y en a un qui en a quatre-vingt-seize. »

Il a dit aussi de Kircliberg (l) :

« L'exposition du château et ses alentours ne sont pas sans agrément par un beau jour. »

Ces déplacemens affectoient le prélat, qui ajoutoit:

»< N'est-il pas singulier qu'un vieux comme moi, sourd, écloppé d'esprit et de corps, à moitié paralytique, traîne de ville en ville ses misères sur une route de plus de deux cents lieues? Cela n'est pas gai. »

Et il terminoit ses lettres par ces mots :

« Adieu, priez pour le pèlerin. »

Madame O. écrivant à ce vieillard vénérable, lui parloit de son âge :

u Savez-vous, lui avoit-il répondu de Prague, le 12 janvier, que j'ai onze ans de plus que vous? A côté de cela, qu'est-ce donc que quelque soixante ans? Là est l'hiver, ici est le printemps. »

Depuis, il lui manda de Kirchberg, le 1 5 septembre :

« Vous me parlez de vos soixante ans : c'est une bagatelle; c'est le printemps de la vieillesse. Moi, je touche au teinie : soixante-dix ans, c'est l'arrière- saison d'une longue vie. »

Mais la proximité de la tombe ne l'effrayoit pas : il comparoit la vie à l'hiver, et disoit :

«A mesure que nous croissons en âge, le terme avance; nous allons à la belle saison (2). »

Quel que fût le calme avec lequel il envisagcoil la mort , ce ne fut pas sans un vif déchirement de cœur

(i) Lettre écrite de Kirchberg à M. le marquis de ClermoiU-Tounerre, le SQJuillct 183;.

(2) Lettre écrite de (iuritz à madame 0, le 27 décembre 183;.

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qu'il apprit celle de son frère Amable Frayssinous, ancien sous-préfet de Saint-Flour sous la Restauration, chevalier de la Légion-d'Honneur, le même dont la malle avoit été pillée aux Tuileries dans l'appartement du prélat. Ce frère de M. d'Hermopolis, qui étoit le beau-père de M. Amable Frayssinous, ancien juge au tribunal de première instance de Paris, mourut à Saint- Corne le 4 octobre 1836. L'évcque écrivit aussitôt à son neveu, gendre de ce frère enlevé à sa tendresse :

<< Quand je le quittai à Saint-Côme, il y a trois ans, je pleurai long-temps à chaudes larmes. A soixante-dix ans, on n'a ni la force de l'ame ni celle du corps. Ce n'est plus l'âge des longues espérances. Pouvois-je bien croire que je le reverrois? Mon frère Amable étoit l'avant-dernier de la famille. En voilà plusieurs qui ont quitté ce monde; et moi, qui étois venxi le second, je vis encore. A mesure qu'on avance dans la vie, on voit tomber autour de soi parens, amis, connoissances. Le cercle se rétrécit, et bientôt votre tour arrive. Dans six mois, j'aurai soixante-douze ans. Je n'ai pas de temps à perdre. »

La lettre du 15 septembre, à madame O. annonçoit que le choléra faisoit à Prague des ravages « singulièrement placés au milieu des pompes et des fêtes du couronnement. » L'archevêque d'Olmutz en Moravie, que M. d'Hermopolis avoit connu à Tœplitz l'année précédente, et qu'il regardoit comme un prélat très-méritant et digne d'être regretté, en fut la victime.

hejîéau de Dieu devoit moissonner une tête plus auguste. Charles X arrivoit à peine à Gorilz. Le 4 novembre, jour même de sa fêle, le choléra, en cela messager de miséricorde, l'avertit que son tour étoit venu de inonier au ciel II reçut les onctions saintes, et as-

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sista, de son lit, au sacrifice de propitialion. Ce fut le cardinal de Latil qui administra le Roi ; prélat dont M. Frayssinous écrivoitavec satisfaction, le 9 juin suivant :

M 11 est encore tout Sulpicien, couinie tout ce qui a été élevé à Saint-Sulpice. »

