CHAPITRE XIII
La santé de M. Frayssinous décline. — Il ajourne l'impression de ses discours inédits. — Départ de Goritz pour Kirchberg. — M. d'Hermopolis se réjouit d'y voir bientôt M. le comte d'Estourniel. — Jugement sur un livre de M. Alexis de Tocqueville. — Lettre à madame la vicomtesse de S. sur La Ronce. —Lettres à M. le marquis de Clermont-Tonnerre sur la mort de M. de Carvoisin ; à M. Amable Frayssinous, sur le Rouergue. — Etablissement de Frères des Ecoles chrétiennes à Saint-Geniez. — Secours donnés à l'éfflise de Curières.
M. BoYEu aimoit à provoquer les réflexions de M. Frayssinous sur ses écrits. L'évéque d'Hermopolis lui dit à ce sujet, le 10 décembre 1836:
« Je dois vous déclarer que je suis devenu un très-pauvre juge des productions de l'esprit. Absorbé par des cbagrins domestiques et autres, par les peines du présent et les inquiétudes de l'avenir, en proie à mille angoisses, suites de ma position, affoibli d'esprit et de corps, incapable d'une attention long-temps soutenue, il ne me faudroit, pour toute occupation intellectuelle, que des conversations peu bruyantes, faciles à suivre, et auxquelles je mèlerois quelques réflexions qui attesteroient que je les goûte et que je comprends. »
Son ami lui avoit parlé de la publication de plusieurs discours. Il répondit sur ce point, le 26 mars 1837 :
« Vous m'invitez à faire imprimer un volume qui se
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composeroit de quelques discours déjà imprimés, non compris dans les Conférences, ou de ce que je pourrois avoir encore d'inédit. Cela demande un peu de réflexion. Trois panégyriques, saint Louis, saint Yincent de Paul, Jeanne d'Arc sont restés dans mes cartons; je ne sais pas bien s'ils méritent d'en sortir. Le grand jour est quelquefois funeste à ces sortes de productions. Trois Oraisons funèbres ont été livrées au public, celle du prince de Condé, celle de M. le cardinal de Talleyrand, et celle de Louis XVIIL... Je n'ai pas le goût de revoir tout cela, et mon compagnon (1) n'en a pas véritablement le temps. Ajourné. Nous en reparlerons. »
M. Boyer offrit alors de se charger de la révision, et le prélat lui dit, dans la lettre du 9 mai 1837 :
« Je ne me suis pas occupé une minute de la réimpression de quelques-uns de mes discours. C'est chose à voir. Les offres que vous me faites sont encourageantes. C'est au cas, comme disoit Louis XIV, quand il n'étoit pas bien décidé encore sur ce qu'on lui proposoit. »
La santé de M. Frayssinous n'avoit point à souffrir du séjour de Goritz :
» La température de notre climat est assez douce, écrivoit-il, au mois de mars, à madame O. l'air passe pour très-bon; mais on y éprouve quelquefois un vent du nord violent et incommode, appelé la Boni, et des variations un peu trop subites dans l'atmosphère. »
Le 15 avril > il se recommanda à madame 0. pour le 9 mai, jour, lui dit-il, « où j'aurai sur le corps soixantedouze ans révolus. Priez bien pour le pauvre vieux. » Dans la lettre déjà citée, qu'il adressa à M. Boyer à
(i) 31. rabbcTRlniqiict.
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celte dernière date, il montra combien peu ses forces physiques répondoient à sa force morale :
« C'est aujourd'hui 9 mai, mon très-cher, que j'accomplis mes soixante-douze ans. Yous n'en êtes pas là, et quand on est arrivé à l'âge où je suis, vingt mois de plus ou de moins sont quelque chose. Mon état de santé est ce qu'il étoit : même gêne, même difficulté de marcher et de parler. Je me traîne, et j'aspire de plus en plus au repos, mon infirmité me faisant sentir de jour en jour davantage combien elle m'a mis au-dessous de ce que demanderoit ma position. »
La délicatesse de sa conscience et son humilité pouvoient lui faire craindre ainsi de ne pas sutïire à sa haute mission : mais, dans un corps débile, son intelligence étoit toujours forte ^ et, suppléé par M. Trébuquet pour les détails, M. d'Hermopolis, avec les trésors de son expérience et de sa sagesse, avec l'ascendant de sa vertu, de son caractère sacré, de sa réputation, avec ce mélange de gravité et de mansuétude qui dominoit et altiroit tout à la fois le jeune prince, continuoit à diriger de la manière la plus heureuse l'éducation de M. le duc de Bordeau.x.
