CHAPITRE XXI
Défense (te l'Eglise de France contre l'ablié Pages, par M. Boyer. — M. d'Hermopolis assiste a. la translation des reliques de saint Ai-témon, à Rodez. — Sa modestie. — Renouvellement des promesses cléricales. — 31. d'Hermopolis se fixe dans le Rouergue.
Au mois de juin 1839, l'infatigable M. Boyer éloil redescendu dans Tarène de la controverse.
L'abbé Pages, professeur de théologie à Lyon, ayant poussé le zèle contre le prêt à intérêt jusqu'à se permettre, dans une édition nouvelle de sa Dissertation sur ce sujet, des sorties très-vives contre le clergé, l'épiscopat et les congrégations romaines, M. Boyer en fit justice dans sa Défense de V Église de France contre les attaques de V auteur de la Dissertation sur le prêt à intérêt, oii l'on explique les dernières décisio7is de la Pénitencerie relatives à V usure (i) .\^& chapitre cinquième est le le plus important : l'auteur y examine quel est le véritable sens des décisions des congrégations romaines, en réponse aux consultations sur le prêt, et quelle autorité ont ces décisions. Sans formuler lui-même une opinion précise sur le prêt à intérêt, il ne parut pas éloigne de croire que l'autorité du prince peut former un titre légal. A sa brochure il joignit une curieuse Notice sur l'ancienne Sorbonne , dans laquelle il rappeloit les usages de cette école célèbre.
La question fut développée, au mois de septembre, dans une Lettre de V auteur de la Défense de l' Eglise
(i) 100 pag, in-8".
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contre M. Pages, à un théologien de province qui lui avoit demandé des éclaircissemens sur le chapitre V de cette Défense. M. Boyer concluoit en disant que le temps est venu où un confesseur prudent et sage doit présumer la bonne foi au tribunal de la pénitence, ne pas interroger sur le prêt au taux de cinq pour cent, supposer dans son pénitent quelqu'un de ces titres intrinsèques, qui sont aujourd'hui si communs qu'ils introduisent dans la pratique une sorte de présomption de droit.
Dans l'intervalle de ces deux publications que l'auteur adressa à M. d'Hermopolis , l'évêque de Rodez avoit invité le prélat à la translation du corps de saint Artémon, magnifique cérémonie qui devoit, le 7 août, servir de clôture à la retraite pastorale. Cette invitation fut acceptée avec plaisir, car l'estime et l'affection de M. Frayssinous pour M. Giraud n'avoient fait que s'accroître. Le 18 juillet 1834, M. d'Hermopolis écrivoit de Prague à M. Boyer :
« J'ai gardé et garderai long-temps un bien tendre et profond souvenir de notre évèque. Il me rendoit le séjour de Rodez si agréable! Je me suis réjoui, non pas pour moi qui ne dois plus le revoir, mais pour notre diocèse, qu'd n'ait pas été enlevé à nos montagnes. »
Le 8 septembre suivant, il écrivoit encore :
« J'ai reçu de notre prélat une lettre aussi aimable que bien tournée. Par ses plans et sa .sagesse, \\ laissera après lui un clergé tout nouveau , avec les moyens de se perpétuer. Voilà un évêque. »
11 tardoit à M. d'Hermopolis de se trouver en face de tout ce vénérable et savant clergé du Rouergue, et de
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lui dire, en montrant son évèque : « Ce grand et pieux prélat, c'est à moi que vous le devez. » Non pas qu'il y eût dans le cœur de M. Frayssinous le moindre sentiment d'amour-propre, comme le prouvera ce mot bien remarquable.
Pendant le repas, M. Giraud parloil à M. d'Hermopolis du travail que ses conférences avoient dû lui coûter, et il admiroit surtout celle qui traite des prophéties. Alors M, Frayssinous, avec une modestie admirable, et devant plus de douze personnes, répondit : « Ce n'est pas moi qui l'ai faite, c'est l'abbé Trébuquet. » Chacun fut étonné de cette réponse, et on n'osa pas l'approfondir. Mais, dans la suite, le prélat dit à M. de La Forest, qui lui demandoit pourquoi il avoit répondu de la sorte : « Celte matière me sembloit si ditïicile à traiter, que j'y avois comme renoncé. Heureusement, l'abbé Trébuquet vint à mon aide, me suggéra une idée, et je pus continuer le travail que j'avois laissé interrompu. » M. Trébuquet est, sans contredit, un homme d'un très-beau talent, d'un esprit très-jusle et très-orné; mais sa modestie sera sans doute étonnée de la part que le pieux évèque lui donnoit dans son travail et dans ses succès; et il est vrai de dire que son style est d'un genre si différent de celui de l'auteur des conférences, qu'il n'y a que l'humilité extraordinaire de M. Frayssinous qui ail pu suggérer la réponse que nous avons citée.