« Après la messe, dit M. de Montbel (l), le vénérable évèque d'Hermopolis, relevant à peine de maladie, et profondément attristé par la nouvelle récente de la mort de son frère, vint exhorter le Roi mourant, avec une éloquence douce et touchante : il lui exposoit que les malheurs de sa triste existence dévoient se représenter à lui comme la plus chère consolation de ses derniers momens. Le Roi répondoit avec tranquillité et présence d'esprit. C'étoit un noble et touchant spectacle que ces deux vieillards chrétiens, l'un souffrant et affligé, l'autre expirant sans foiblesse et sans murmure, s'entretenant avec calme de l'éternité, sur le seuil d'une tombe entr'ouverte, et unissant leurs débiles voix pour louer Dieu des cruelles épreuves de la vie!... Le Roi se recueillit un instant: il pria pour la France,... il la bénit;... et, quand l'évèque lui demanda s'il pardonnoit de nouveau dans ce moment suprême à ceux qui lui avoient fait tant do mal : « Je leur ai pardonné depuis long-temps, répondit-il, je leur pardonne encore en cet instant de grand cœur — Que le Seigneur fasse miséricorde à eux et à moi!... » Oh! que n'ont-ils pu l'entendre ce proscrit octogénaire, victime d'un fléau terrible qui terminoit un demi-siècle de calamités

[i] Dernière époque de l'Histoire de Charles X. M. Frayssinous annonça ce livre à madame 0. : « M. de Monlbel publie sur les six derniers mois de Charles X un récit qui vous intéresseia. » 11 l'annonça aussi à M. Boyer : « Je ne vous dis rien du grand coup que la Providence a frappé sur la famille exilée. Un récit sera imprimé, bien fîtit, bien écrit, et qui vous intéressera. »

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nouies, ouvrir sa bouche mourante, non pour les maudire, mais pour les bénir!... Assisté de MM. Jocquart et Trébuquet, l'cvêque fit les prières des agonisans. Le I\oi n'articuloit plus un seul mot; mais, par les inflexions de sa voix, il répondoit aux exhortations que lui adressoient les ecclésiastiques. »

Charles X expira à Goritz, le dimanche 6 novembre 1836; et l'évêque d'Hermopolis, qui, pour la seconde fois, venoit d'assister à la mort d'un roi son bienfaiteur, reporta sur le petit-fils la part d'affection qu'il avoit lidèlement consacrée à l'aïeul.

Yoici comment il parla de cette catastrophe à ses amis.

Le 5 décembre, il dit brièvement à M. Boyer :

" Nous espérons que Dieu aura frappé dans une justice toute miséricordieuse. »

Le 6, il écrivit avec plus de détails à madame O. :

«1 Je vous prie, Madame, d'expliquer mon silence par les circonstances contrariantes de ma vie errante depuis le mois de mai. J'attendois pour vous, comme pour d'autres, que nous fussions arrivés au terme d'un voyage, qui, fort souvent interrompu, n'a fini cjue trop tôt, puisqu'il a abouti à un déplorable événement. On a trouvé à Goritz précisément ce que l'on avoit intention de fuir, je veux dire la funeste maladie qui a coûté la vie au chef, aussi vénéré que chéri, de l'auguste famille exilée; car il faut vous le dire, à vous: Charles X est mort du choléra. O profondeur des jugemens de Dieu! On adore, et l'on se tait. »

M. d'Hermopolis écrivit aussi de Goritz à l'un de ses amis de France, M. Marcellin de Fresne, ancien secrétaire-général de la préfecture de la Seine, à l'occasion

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de la mort récente du comte de Chabrol de Crouzol , son ancien collègue :

« Je vous remercie beaucoup, Monsieur et cher compatriote, lui dit-il dans une lettre du mois de novembre 1836, d'avoir bien voulu me transmettre en original les deux lettres de M. de Chabrol- Volvic, votre ami, relatives à la maladie et aux derniers momens de son frère, ancien ministre, homme excellent, qui m'étoit fort connu. Sa fin toute chrétienne ne m'a point étonné; et j'ai été bien heureux d'apprendre que, de lui-même, et sans avoir besoin d'y être excité, il avoit demandé les secours et les consolations de la religion. Sa perte a été vivement sentie; tous ont donné des regrets bien sincères à sa mémoire, et j'ai entendu les témoignages les plus honorables que pût désirer sa famille. J'ai connu peu d'hommes aussi capables de remplir avec autant de lumières et de sagesse les plus hautes fonctions. J'ai été à même, autant que tout autre, de l'apprécier. On n'a point oublié ses services, son dévoûinent, la vaste étendue de ses connoissances administratives, et l'emploi qu'il en savoit faire pour le bien public. Ainsi donc les anciens disparoissent, emportant avec eux cette expérience plus habile que la science, et qui est la grande maîtresse des affaires humaines. Des hommes comme M. le comte de Chabrol ne sont pas faciles à remplacer. »

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