‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 74 sur 75 · I.XVII · texte numérisé non relu

I.XVII

[l84'2l LlVUli III. CHAPITRE XXIX. 863

me donner le temps de me préparer à recevoir Notre- Seigneur. » On lui administra le saint viatique et l'extréme-onction, et il suivit toutes les prières avec une grande piété, les mains jointes devant sa figure. Comme on vouloit lui parler des services qu'il avoit rendus à l'Eglise : « Non, dit-il, parlez-moi du bon Dieu, la terre ne m'est plus rien. »

Lorsque les médecins reparurent le samedi : « Allons, dit-il en souriant, voilà le monde médical qui s'ébranle ; la Faculté va m'écraser sous le poids de ses ordonnances. » Voyant qu'on alloit lui palper la poitrine, il ajouta : « Depuis bier, c'est un sanctuaire, Dieu y habite, ne troublez pas la paix de mon cœur. »

M. l'archevêque venoit visiter ce( oncle vénérable, et, quand il 1 interrogeoit sur son état : « Oh! répondoit M, Boyer, ces nuits que je passe dans mon lit, entouré de soins affectueux, sont bien différentes de celles que Jésus-Christ passa entre les mains de ses bourreaux. »

En apercevant M. Garibaldi, internonce apostolique, qui voulut aussi le visiter, il l'assura de son dévoûment au Saint Siège et à la personne du souverain Pontife.

Sans cesse il prioit ceux qui le gardoient de lui lire quelques lignes de V Imitation de Jésus-Christ. Sans cesse il baisoit la croix et l'image de la sainte Vierge avec une foi et une piété sans égale. Quelques minutes encore avant sa mort, il baisa les pieds de Jésus crucilié, en sorte que les forces lui manquèrent plus tôt que l'ardeur d'embrasser la croix. Il ne pouvoit rapprocher ses lèvres mourantes, d'où s'exhala son dernier soupir. Son a me, se dégageant sans effort, laissa son corps comme dans un doux repos.

Ainsi mourut, le dimanche 24 avril 1842, dans la

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paix du Seigneur, l'un des restes honorables de rancieu clergé, dont il avoit vu les derniers beaux jours. Ainsi s'éteignit cette lumière du sanctuaire, qui éclairoit les consciences; cette voix, qui, retraçant aux ministres de Jésus-Christ leurs prérogatives et leurs obligations, les évangélisoit naguère avec tant de zèle, de talent et de fruit.

Après les obsèques, célébrées dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice, en présence de M. Tarchevéque de Paris, qui fit lui-même l'absoute, de M. l'archevêque de Calcédoine, de M. l'internonce apostolique, et d'une grande partie du clergé, les restes de ce prêtre vénérable furent transportés à Issy,dans le cimetière particulier du séminaire, où reposent ceux de M. Emerv. Un cyprès et quelques tombes séparent M. Boyer de l'homme aussi modeste que savant, qui l'avoit reçu dans cette compagnie de Saint-Sulpice , qu'ils ont honorée tous deux.

M. Boyer laissa plusieurs manuscrits.

Il ne put diriger lui-même l'impression de ses Discours pour les Retraites ecclésiastiques : mais il fut suppléé par l'intelligence et l'exactitude de M. Dassanceet d'un ami, tous deux dévoués à sa gloire, identifiés avec son esprit, et qui, au moyen du travail le plus assidu, collationnèrent cette suite d'instructions, publiées, au mois de juillet 1843, comme un monument impérissable de l'ardeur sainte et du talent élevé de l'apotre du clergé de France (1). Le premier volume contient treize discours 5 le second en renferme seize; en tout, vingt-neuf, également forts de doctrine, riches d'aperçus vrais et

;'i) Deux vol. in-8".

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ingénieux, relevés par de beaux mouvemens oratoires, qui dévoient entraîner les imaginations et remuer les cœurs. M. Dassance, parlant de ces discours, qu'il a si heureusement contribué à faire paroître, dit de leur auteur (1) :

««Avec quelle hauteur de pensées et quelle magnificence d'expressions, il rappelle aux prêtres la sublimité de leur vocation et la sainteté des devoirs qu'elle impose I avec quelle majesté de style il déroule l'admirable économie du sacerdoce chrétien I Comme il touche d'une main habile et délicate aux plaies du cœur huniain ! Quelle profonde sagesse dans les conseils qu'il donne pour guérir les maladies de l'a me I Quel art heureux de renfermer l'expression d'une vérité neuve et frappante, dans un tour concis, énergique et vif! Quelle franche et mâle harmonie ! Nous accusera-t-on de céder à un enthousiasme irréfléchi, si nous affirmons que M. Boyer, dont les Discours pour les Retraites ecclésiastiques rappellent par leur titre les Conférences et les Discours synodaux de IMassillon, soutient avec honneur ce redoutable voisinage? Il n'a pas sans doute la grâce exquise, la correction sévère, la régularité de langage de l'évèque de Clermont, qui, sous ce rapport, est demeuré sans lival. 11 remplit avec moins de succès que lui, ces intervalles de la composition où l'on exige un certain degré de précision, de finesse et d'élégance; mais il est plus fécond dans ses plans, plus serré dans ses déductions, plus rapide dans sa marche. Ses idées sont placées à une plus grande hauteur, et oseronsnous le dire, sa doctrine est plus exacte, plus conforme aux principes d'une saine théologie. Jamais, au milieu des mouvemens les plus impétueux, M. Boyer ne franchit les limites qui séparent le précepte du conseil, jamais il n'exa-

{i) Di-cours pour ks Retraites cccléiiasfiques, par 31. Boyer; Notice,

866 ME DE M. FUAYSSINOIJS. [1842]

gère les devoirs du sacerdoce. Ce qui forme surtout le caractère distinctif de son éloquence, c'est qu'elle est nourrie de la substance des livres saints, de cette première sève du christianisme, comme dit Bossuet. De là, ces élans sublimes, ces tournures originales, ces réflexions profondes, et je ne sais quelle heureuse négligence qui donne à ses discours un air d'improvisation et d'inspiration soudaine. Ainsi, fidèle aux nobles et impérissables traditions de la chaire chrétienne, suivant la marche et l'esprit du grand siècle, l'orateur sacré a opéré le bien pendant sa vie ; il a produit les plus heureux fruits de grâce et de salut dans tous les rangs du clergé; et ceux qui n'ont pas eu le bonheur de l'entendre pourront se convaincre en le lisant, que sa parole, pleine de vertu et de magnificence, n'est pas moins propre à ranimer l'esprit sacerdotal, qu'à inspirer le goût de la véritable éloquence chrétienne. »

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