‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 102 sur 205 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

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ceux qui venoicnt de se convertir. Ils les Irailoient d'apostats et de traîtres. Plusieurs s'ameutèrent contre eux, jusqua menacer de mettre le Feu à leurs maisons, et de les faire périr eux-mêmes dans les flammes. Dieu ne permit pas qu'ils en vinssent à une telle extrémité. La noirceur de leurs procédés et l'excès de leur emportement ne servirent qu'à faire éclater davantage la douceur, la patience et la fermeté de ceux qu'ils persécutoient. L'on vit une fille , maltraitée par sonpèrè, pour avoir abandonné la secte dans laquelle il lavoit élevée, donner un bel exemple du respect et de la soumission que la religion commande aux eofans de pratiquer envers ceux qui leur ont donné le jour. Pendant que cet homme intraitable la cbassoit de sa maison , loin de se plaindre, elle se mit à genoux pour lui demander sa bénédiction.

. Quand M. Olicr vit la religion catholique si XIV. bie^i rétablie dao^ Privas, que le lieu qui au para- M.oiieren*

. , Air..r ' /|. voie des toia-

vaut servoU de prêche tut change en une eghse, sionnairescu oà le regret d'avoir si long-temps outragé notre différens cu- ^eigneurfaisoil répandre souvent bien des larmes, ^^^^^^ du Viil entreprit la conversion des autres hérétiques dispersés dans le diocèse. De concert avec l'évéque àe Viviers , et par son autorité , il usa du même jdioyoa qu'avoit employé saint François de Sales pour celle des trois b^i^li^g^s voisins de Genève. Jîe pouvant plus soutenir le travail du saint ministère, auquel il auroit voulu pouvoir se livrer eo personne, il envoya des prêtres dans les paroisses du Vivarais, où les Calvinistes avoient le . plus de partisans. Il leur procura à ses dépens

varais.

des missions y qui , dans l'espace de cinê| ans , renouvelèrent entièrement la face du diocèse. Viviers, Montpezat, Meyras , Burzet , Thueyts , leBéage, Jaujac, Val^orge , Largentière, Pradelles, Fay, Saint - Af;rève, Villeneuve de Berg, furent successivement le théâtre du zèle des missionnaires. Partout où ils ailèr<^nt prêcher la foi catholique, on vit la grâce opérer des prodiges .qui firent admirer les immenses miséricordes da Sei^eur, et le pouvoir de sa parole, lorsqu'elle est annoncée par des hommes remplis de son esprit. Ils n'avoient, pour ainsi dire, qu'à se montrer dans une paroisse peuplée d'enfans des apostats dans la foi, pour en faire des troupeaux ; de brebis fidèles , et de véritables eu fans de la sainte Eglise Romaine.

Un des missionnaires marqua à M. de Bretonvllliers, que pendant tout le temps que dura la mission de Jaujac, toutes les maisons étoient fermées, parce que les habitans passoient toute la journée dans l'église, soit pour y entendre les instructions, soit pour prier et faire leur confession générale. La mission de Viviers , qui se fit dans l'hiver, fut si efficace et si édifiante qu'il -n'y eut point de carnaval. De tout côté on parloit avec étonnement du grand nombre de conversions, de réconciliations, de restitutions que la grâce opéroit tous les jour^ dans les différentes paroisses. « J'avmie, disoit M.^de Bretonvilliers , » peu d'années après, que je n'aurois jamais cru ^) tout ce que j'ai su et vu par moi-même, lorsque

par l'ordre de la divine Providence , je me suis » trouvé dans la nécessité de faire un voyage .

» dans

LivnE VI.

» dans le Vivarais. Passant par Thueyls , où Voa

» compte environ dix-huit cents commiinians^ je

» vis M. de la Coré , docteur de Sorbonne, loquel *

» tout ému encore, et tout attendri des grands

» biens qu'a voit produits la mission dans cette

» petite ville, me disoit: Avant la mission, on ..^

» ne voyoit nulle marque de piété dans les habi-

)) tans; mais aujourd'hui, c'est un peuple tout

» différent de ce qu'il étoit : l'Eglise, les saints --^

» offices et les sacremens sont aussi fréquentés^.