On n'oubliera pas, à Rodez, l'impression que fit sur tout le clergé du diocèse la piété de ce vieillard vénérable, quand, à l'issue de la cérémonie de la translation et au renouvellement des promesses cléricales, qui termina la retraite, on vit l'évêque d'Hermopolis, chargé de gloire, de mérites et d'années, se lever péniblement
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de son siège, aller se prosterner à coté de l'évêque de Rodez, son fils dans Tépiscopat, et renouveler avec lui les promesses qu'il avoit faites chaque année, depuis cinquante ans, de prendre le Seigneur pour son partage, et d'attendre de lui seul un héritage plus beau que ceux de la terre (l). L'année précédente, il avoit assisté à une cérémonie semblable, présidée par M. de Quelen, au séminaire de Saint-Sulpice; et à Rodez, comme à Paris, il y eut quelque chose de beau et de touchant dans le contraste que présentoit cette tête blanchie au service de l'Eglise avec ces jeunes gens qui en étoient l'espérance, et qui alloient seulement entrer dans la carrière que M. Frayssinous avoit fournie avec tant d'éclat.
Après la cérémonie de la translation des reliques de saint Artémon, il vouloit visiter sa famille, puis revenir à Paris : car, bien qu'il eût exprimé le désir de reposer à Saint-Come, auprès de sa mère, il manifestoit toujours celui d'être déposé auprès de M. Emery, dans le petit cimetière qui touche à la chapelle de Notre-Dame-de- Lorette, à Issy, où il avoit été sacré. D'ailleurs, M. Royer lui avoit adressé, le 28 août, une lettre qui prouvera tout à la fois et l'intimité de ces deux honorables amis, et les idées qui les préoccupoient pour cette campagne d'Issy. M. Royer y engageoitM. Frayssinous à exprimer dans son testament, au cas qu'il mourût à Paris, le désir d'être enterré dans le cimetière de M3I. de Saint -Sulpice.
« Si celte proposition vous plaît, ajoutoit-il, elle m'est tiès-agréable. On disposerott nos tombes de manière à ce
(i) Domiiius pas-s hœrcdifnfis moiB et calicîs mci : tu es (jiii restitues hœrcditatem mcam niihi.
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qu'elles fussent à côté l'une de l'autre. Or, il me semble que mes ossemens leposeroient avec un surcroît de paix et de bénédiction spirituelle dans vuie proximité semblable. »
Il lui écrivoit dans une aulre lettre :
« Je suis à peu près de votre âge, et, si Dieu vous appelle à lui avant moi, je ne puis guère tarder à vous rejoindre. »
Triste et touchante prédiction qui n'a pas manqué de se vérifier, M. Boyer étant mort bien peu de mois après M. Frayssinous, son aîné !
De l'exil, on manda à M. Frayssinous :
« Je conçois le désir bien naturel que doit avoir votre famille de vous retenir ; je conçois pareillement la pente non moins naturelle qui vous a porté vers le sol natal, et qui vous fait incliner à y fixer votre séjour. Mais vos montagnes sont froides l'hiver, et la température n'en sera-t-elle pas un peu sévère pour vous, qui avez été liabitué, pendant quelques années, à un climat plus doux? Je ne puis me défendre de la pensée que vous seriez mieux à Paiis ou dans les environs : il y a là plus de ressources dans tous les genres. Peut-être ensuite y a-t-il dans le sentiment que je vous exprime un peu d'intérêt personnel; à Paris, nous aurions constamment de vos nouvelles, soit directement, soit indirectement : mais, si vous vous déterminez à prendre vos fjuartiers d'hiver dans le Rouergue, nous courons grand risque de rester des deux ou trois mois, comme déjà cela nous est anivé, sans savoir un mot de ce qui vous concerne; et vraiment c'est bien dur. »
Mais M. d'Hermopolis fut obligé de rester dans le pays de .ses pères. De Saint-Geniez qu'habitoit M. Aymard Frayssinous, du Puech, seul frère qui lui restât, il alla pas.ser près d'une année chez M. Amable Frayssinous, son cousin et son neveu par adoption -, puis il retourna à
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Saint-Geniez. L'amitié qui unissoit le prélat à M. Aymard étoit des plus tendres-, et on devoit en avoir la preuve la plus touchante, en voyant ce dernier, plus jeune de huit à neuf ans, survivre à peine deux mois à la raort, cependant bien prévue, de son illustre frère (l).