G.\ TIE DE M. OLIER
regardoîeni ces dignes prêtres comme des hommes qui n'avoient rien que de dur dans leur gouvernement^ et se figuroientla vie qu'on menoit avec eux comme un joug que la plupart n'auroient pas le courage ni même la force de supporter. On lut bien surpris d'apprendre , au contraire, de la propre bouche de ceux qui vinrent les premiers habiter le séminaire , que la conduite de ceux qui le dirigeoient ne respiroit que douceur et charité. Le contentement réciproque des directeurs et des jeunes clercs qui s'étoient mis sous leur conduite , la cordialité des premiers, et la tendre affection qu'ils avoient pour leurs élèves , la confiance et la docilité avec laquelle ceux-ci leur obéissoieiit , firent juger dès le commencement , que l'établissement de cette maison étoit l'ouvrage deJDieu, et qu'elle étoit gouvernée par des hommes selon son ce^ur. Au lieu d'y venir avec crainte et iléfiance, dès qu'elle fut connue , on n'eut plus que de l'empressement à s'y rendre j et les exemples de vertu qu'on y admira dans le supérieur et ses coopérateurs ^ la sagesse de leurs décisions, lorsqu'on
• ftlloit les consulter pour la direction intérieure ; la parfaitcPunion qu'on voyoit régner entre eux et tons ceux qu'ils avoient à conduire; enfin les grands fruits que retiroient ceux - ci de leurs
. instructions et de leurs conseils , la firent regarder comme une excellente école, et comme un lieu de bénédiction. L'estime qu'on en conçut dans le diocèse fut si universelle , que plusieurs ecclésiastiques, qui n'étoient point tenus d'y aller passer le temps prescrit par le mandement de M. de Suzc, pour tous ceux qui aspiroient aux
• LIT as VI. a65 Mtfntt ovireÈy s'y présentèrent de leur propre
mouvement , dans le désir de mieux se former aux connoissances et aux vertus de leur état. En moins de six mois on compta environ dnc^uante dorés ou autres prêtres du diocèse, qui, voil* lant se renouveler dans l'esprit de leur vocation et apprendre plus pârfiiitement le grand art de Mmetifier les peuples , soit en se sanctiBant eax<» mêmes , soit eu leur traçant la véritable voie du salut , y firent quelque séjour ; ce qui opéra des changemens sensibles dans les pasteùrs el .dans le troupeau.
Un avantage particalier qu'on retira de celte conduite, et qu'il importe de remarquer ici comme un des finiits les plus essentiek de 4'expérience du saint ministère , c'est que , pendant lénr sé» jour au séminaire, les curés, d'après l'avis plein de sagesse qni leur fiit donné selon l'esprit *disi oottcile de Trente (0 , envoyoient dans leurs pa« roisses de bons ecclésiastiques pour diriger les ames en leur atiksence. Ils y faisoient comme une petite mission 9 prêchant les peuples , écoutant leurs confessions , et les exhortant à en fiiire de générales ou d'extraordinaires ; pratique nécessaire à plusieurs^ qui, se confessa ni toujours à leur corë, et n'ayant pas quelquefois le courage de lui découvrir toutes les plaies de leur oonscien- CG, deviennent, s'ils n'abandonnant pas la èonfesaion^ des hypomtes sacrUéges. Par cette voie,
(0 Cest pour prévenir les grands maux qui nailroieuL de la gêne des consciences , que le saint couciiu oi donne que li ois ou ([uatrc fois Tannée, on envoie dans ks couvent de (eli^^icu^es des coufeâseurs extraordinaires. *
^G6 VIE DE M. OlIEl,
qu'on ne Sfturoit trop reetmiiiander a tons les
prêtres iAargés du gouvernement d'une paroisse > des ames furent gagnées à Dieu en graml ooin« bre ; et pour mieux assurer l'oMgie d*une më^ tfaode si salutaire pour les oonscieuees que la honte retenoit daas I habitude du vice , on choisit deux prêtres qui^ uniquem^ agpUquës à cxîtte^ ^csuvre, n'avoient d'autre empUit que d'aller «sa liesoin suppléer , dans les diffîceutes paroistes y ka prêtres qui s'absentoieut pour aller &ire uue rSf^ traite au séuMuaire.. ! .j ;.;
La différence qui se Ik remarquer entre les ecclésiastiques foruics^au sémioaire^ et préparés BU sacerdoce sous la direction des piètres dé . M. Olier, el ceux qui avoient été ordonnés sans
ce secours, étoH si sensible, qu'on applaudissoit de toutes parte à cet établissement. Outre que
leittrs lumièneë W leurs vertus y l edification et le modèle des peuples; entre ceux qui y étoient venus pour.se disposer aux saints ordres^ phisieurr^ conduits par des vues criminelles , oTu aveuglé faute d'instruction sur les suites d'une entr^ illégitime dans le sanctuaire^ se retiroient et em^ brassoient un autre état^ ce qcd pr^rvoit le diocèse dé tous les maux que traînent après' eux dans l'Eglise ; les prêtres intrus. On vit encore plusieurs prêtres des provinceâ voisines , imiter ceux du diocèse qui "venoient s'y instruire , et y faire les exercices spirituels. Ainsi les bénédictions que le Seigneur répandoit sur cette maison, se communiquant au loin, devinrent une
trvn rh • ' ^ ^67 foiirce féconde de grâces pour de Yastèà cantons de rAavergae^ du D^uphiné, de la Provence et duGomlât.