» maintenant qu'ils étoient négligés alors et aban*<

w donnévS ». Trois ans après cette mission , la piété

s'y étoit si bien conservée, qu'aux dimanches et

fêtes solennelles, il n'yavoit pas assez de prêtres^

pour satisfaire tous ceux qui désiroient se confes-»\>.

scr et communier. Ce qu'on vit dans celte pa-'

roisse, on le remarqua dans toutes h s autres qui

avoient reçu le même secours : tant les bénédic-

lions du Pèï^e des miséricordes pàroissoient ac->

compaguer partout M. Olier, qui fut regardé,?

avec raison, comme un nouvel apotre dit Vivarais.-

L'homme de Dieu, tout infirme qu'il étoit, ne xv. borna pas là ses travaux. Comme il avoit appris Ilttablitan

d 1 !• ' 1 TVT* -1 » V sémii2aire au

ans le diocèse de JNimcs il se trouvoit une , ^ . * . . . . bourg Saint-

petite ville nommée Alais (»), voisine de quatre Andcol.

dliocèsos, qui tous ensemble pouvoient se ressen-»

tir d'une mission qu'on y entreprendroil , il s'y

Uansporta, loua une maison pour y placer des

missionnaires , et procura aux habilans la même

grâce quij en différens quartiers du Vivarais,

avoit porté des fruits si abondans. Le bourg Saint-.

Andéol et la paroisse de Chalançon, ne furent

*0) Celle ville ne fut érigée en évîcKe qu'en 1692. ^ * ' '

2^4 yiE 1)1? M. OLIER.

pas moins favorises. Il travailla dans le premier à rërection d'un séminaire pour Tétude de la philosophie , élablissemenl qui subsiste encore , et qui a rendu jusqu'ici les plus grands services pour l'éducation des ecclésiastiques , soit au diocèse de Viviers, soit à plusieurs autres des provinces voisines, n visite la Pendant son séjour à Viviers, il visita la mère sœur de la de Jésus , religieuse de Sainte - Catherine , au mèrcAgnés. souvent de Notre-Dame du Rhùne , qui étoit sœur de la mère Agnes de Langeac. Dans le peu d'entretiens qu'ils eurent ensemble, et où ils ne parlèrent que le langage des saints, M. Olier (soîon ce qu'elle rapporta à M. de Brefohvilîiers , qui / alla aussi la visiter dans son voyage en cette pro-

vince) lui parut si embrasé de l'amour de Dieu , q[u'ii lui sembloit moins con verset â^feC titt homme vivant sur la terre, qu'avec un séraphin du ciel. Il y avoit long -temps que cette vertueuse fille désiroit jouir de sa conversation ; oHo lavoit même demandé à sa sœur, qu'elle croyoit dans lé séjour de la gloite, et assez puissante pour obtenir de- 7 Dieu celte faveur. Celle-ci lui avait fait connoître qu'elle auroit la consolation de voir M.^Olier, mais que ce ne seroit qu'en passant; prdméssé qui i&^^jAfut accomplie à la lettre; car ils n'eurent que des / . entretiens fort rapides, «t beaucoup moins fréqueiis qu'ils ne l'eussent désiré. Lé saint prêtre fit* Lien espérer à la religieuse qu'il la revéri^oit une^ atilre année; mais comme il ne revint plus à Viviers, elle ne put s'entretenir avec lui .davan-

tage.

11^^^!' 1 II tardoit beaucoup au serviteur de Dieu de

Il quille le l ^

Viraraispour se rendre auPuy, où il .éloit attendu de Henri

LIVKE vr.

dt; Maupas, évêque de celte ville , pour entre- se rendre au prendre un établissement tout semblable à celui ^^yqu'il venoit de consommer à Viviers. Ce fut de Privas qu'il partit, après avoir confirmé dans la foi les nouveaux catholiques qu'il y avoit ramenée à «l'Eglise, avec le secours de M. de Caylus et de ses autres coopérateurs. Il passa par Notre-Dame de Saint-A^rève , pour y rendre ses devoirs à la très-sainte Vierge ; car il ne laissoit échapper aucune occasion de l'honorer , selon l'attrait qu'il portoit continuellement dans son cœur. En témoignage de son respect et de sa dévotion pour Marie, il fit présent à cette chapelle d'un riche tableau; et ce ne fut qu'après avoir satisfait, par de longues oraisons et par le saint sacrifice de la messe , la piété uhale qui l'attachoit à cette auguste Reine des auges , qu'il se remit en route pour le Puy. Après les longues maladies qu'il avoit essuyées, il lui eu coûta de grandes fatigues pour sortir des chemins qu'il étoit obhgé de suivre. Vu l'épuisement où il étoit réduit , on eut peine à comprendre qu'il eut pu soutenir une marche aussi laborieuse; mais chaque jour il retrouvoit dans son amour pour Dieu, et dans l'ardeur de son ' zèle, les forces qui l'abandonnoient à la fin du jour précédent. Il arriva au Puy comblé de joie , de revoir une ville où régnoit depuis tant de siècles la dévotion la plus tendre envers la M«re de Dieu , et où il se rbs^ouVenoit d'avoîr rëçti par son intercession , des grâces très-abondantes. Il commença le nouveau séjour qu'il y venoit faire parrune visite au très-saint sacrenjent et*^ la très-sainte Vierge, se rendant de corps ^ avec