Au mois de mai , la famille royale partit pour Kirchberg, où elle devoit tous les ans passer l'été. De ce château, M. Frayssinous exprima à M. Boyer les mêmes pensées :
« Si vous me jugiez d'après ce que vous êtes vous-même, malgré votre âge , vous vous tromperiez étrangement. Vous n'avez rien perdu... Pour moi, c'est tout le contraire: non que je n'aie conservé ma tête ; mais les instrumens matériels de la pensée et de l'intelligence ont été trop affectés, pour qu'ils puissent servir aussi bien qu'autrefois les
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facultés intellectuelles. Je crois à l'influence incompréhensible, mais très-réelle, du physique sur le moral, et je crois aussi à l'infaillibilité du sens intime. Je sens ce que je sens. Je suis plus pesant, plus engourdi d'esprit comme de corps, plus lent à saisir les choses, à les comparer, à les exposer, à les développer. Je n'ai jamais été parleur, soit par nature, soit par timidité, soit par amour-propre. Maintenant c'est bien autre chose. Je ne parle jamais, et il m'ariive d'être tous les jours à table ou dans le salon sans y proférer une seule parole. La Providence, après s*ètre expliquée par une attaque, s'explique par les suites qu'elle a entraînées; et, si quelques considérations de conscience ne m'avoient retenu, j'aurois fait ce que je ferai le plus tôt que je pourrai. »
Il avoit dû renoncer au plaisir de revoir M. Boyer sur la terre d'exil : M. le comte d'Estourmel, plus libre de ses actions, lui ayant annoncé une visite au château de Kirchberg, il en marqua sa joie dans cette lettre du 20 juillet :
" Je suis heureux d'avance de votre prochaine arrivée à Kirchberg. Nous nous consolerons ensemble des fameuses journées qui ont trompé, dans leurs résultats, ceux qui les ont faites, et consterné ceux qui les ont subies. Je trouve que vous vous êtes oublié trop vous-même, en ne me disant pas un seul mot de la catastrophe dont vous avez été sur le point d'être la victime. Vous me conterez tout cela. Rien ne me paroît couleur de rose pour personne. "Vous me verrez marcher clopin-clopant, appuyé sur le bâton pastoral, dont le bois est dû à un souvenir amical de votre part, dans les déserts de la Thébaïde. »
Le devoir le retenoit encore loin de cette France où le rappeloient tant de souvenirs et de sentimens : mais il y suivoit le mouvement des esprils, et son attention fut
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éveillée par la publication du livre de M. Alexis de Tocqueviile sur les Etats-Unis. Il voulut 'en recevoir un exemplaire de madame O. et il en accusa réception par cette phrase aussi juste que gracieuse pour l'auteur :
« Il nous manquoit un livre sur l'Amérique du nord, fait par un bon et fidèle obseivateur. Nous voilà munis de ce qu'il nous falloit. »
C'étoitune manière d'être en France, que de lire les bons ouvrages produits par la presse française.
Présent ainsi par l'esprit sur la terre natale, M. Frayssinous y étoit surtout présent par le cœur. Il se sentoit attiré vers les lieux qu'il avoit visités autrefois, et trouvoit le plus doux charme dans le commerce des personnes qui l'y avoient accueilli. Le 1" août, il écrivit à madame la vicomtesse de S. qui se trouvoit à La Ronce :
« Je suis heureux, Madame, de voir, par votre bonne et aimable lettre du 15 juillet, que nos pensées, nos sentimens, nos vœux, sympathisent comme nos âges.
