‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 67 sur 75 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Défense de l'Eglise catliolique contre l'hérésie coiistiliitionnelle , etc. jiar M. lioyer. — .FugeiiU'iit de M. Trcbuquct sur ce livre. — M. Boyer réfute les frères Allignol. — Retraite pastorale à Viviers.

Pendant que M. d'Hermopolisse sanctifioitpar l'exercice de la charité, M. Boyer livroit de nouveau.x combats à l'erreur.

Celle qui lendoil à subordonner le pouvoir de l'Eglise à l'autorité du Prince, lequel, en sa qualité d'eVe^ae du dehors^ doit se contenter de faire la garde autour du

[l84oj LIVRE III. CHAPITRE XXIV. 833

temple, celte erreur fatale fut réfutée, au mois de juillet 1840, avec autant de vigueur que de zèle, dans le livre intitulé : Défense de l Eglise catholique contre l'hérésie constitutionnelle qui soumet la religion au Magistrat; renouvelée dans ces derniers temps (l). M. Boyer appeloit cette hérésie constitutionnelle , parce qu'elle a servi de base à la Constitution civile du clergé, fabriquée, en 1 790, par Camus et Treilhard. Dans une première partie, il en traçoit à grands traits Thisloire, qui est déjà, dans son énergique brièveté, une excellente réfutation: l'iiistorien avolt surtout pour but de flétrir la persécution suscitée par 1 empereur Nicolas contre les catholiques de ses Etats, et d'attaquer la suprématie spirituelle que s'arrogcoit le feu roi de Prusse. Mais l'auteur ne se bornoit pas à réfuter l'hérésie constitutionnelle en exposant son histoire : il établissoit la doctrine de l'indépendance de l'Eglise par des preuves de cinq espèces différentes, selon la diversité des sources théologiques d'où il les tiroil; c'est-à-dire l'Ecriture sainte, la raison et les raisonnemens sur les principes de la théologie, la saine politique, la tradition de l'Eglise, la révolution et plusieurs faits authentiques auxquels elle a donné lieu depuis 1790. Au premier abord, on s'étonne de voir M. Boyer invoquer en faveur de l'indépendance de l'Eglise la révolution et les faits qui lui sont postérieurs jusqu'à l'année 1830 : mais c'est dans ces jours mauvais que l'Eglise a solennellement proclamé, par les définitions les plus précises et les plus rigoureuses, la véritable doctrine, et c'est devant un superbe conquérant qu'elle a déployé la plénitude de la puissance la plus absolue. Après tout, les

(l) ln-8", Je VIII — 3Gi> j)a;^.

834 VIF. DE M. FRAYSSINOUS. [l84o]

défenseurs exagérés du pouvoir des princes viendront toujours échouer contre cette proposition si simple, mais d'une force irrésistible : Les Césars, en entrant dans l'Eglise, après avoir été si long-temps ses ennemis et ses persécuteurs, l'ont laissée telle qu'elle étolt sortie des mains de son auteur. Avec un empereur chrétien, dans la rigueur du droit, elle n'a acquis autre chose qu'un chrétien de plus. Or, avant la conversion des Césars, TEglise jouissoit librement de la plénitude de son autorité : donc elle doit en jouir encore.

M. Boyer envoya son livre à Kirchberg, d'où M. Trébuquet manda a M. d'Hermopolis :

>< ]\I. Boyèr m'a envoyé son dernier ouvrage : je l'ai lu avec intérêt : il y a d'excellentes choses. La fécondité de ce bon vieillard est vraiment étonnante. Mais tout cela est fait trop vile, etaiiroit besoin de quelques coups de rabot. »

Le judicieux prélat ratifia cette appréciation pleine de sens.

Comme appendice à cette Défense de V Eglise catholique^ M. Boyer publia, au mois d'août, un Coup d'œil sur l écrit de MM. Allignol^ intitulé : De V État actuel du clergé en France {\). 11 y slgnaloit des erreurs de droit sur le pouvoir des évêques et des curés, et des erreurs de fait non moins graves. Les considérations que l'auteur opposoit à des plaintes exagérées étoient présentées avec d'autant plus de force qu'il pensoit que personne ne connoissoit mieux que lui l'état de l'Eglise de France, h raison des retraites ecclésiastiques qu'il avoit données dans un grand nombre de diocèses. Il prêcha celle de Viviers, au mois de septembre, aussitôt après la

(i) In-8", de 7'. pages.

[l84o] LIVRE 111. CHAPITRE XXV. 835

publication de ce Coup d'œil, dernier écrit qui soit sorti de sa plume. A la suite des exercices, tout le clergé du diocèse donna à l'ancien évêque un témoignage de soumission et d'attachement, qui consola ce prélat vénérable, profondément attristé de l'écrit des frères Alliffnol.

Page 1