2^6 VïB DE M. OLIEÏÏ. .

empressement, dans L'église cathédrale où il étoit si souvent en esprit. Après s'y cire ofTerl de nouveau au fils et à la mère, au pied de Tautcl principal devant lequel il demeura quelque temps en oraison, il visita le premier pasleur du diocèse, «en qui, disoit-il, j'honore Jésus-Christ lui- )) même , le souverain pasteur des ames , et le )) conducteur de son peuple au royaume de Dieu ». XVlîT. Le séjour de quelques mois qu'il fit dans cette

llrcfnserc- viUc, fut pour lui uuc source de bénédictions, et M viUe^ un grand sujet d'édification pour les babitans. Oa le voyoit très-assidu dans l'église de Notre-Dame, pour laquelle il avoit une singulière vénération. C'étoit même , de tous les lieux de piété qu'il

^ • avoit visités dans la France, celui pour lequel il témoignoit le plus d attrait ; « parce que , disoitw il, je n'en connois point où Dieu se commu- » nique si intimement, et où il répande ses grâces )> avec plus de libéralité. Tout y porte à Dieu, j) tant ce lieu est saint; en sorte que, pour en sor- » tir toot pénétré de son amour et de son esprit, » on n'a qu'à se laisser aller au mouvement inté- ' » rieur qu'on y éprouve, dès qu'on s'y présente »» avec foi ». 11 se rappeloit avec une douce joie les grâces extraordinaires qu'avoit reçues autrefois la mère Agnès dans cette ville, et les subhmes vertus qu'elle y avoit pratiquées. Le premier entretien que M. Olier eut avec l'évéque du Puy fit éclater les vertus de l'un et de l'autre, mais surtout leur profonde humilité. Le prélat ayant commence par lui donner toutes sortes de marques dîî respect et de confiance, finit par lui dire : « Il y a » déjà quelque temps, Monsieur, que je penso

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» à me retirer. Je n'attendois plus que votre ar- » rivëe pour remettre au Roi mon évéché; et c'est » pour le supplier de vous noyiimer en ma place, » que je désirois une entrevue avec vous. Comme » je suis assure' de son consentement, et qu'il ne >) s'agit plus que d'avoir le vôtre, voici enfin le » moment d'exécuter mon projet de retraite , et de » laisser mon diocèse entre^os mains ». M. Olier, aussi étonné que confus de cette ouverture, répondit , comme il avoit fait déjà tant de fois , en homme invariablement décidé à ne jamais accepter l'éplscopat. Son refus ne fit qu'augmenter le désir qu'avoit M. de Maupas de l'avoir pour successeur^ car tout épuisé qu'il étoit, comme il n'avoit que quarante-quatre ans, on pouvoit espérer qu'il reprendroit assez de forces et de ..santé, pour élre en état de gouverner le diocèse pendant plusieurs années. Le prélat le désiroit tellement , que se jetant à ses pieds , il lui dit r . » Ne me refusez pas, Monsieur, le service que » je vous demande; je le regarderai comme le » plus grand que vous puissiez me rendre dans » votre vie ». Sa réponse fut toujours la même. Il éloit si peu disposé à accepter un siège épi— scopal, qu'il s'étoit toujours jugé indigne dea moindres emplois dans l'Eglise. « Comment, di- » soit-il a ce vertueux évéque, comment oscrois-je, )) înoi le plus misérable des hommes, accablé du » poids de mes péchés, me charger d'un minis- » tèr© qui demande des vertus si éminentes, et » des lumières si étendues? de quoi serois^je- ca- » pable , étant d'ailleurs aussi infirme que je le .» suis? Au nom de Dieu, Monseigneur, ne peu-

» scz plus à moi». M. de Maiipas, jugeant qu'il fcroit en vain de nouvelles instances , céda enfin et ne voulut pas jresser rbomnie de Dieu plus long- temps, niais il conçut dès-lors pour lui de nouveaux scnlimens d'estime et de vénération. L'évêquedc PitTre ScarroH, c'véquc de Grenoble depuis Grenoble le 1620, lui fit los nicmes offres Tannée suivante, et veut aussi çg a\ec aussi peu ^ succès. La résistance de

cesseur.