» Je vous ai vue en esprit sur ce chemin montant, un peu mal aisé quelquefois, avec votre excellente sœur et sa digne fille, devisant ensemble de choses anciennes et nouvelles, tantôt douces, tantôt amères, et arrivant ainsi à ce modeste manoir où j'ai passé tant de jours si paisibles. C'est un passé qui ne reviendra plus. Que de fois je l'ai fait, ce chemin, de mon pied mignon! J'étois ingambe alors. Aujourd'hui, voilà que, depuis dix-huit mois, je marche, ou plutôt je me traîne en clopinant. Ce qui étoit un jeu est devenu une fatigue. Lorsqu'on en est là où j'en suis, on n'a pas d'autre ressource qvie de se dire : Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science qui nous mette en repos.
» C'est aujourd'hui la fête de saint Pierre-aux-lienS;, di san Pietio m lîmco/^', comme disent les Romains. Grand jour dans la ville sainte, où les fidèles courent en foule à la superbe
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église qui en porte le nom baiser les reliques du saint Apôtre, les chaînes qu'il a portées, qui ont été le prélude de son martyre, et au sujet desquelles il lui fut dit : << Dans votre » vieillesse, une main étrangère vous liera, et vous conduira » là oîi vous ne voudriez pas aller. » M. le cardinal de L. auroit pu s'unir à cette foule empressée. Le Pape ne pourra pas manquer d'ajouter à l'éclat et à la piété de la journée.
» M. le cardinal est parti de Goritz pour sa future résidence. Rome est une ville quia bien ses charmes; mais, à un certain âge, on a des habitudes de tout genre qu'on ne quitte pas aisément, et qui deviennent une espèce de nécessité. Je ne serois point étonné qu'il revînt à Goritz passer l'hiver.
» Puisque j'ai commencé par La Ronce, je neveux pas le quitter si tôt. J'ai trop aimé ce séjour, pour ne pas l'aimer encore. La piété vraie et bien entendue qui n'y étoit pas étrangère en étoit un ornement de plus; là où elle manque, elle se fait désirer : i'ame en a besoin; il lui faut aussi son pain quotidien. Les cantiques de la petite chapelle, avec accompagnement, avoient bien leur prix. Que de personnages, grâce aux habitans, ont visité La Ronce de mon temps! Cardinaux, archevêques, qu'il ne faut pas oublier, ministres, ambassadeurs, cordons bleus, princes et princesses, même,... rien n'y a manqué de ce qu'il y avoit de plus marquant, et tout le monde s'y trouvoit fort bien.
» Vous nie rappelez A... et les vertus d'une femme grave et sévère, mais qui sentent le grand seigneur. C'est un voisinage bien à visiter partout. Je n'ai point oublié les bontés
que j'y ai reçues. Madame la duchesse D étoit alors fort
jeune; elle montroit déjà ce qu'elle pourroit être, et je me souviens aussi de sa sœur cadette qui me paroissoit avoir l'esprit fort délié. Tous ces souvenirs semblent me rendre à la jeunesse : mais tout cela n'est qu'illusions qui s'évanouissent bien vite devant les réalités.
» \ os histoires seroient écoutées encore ici avec la même avidité, et je ne serois pas le dernier à y prendre plaisir.
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» J'avois appris par les journaux le vol sacrilège commis dans votre église. Madame de Bl. en me donnant de vos nouvelles, m'en avoit dit un mot. Votre bon curé en a dû être bien centriste.
» Nous sommes ici jusqu'au 20 septembre, je pense, époque à laquelle nous regagnerons Goritz.
» Je conçois qu'après les trains de Paris long-temps supportés, vous goûtiez fort la solitude, surtout ayant auprès de vous des personnes qui vous chérissent. Dieu veuille vous conserver pour votre mutuelle consolation! Soyez calmes et sans soucis, si vous le pouvez. Voyez madame de C. elle vous enterrera tous.
» Hommages, vœux, souvenirs, bien mêlés de reconnoissance et de confiance dans vos prières. Toutes nos santés vont bien, et personne ne vous oublie. »
Nous citerons cette lettre du 23 novembre, à madame la vicomtesse de S.
