‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 61 sur 75 · MARIE-CAROLINE · texte numérisé non relu

MARIE-CAROLINE

Les amis de M. d'Hermopolis saluèrent son retour avec joie. M. de Bonald, dont M. Frayssinous disoit (1) :

« J'ai quelquefois des nouvelles indirectes de M. de Bonald. Il porte bien ses quatre-vingts ans. Il mourra la plume à la main : c'est son arme, et elle est bien trempée. »

M. de Bonald lui écrivit du Monna, le 19 octobre :

« Monseigneur, je charge un de mes petits-fils, Henri de Serres, de vous présenter mes sincères félicitations sur votre heureux retour.

» Retenu loin de votre pays par de grands devoirs, vous n'avez pas cessé d'être l'objet de ses vœux pour votre bon- Iieur, de ses regrets de votre éloignement, de ses désirs de vous revoir au milieu de vos parens et de vos amis.

» Comme Bossuet et Fénelon, vous avez acquitté la dette de la France envers l'aîné de ses enfans; mais, moins heureux que ces grands hommes, vous ignorez si vous recueillerez jamais le fruit de vos soins et le prix de vos travaux. Mais, quel que soit le sort que la Providence destine, à vous, Monseigneur, à votre auguste élève et à la France, votre pays s'honorera toujours de vous avoir vu naître, et moi, en particulier, d'avoir pu mériter votre estime et votre amitié.

(j'i Lettre à M. AmettC; du... i835.

788 VIE DE M. FKAYSSINOUS. [l838]

» Ajjréez, Monseigneur, le sincère hommage de mon respectueux dévouement.

» Le vicomte DE BONALD. »

La joie des fonctionnaires qui avoient naguère secondé de leurs efforts l'action salutaire exercée par M. Frayssinous, ministre de l'Instruction publique, et qui conservoient un souvenir reconnoissanl de ses bontés, ne fut pas moindre que celle de ses amis L'un d'eux, M. l'abbé Gratacap, aujourd'hui directeur de l'École de Sorèze, ayant félicité M. d'Hermopolis à l'occasion de son retour, le prélat, touché de cette attention , lui écrivit le 13 décembre :

« Mon cher Monsieur, en répondant à la lettre que vous avez bien voulu m'écrire de Montauban, je dois commencer par vous remercier du bon souvenir que vous avez gardé de moi. Je m'en sens honoré comme de celui d'un houuue de bien, digne de mon attachement et de mon estime. Je n'ai pu oublier c[ue, lorscjue j'étois quelque chose dans le monde universitaire, vous y avez rempli d'une manière fort distinguée un poste aussi important c{ue difficile; et je vois, avec intéièt pour vous et pour le bien de la jeunesse, que vous continuez à marcher dans la même carrière. J'ignoie si quelque circonstance particulière m'amènera plus tard dans vos contrées : mais il me seroit fort agréable que voire ville se trouvât sur la route.

« Agréez tous mes sentimens. »

M, le marquis de Clermont- Tonnerre se promettoit de recevoir M. d'Hermopolis dans sa terre de GlisoUes, en Normandie. Le prélat lui écrivit le 28 octobre ;

<( Monsieur le marquis, il étoit impossible de se servir de paroles plus aimables et plus engageantes que celles par lesquelles vous avez bien voulu m'inviter à aller passer quelques

[l838j LIVRE m. CHAFITRE XVill. ySi)

jours à Glisolles, pour me délasser démon long, inais])ourtant heureux voyage; et j'ai été obligé de lutter contre moimême pour résister à tant de douces prévenances. Mais il étoit ici une considération qui devoit tout dominer. Après les éminens services cjue ui'avoit rendus M. l'abbé Trébuquet dans l'exercice de ma charge, il y a mis le comble, eii voulant ui 'accompagner jusqu'à Paris; et voilà que maintenant, par un sublime dévouement, il doit retourner là où il étoit. Il m'éloit impossible de me séparer de lui avant son départ. La séparation sera cruelle pour moi : mais qu'est-ce que je suis devant ce qu'il va rejoindre ? On a été satisfait du résultat de l'éducation classique. Les bases sont posées. »

M. de F. apercevant pour la première fois le prélat depuis son retour, et lui témoignant combien il étoit heureux de le revoir : « Ah ! je savois bien, s'écria-t-il, que Dieu me donneroit d'accomplir jusqu'au bout ma mission. Le duc de Bordeaux sera égal à toutes les circonstances, quelles qu'elles puissent être : il est patient et fort. Dieu maintenant peut disposer de moi. »

Page 1