‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 63 sur 75 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Admiration de M. Frayssinous pour M. de Ravignan. — Le prélat assiste à une conférence de Notre-Dame. — Allusion éloquente de l'orateur à la présence de M. d'Hermopolis.

Hors de France, M. d'Hermopolis avoit accueilli avec plaisir ce que la renommée lui apprenoit de M. de Ravignan.

Dans sa lettre du 24 février 1836, à madame la vicomtesse de S. il disoit :

« Outre vos prédicateurs fameux, vous en avez un nouveau qui n'est pas loin de vous. Je l'ai connu beaucoup lorsqu'il officioit au parquet de la cour royale de Paris. Tousses collègues l'adiniioient povu" l'éclat de son beau talent. S'il tient tout ce qu'il proniettoit, et il le tiendra, la parole sainte de cet homme de Dieu sortira de son anie avec tout ce qu'elle a d'énergique, de profondément senti et de plus touchant. Sa bouche parlera de l'abondance de son cœur. Allez l'exitendre, et donnez-m'en des nouvelles. »

Le 3 janvier 1837, il écrivit de Goritz à M. Boyer :

« Je ne puis que me réjouir des succès de M. de Ravignan. Il doit avoir de la tenue, de la noblesse dans ses manières, et il y joint un bel organe : l'éloquence du corps ne lui manque pas, ce qui est un point capital. Ajoutez à cela qu'il a un bon fonds d'instruction, et que c'est un saint. Que voulezvous davantage? Ses contemporains de la magistrature de Paris doivent affluer à ses conférences. Sa réputation sera bientôt faite, et je présume qu'il ne manque pas de bons conseils. »

>. Les succès de M. de Ravignan ne m'étonnent pas, ajou-

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toit-il le 26 mars: avec un vrai talent, une piété profonde, une belle action oratoire, comment ne pas réussir? Une dame de haute qualité en a écrit ici des merveilles. »

Le 17 février 1839, M. Frayssinous, par une illusion que sa paternelle affection pour M. l'abbé de Ravignan rendoit plus facile, put se croire, dans Notre-Dame, rendu à l'immense auditoire de Saint-Sulpice. C'étoit encore la parole puissante d'autrefois ; il n'y avoit que l'orateur de changé : le fils avoit remplacé le père, et le disciple, dont la tête s'étoit inclinée sous la main du pontife, dans la sainte chapelle d'Issy, faisoit alors entendre sa voix, écho de celle du maître.

Quand les yeux de M. l'abbé de Ravignan rencontrèrent, au banc d'œuvre, cette figure vénérable et majestueuse de l'évêque d'Hermopolis , assis à coté de M. de Quelen, son ancien disciple aussi, l'orateur inspiré s'écria :

« Un souvenir est venu fortifier mon courage. Je me suis reporté à ces jours, déjà éloignés de nous, où, dans une autre chaire de cette vaste cité, avoit été créé, et se conti-^ nuoit avec gloire, le cours des conférences. Pressés autour de cette chaire vénérée et chérie, jeunes aussi pour la plupart, nous recueillions avidement les leçons de l'dlustre orateur. Sa parole, grave et prudente autant que forte, sa voix plus qu'éloquente, pénétroient profondément nos cœurs; et je me rappelle encore avec bonheur ces impressions salutaires de ma jeunesse émue. J'ignorois bien alors ce que la Proi^idence dànne détroit régler un jour ^ mais mon ame agitée avoit besoin d'un soutien et d'un guide : elle trouva un père. Depuis, ni l'admiration pour les dons de la science et du génie, pour la haute indépendance et la modération constante de la vertu, ni le respect pour d'émincntes dignités, ne purent empêcher de vivre, fidèles, les senlimens de la

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reconnoissance et de l'aiaoui . Et je m'estime heuieux, consolé, d'avoir à reprendre mon ministère, en présence de ces vénérables et religieux souvenirs; heureux d'avoir aussi, Messieurs, celte occasion de vous dire qu'apiès les combats, après les convictions laborieuses des jeunes années, Dieu réserve quelquefois pour l'âge mûr des joies, des émotions bien douces et bien senties, au jour où le disciple a retrouvé son maître et l'enfant son père. »

En ce moment, l'auditoire, d'un seul mouvement, dirigea ou plutôt précipita ses regards vers celui qu'une auréole de piété, de vertu et de gloire désignoit à son respect comme à son admiration. C'eût été un triomphe pour M. d'Hermopolis, s'il y avoit pour l'homme un triomphe possible dans la maison de Dieu.

L'esprit de M. Frayssinous n'étoit accessible qu'à une pensée d'humilité. Comme on lui disoit : h C'est le disciple qui parle devant son maître, d il répondit : « A cette différence près, que le disciple vaut mieux que le maître. »

[iSSg] LIVRE III. CHAPITRE XX. 8oi

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