» En voyant le cachet noir de la lettre que vous avez bien voulu m'écrire, il me vint en pensée que j'allois peut-être avoir la confirmation de la triste mort de M. le marquis de. . . Je m'étois trompé : mais voilà que les bruits qui .s'en étoient répandus se sont fortifiés de plus en plus, et je n'ai pu qu'être affecté sincèrement d'une perte aussi douloureuse pour votre famille.
» Un des inconvéniens de l'âge avancé, c'est de ne voir se prolonger la vie que pour voir mourir ce qu'on aime le plus. On y tient pourtant à cette vie, et quelquefois on s'y accroche d'autant plus que le terme est plus voisin de nous. Tout nous crie d'être toujours prêts, et cette voix salutaire n'est qu'un son importun qui se dissipe dans les airs. Que de chrétiens, sans être précisément irréligieux, sont tout étonnés de s'entendre intimer l'ordre du départ : Partez, aine chrétienne! Personne ne dcvroit plus que moi se nourrir de ces pensées, moi toujours travaillé des suites d'une attaque
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qui peut se renouveler chaque jour, soit pour m'emporter, soit pour me laisser dans la plus complète impuissance de marcher et d'agir. Nous avons tous, plus ou moins, besoin d'être prêches : mais croyez bien que, si je fais ici le prédicateur, c'est plutôt pour moi que pour vous.
» Je vous remercie de tous les détails que vous me donnez, et qui me transportent au sein de cette France que je n'oublie pas. Je me trouve bien vieux; et, si j'ai quelque envie delà revoir, il seroit temps d'y penser.
» Je vois qu'au milieu de vos tribulations et de vos mécomptes le ciel ne vous laisse pas sans quelque consolation. C'est une chose bien douce pour votre cœur chrétien que la prospérité de votre fondation d'école de Sœurs dans votre paroisse, et surtout le bien qu'elle fait aux environs. Ce que vous médites de votre curé et de son église ne m'étonne pas. C'est un très-digne prêtre, dont le souvenir se conservera long-temps. Yous aussi, vous ne mourrez pas tout entièi'e pour les habitans de... et des lieux voisins. J'aurois eu une grande satisfaction de voir votre bijou de chapelle dans les embellissemens qu'elle a reçus, et d'y entendre les cantiques du bon vieux temps. Je me réjouis de ce que vous me marquez de votre excellent évêque (1), que j'aime toujoursbeaucoup, quoique je ne lui écrive pas.
» 31. le cardinal s'est conduit très-dignement à Rome, au milieu des ravages du choléra. 11 a été reçu ici comme la bonne fortune. Il est fort aimé. Sa santé va aussi bien que le permet son grand âge.
» Veuillez me rappeler au souvenir des personnes assez heureuses pour être près de vous, parmi lesquelles se trouve
madame Je vous en félicite toutes deux. Les santés vont
bieiï ici. On y est toujours charmé de vos nouvelles. Hommages et sentimens. »
M. d'Hermopolis s'associoit à toutes les douleurs de
(1) M. ClausL'l de MoiiUils, évèquo de Ch.irtres.
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ses amis. Madame la marquise de Clermont-Tonnerre ayant perdu, le 3 janvier 1837, M. le comte de Carvoisin, son oncle, le prélat partagea vivement ses regrets. Il connoissoit les vertus du noble chrétien, qui, officier avant la révolution, s'étoit uni, le 10 août, aux dangers de ceux dont le dévoûment ne put préserver le Roi, et qui, depuis le rétablissement du calme, n'avoit plus voulu vivre que pour les bonnes œuvres, ayant pour fidèles compagnes dans sa solitude la prière et la charité. M. Émery avoit trouvé dans M. de Carvoisin le plus généreux concours, lorsqu'il s'étoit agi de réparer, par des acquisitions, les pertes du Séminaire, et le pieux ami du clergé avoit fait, avec autant de discrétion que de désintéressement, des avances pécuniaires au second fondateur de Saint-Sulpice. M. de Carvoisin remplissoit dans toute sa sublimité le précepte de rÉvangile : « Que votre main gauche ignore le bien que votre main droite a fait. •» Instruit que la mort du juste venoit de couronner une si belle vie, M. Frayssinous écrivit, le 3 mars, à M. le marquis de Clermont-Tonnerre :
« C'étoit un homme de la vieille roche, dont je dois garder d'autant plus le souvenir, que je n'avois reçu de lui que des bontés. »
Du fond de la Basse-Autriche, M. d'Hermopolis ne perdoit pas de vue les montagnes du Rouergue. Son amour pour la France, et en particulier pour la province de ses pères, est exprimé en termes énergiques dans sa correspondance avec M. Amable Frayssinous, son neveu.