M. Olier eat la consolation de voir de ses xn.
propres yeux l'heureuse transformalion qui rfo^ pr^d^dc •pérok dans le dergé comme dans le geuple. Mais convenir les en trovaîliani an sakit des catiioUj^p^ -, à qui il iiérétiques devoit ses premiers soins , il imita là conduite de i apôtre, qui, principalement occupé à soutenir dans la foi^ ou à confirmêr datas la grâce les fidèles qu'il atinl engiendi^s à notre Seigneur , ne néglrgeoit point la nation perfide qui s*étoit réprouvée èUcMsiiiéme^ en tejotant Jésus-Christ et son Eglise. Il prit 4ë» 6rttre«^ les conseils de Vévéque de v3«^iviers, pour entreprendre en même temps h conversion des hérétiques du diocèse, dont la perte lui cansok de grandes peines intérieures* Muni «des podvmrs qui lui éUÀent nécessaire pour mettre la faux dans la nouvelle moisson qui se présentoità son Ecle, il crut que le meilleur fenoyea d^y rën^str seroit de fiiire tes premières tentatives dans Privas , celle de toutes les villes occupées par les Protestans qu'il imporloit le plus de réunir à TEglise , parce que o'étoit comme la métropol* du parti faugtienot dans toute la pro^ vince ; et que , oelle-^)à «ne fois convertie , les^ autres se r«ndr(Hent bien plus facilement. Dans teite vue, il proposa à T^véque de Viviers, de ^confier la cure«dè Privas 4 M. de Caylus, supé-rieur du séminaire. Ce clioix , que le prélat goûta beaucoup , fut agréable à tous ceux qui en eurent cônneiiiiima» La nonveile qui en parvint, ausc babitans ié Privas, prépara les esprits « recevoir
268 VIE Ae m. oliee.
la lumière de la ve'rilé : tant M. de Caylus avoît su, depuis son séjour à Viviers, gagner restimc des catholiques et même des protcstans. Ou lui associa plusieurs prêtres recoramandables par leur science et leur sagesse, qui ne tardèrent pas à se concilier comme lui la vénération universelle. Ce qui fit le plus d'impression sur les ennemis de l'Eglise , ce fut de voir un ecclésiastique d'un nom distingué, se charger de la conduite d'une paroisse. On étoit fort surpris de voir un abbé du Loc-Dieu , qui pouvoit prétendre aux plus hautes dignités, curé d'une petite ville; et on regardoit cet emploi comme fort au-dessous de sa qualité. Cette opinion, toute humaine et toute fausse qu'elle étoit, puisqu'il n'est point de charge daii# l'Eglise , quelque inférieure qu'on la suppose, qui n'honorât les anges mêmes, Dieu la fit tourner à sa gloire, comme on le verra bientôt,- mais ce ne fut, selon la conduite ordinaire de sa providence, qu'Lprès avoir levé plusieurs contradictions suscitées par quelques hérétiques, contre le nouveau curé et ses coopérateurs. .
Il y avoit tout à espérer de leurs premières démarches et de la disposition favorable des esprits dans la multitude , lorsque le prince de la discorde arma contre eux les ministres de la ville et le consistoire. Ils firent tous leurs efforts pour persuader aux habitans, que ces nouveaux venus étoient des ennemis très-dangereux et très-suspects, qui, sous une apparence de zèle vouloient tout renverser , et ne prétendoient pas moins que d'anéantir leur religion ; et que bien loin de les loger dans leur ville, il Iklloit plutôt leur en fermer Vcntree.