M. Olier étoit toujours fondée sur la basse opi- V nion qu'il avoit de lui-même , et sur l'éloignemcnt qci'il avoit montré de tout temps pour les dignités de l'Eglise. Son ambition étoit moins pour les grandeurs et les postes honorables, que pour les humiliations et les croix. Peu de jours après l'entrevue avec l'évéque du Puy, qu'on vient de ra- <^onter, ce prélat lui annonça quelque triste événement qui l'intéressoit en personne, et qui étoit. de nature à l'afïliger beaucoup ; les mémoires de sa vie ne le font point connoître en particulier. Il en reçut la nouvelle en disant : (( lié bien , » Dieu soil béni et glorifié à jamais, de ce qu'il )> nous a trouvés dignes de boire dans son calice , ii de porter sa croix , et de souffrir confusion pour '» son amour » : paroles qu'il prononça, selon les termes de M. de Maupas, auec joie et exaltation, - Dès qu'on sut dans la ville du Puy que M. Olier y devoLt faire quelque séjour, on le pria d'y prêcher, en témoignant le plus grand désir de l'entendre. Dans la bouche d'un homme si plein de Fesprit de Dieu, les discours les plus simples , et les paroles les moins étudiées eussent fait les plus vives impressions; mais on fut aussi surpris que satisfait et édifié du langage sublime ^u'il savoii;

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prendre, selon la qualité et la portée des por^ sonnes à (jui il parloit. Il se fit un devoir de charité et de zèle d'aller exhorter et instruire partout où on le demandoit , se faisant tout à tous , et captivant ses auditeurs dans les conférences particulières autant que dans les sermons. Un jour^ (c'est d'après le rapport de M. Févéquedu Puy que M. de Bretonvilliers nous a conservé ce trait) il se trouva dans une assemblée des personnes do la ville les plus distinguées, qui l'invitèrent à leur faire un petit discours de piété. M. de Maupas , qui présidoit dans cette compagnie , l'en ayant prié lui-même, il regarda et reçut son invitation comme un ordre auquel il ne pouvoit se refuser. Il s'y soumit avec le plus grand respect ; et après ^'étre recueilli pendant quelques momens ^ pous s'ofirir à notre Seigneur, et lui demander sDn assistance , il parla avec une onction et tout a la fois avec une dignité , qui donnèrent à tous ses s auditeurs la plus haute opinion de son talent pour la chaire. Ce discours, si Ton en croit ce que rapportoit le prélat, quelques années après, à M. de ♦ Bretonvilliers, n'étoit pas seulement plein de lumière et d'éloquence, mais encore de cette chaleur de TEsprit saint qui échauffe les coeurs leç plus glacés, et remue les amcs les plus insensibles»

• Au sortir de cette assemblée, Téveque du » XX. Puj déclara la résolution qu'il avoit prise d'c- "

. , . . . 1 1 • 1 séminaire du

tablir un séminaire , et pria M. Olier demi donner Puj. quelques ecclésiastiques qui fussent capables de seconder ses intentions. Celui - ci y consentit d'autant plus volontiers, qu'outre le motif qui "-l'avoit déjà engagé à entreprendre plusieurs fon-

aSo TIE DE M. OLIER.

ftations de celte nature , il étoit porté à celle-là par une considération particulière - c'éto^t l'avantage qu'il s'en prometloit pour lui et sa compagnie^ qu'il avoit vouée spécialement au culte de la sainte Vierge. Il trouvoit une grande salisfaclion à penser que sa petite société auroit un établissement dans une ville où la dévotion à Marie étoit si célèbre, et dont les habitans mettoient leur gloire à se dire ses serviteurs et ses enfans. (( Ne pouvant, disoit il un jour, demeurer couti- » nuclleraent à ses pieds, devant sa sainte image, » dans l'église consacrée sous son invocation , )) ne convenoit-il pas d'avoir auprès d'elle quel- )) ques-uns des membres de notre compagnie , )> qui tinssent notre place pour lui rendre leurs « devoirs en noire nom -, qui travaillassent sous » ses auspices à la sanctification des ministres 5) de Jésus-Christ son Fils , destinés à conduira » les peuples d'un diocèse qu'elle honore d'une » protection particulière »? ♦ ?

M. OJier étoit encore fortement excité à l'érection de ce nouveau séminaire, par l'estime et la "vénération singulière qu'il porloil à la vertu du grand évéque qui lui en fliisoit la demande. Ravi de trouver cette occasion de le servir et de contribuer il l'exécutioQ de ses bons desseins, il lui promit de faire venir incessamment le nombre de prêtres qui lui étoit nécessaire j et il fut si fidèle à sa promesse, que dès l'année suivante, le séminaire fut établi. Nulle part la bénédiction Seigneur ne parut se répandre avec plus d'abondance ni d'une manière plus sensible que dans celte commuoaulé. Elle fut, à proprement parler.

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