« Que de souvenirs vous avez réveillés dans mon cœur ! lui dit le prélat. Il bat toujours avec chaleur pour nion pays^
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d'autant plus que les goûts et les habitudes du premier âge nie reviennent à mesure que je vieillis... Guéri de toute illusion, las de palais, de salons dorés, d'honneurs, de dignités, que me faudroit-il? Du repos dans un pays où je serois sûr de trouver généralement des sentimens de bienveillance. »
11 y a des montagnes autour de Gorilz ^ leur aspect devoit lui plaire 5 mais il écrivoit le 20 mars 1837, à son neveu :
«< Pour moi qui suis vieux, et qui n'aime pas à faire de nouvelles connoissances, j'aime mieux les montagnes d'Albrac.
ce A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère ! . . . »
» La maladie du pays me gagne un peu. L'heure de la retraite a sonné pour moi. Déjà la Providence s'est expliquée, du moins en partie, par un premier coup de cloche, qui n'est pas mince, en m'envoyant vme rude attaque et des infirmités. Ces circonstances, surajoutées au poids des ans et des fatigues passées, font que je soupire après ce Rouergue poiu* lequel je me sens les entrailles de ma première enfance. »
On ne l'y voyoit pas encore, mais on l'y reconnoissoit à ses bienfaits.
La petite ville de Saint- Gêniez , où devoit s'ouvrir le tombeau du prélat, réclamoit avec instance, par l'organe de M. Rogéri, son maire, un établissement de Frères des Écoles chrétiennes. M. Frayssinous, qui, loin de la France, conservoit une si tendre prédilection pour le Rouergue, concourut dès 183G, avec MM. Boyer et Clauscl de Coussergues , à doter Saint-Geniez d'un établissement si utile à la religion et aux mœurs.
Le village de Curières avoit un droit plus spécial encore au vif intérêt de M. Frayssinous. Le prélat écrivit, le 15 juillet 1837, de Kircliberg, à M. Boyer:
<i L'église de ma paroisse de Curières a été fort endom-
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niagée dans son intérieur par suite d'une espèce de petit incendie. Heureusement, le curé a trouvé dans le zèle de ses paroissiens des ressources pour faire les réparations convenables. Déjà, il a fait beaucoup; mais bien des choses restent à faire encore. Il faut, vous et moi, contribuer aux dépenses : je vous le demande au nom des souvenirs que vous avez laissés dans cette paroisse, et de ceux que vous en avez jjardés. Honorons à ses yeux notre ancien ministère. Dans les années passées, je lui avois fait des dons de diverses sortes : je donneiai, celle-ci, le denier de la veuve, je veux dire cinq cents francs. Voyez jusqu'où vous voulez porter votre munificence. »
Rappelant cette demande dans une lettre postérieure, il dit à son ami :
« Je soUicitois votre munificence pour l'église de Curières, qui, après avoir été mise un peu par mes libéralités dans un fort bon état, a malheureusement souffert beaucoup dans son intérieur, ses autels , tableaux , ornemens sacerdotaux, etc. par les ravages du feu. Je vous marquois que je donnerois le denier de la veuve, je veux dire cinq cents francs. Voyez ce que vous pourriez faire pour une église cjui a conservé de vous bien des souvenirs. C'est une belle œuvre, tout ecclésiastique. »