‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 104 sur 205 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

refusa le doyenné , dont le revenu étoît considérable. En remerciant son bienfaiteur , il l'assura ^ qu'outre plusieurs autres considérations , son dessein , lorsqu^il éloit venu travailler sous ses ordres, avoit été uniquement de gagner des ames à Dieu , et non des biens ecclésiastiques. 11 ajouta que , loin d'être tenté par la douceur du repos que pouvoit lui procurer ce bénéfice , après quelques années de travail au séminaire , il ne soupiroit qu'après les peines et les fatigues, qu'il espéroit soutenir, tant qu'il lui resteroit des forces. , M. de Maupas , ne pouvant faire accepter le doyenné de son église à M. de Lantage, s'adressa a un des directeurs , en lui témoignant que son refus le mortificroit ; mais il le trouva tout aussi désintéressé et aussi ferme que le premier. Cependant, comme il étoit jaloux de voir un des ecclésiastiques de son séminaire en possession de ce doyenné, il eut recours successivement à tous ceux qui dirigeoient la maison: tous, animés du même esprit, lui firent la même réponse, et les poursuites réitérées qu'il leur fit n'en purent gagner un seul. L'évcque, voyant je présent qu'il ^ leur avoit destiné revenu dans sés mains , après • avoir passé dans celles de tous les directeurs de son séminaire , sans avoir pu demeurer dans aucune, voulut au moins qu'ils lui nommassent eux-mêmes le sujet qu'ils croyoient le plus digne d'en être pourvu et le plus capable d'en remplir les obligations. Comme en choisissant celui qui auroit le plus de mérite, ils étoient assurés de faire une œuvre trcs-agréable à Dieu , et de n exciter nulle plainte en le chercbaul, non parmi

.^84 VIE DG M. OLIEH.

les prêtres de la compaj^nie de M. Olîer , qui * travaillôient à Paris ou ailleurs , mais dans le

clergé même du diocèse , ils lui désignèrent ua ecclésiastique de la ville, qui possédoit toutes les , qualités convenables à la dignité de doyen. Dès

ce moment la calomnie fut tellement étouffée, qu'on n'entendit plus parler des directeurs du séminaire qu'avec éloge et applaudissement. XXII. Après avoir satisfiiit aux désirs de l'évêquo

Il va visiter j n l • t j ' • • i

le tombeau > laissant dans son semmaire des ou-

dc la mère vriers et un esprit propres à en 'faire une école Agnes. science /'t de vertu pour les aspirans au sacer-

doce, M. Olier se mit en chemin pour revenir à Paris, Il passa par Langeac, où il visita le tombeaû de la mère Agnès de Jésus ^ qu'il appeloit un prodige de grâce et de perfection. Sans la voir des yeux du corps, et sans converser visiblement avec elle, comme il avoit fait si souvent durant son premier séjour en Auvergne, il ressentit une joie intérieure, qui surpassoit tout ce qu'il avoit éprouvé alors dans ses différens entretiens. C'étoit le fruit de la charité consommée de cette grande ame, qui, vivant dans la société de Jésus-Christ et des saints , comme il est bien permis de le conjecturer, avoit beaucoup plus de pouvoir pour attirer à Dieu son ancien directeur, et lui obtenir de nouvelles faveurs du ciel, que lorsqu'ils étoient ensemble en oraison au pied des saintsautels. L'évêque de Saint-Flour lui ayant permis de foire ouvrir son tombeau, ce fut pour lui une nouvelle consolation devoir son corps, qui fut trouvé sans corruption, à la réserve d'une partie de son visage qui paroissoit avoir été rongée. 11 ne

put, sans une vénération singullcre et une sorte de ravissement, considérer surtout sa main droite, se rappelant avec quel courage elle en avoit usé pour maltraiter sa chair et la réduire en servitude.

De Langeac il se rendit à Paris, où il s'appliqua XXTIL sans relâche à soutenir les établissemens qu'il y ^pg^^ig avoit faits, et à perfectionner les ames que Dieu Dieu le prë^ lui avoit confiées ; mais au bout de quelques mois î'^^^ / ^'^ '

., « . , , grandes souf-

il tut contramt de suspendre encore ses travaux. f,ances. Quoiqu'il ne fut âgé que de quarante-quatre ans, il se trouvoit trop épuisé et par les œuvres pénibles qu'il avoilfentrrprises , en tout genre , depuis ses premières missions, et par les austérités corporelles qu'il y avoit ajoutées, pour suivre plus long-temps la même carrière. Dieu, qui Favoit conduit â la plus haute penfection par la voie des souffrances , voulut que les dernières années de sa vie ne fussent plus qu'un état de croix ; et lui fit trouver , dans de longues infirmités , de quoi remplir, par un exercice continuel de patience, la mesure ai)ondante de mérites qu'il se réservoit de récompenser dans le ciel. Au printemps de i653, comme il se rendoit à la campagne pour traiter d'une affaire importante, une personne de grande piété , qui Taccompagnoit dans le carrosse où il voyageoit, revenue d'un profond recueillement , lui dit : « H faut, Monsieur, que » je vous fasse part de ce qu'il a plu à Dieu de » me faire connoître à votre sujet ; c'est que vous )) serez bientôt dans un état qui vous fera de- » meurer dans le monde, comme si vous n'y étiez » pas ». Cette prédiction ne fut pas la seule qui le prépara au calice de tribulatioa par où il devoit

286 VIK IJE M. OLIER.

consommer sa carrière. Il en fut averti intérieurement par la très-sainte Vier£;e. A cette faveur, notre Sei£;;neur en ajoula une autre bien précieuse, le rendant participant du désir de souffrir, qu'il avoit témoigné lui-même à ses apôtres avant sa passion, et remplissant son cœur de ses propres dispositions à l'égard de la croix. Aussi, pendant son séjour à la campagne, qu'il abrégea de peur de retarder les desseins de Dieu sur lui, il ne cessa de parler dos avantages de la croix, des biens qu'elle avoit apportés au monde, de l'amour que nous lui devions, et des merveilles qu'elle JJ)éroit dans les ames. ' -i^

Au commencement de septembre , ice ' digne disciple de Jésus crucifié eut la pensée de faire exécuter de petits berceaux, où la sainte Vierge étoit représentée portant dans sa main des croi* qu'elle distribuoit aux ecclésiaistiques , selon la mesure de leur ferveur. Il se plaisoit à faire remarquer , à tous ceux qui s'en treten oient avèc lui , le grand amour que Marie avôit eu pour les croix. Il leur disoit, qu'étant entrée dans toutes les dispositions du cœur de son fils, elle avoit plus participé que tous les bommes à la soif des souffrances dont il avoit brûlé durant sa vie mc^rtelle. Il trouvoit raéme, dans cette parfaite conformité du fils et de la mère, Une des raisons pour lesquelles l'Eglise, qui règle tout avec sagesse, célébroit l'Exaltatiola de la sainte Croix pendant Toctavo delà Nativité de la sain U: Vierge. « Notre Seigneur » a permis, disoit-il, que ce sacré bois fût honoré )) en ce temps, afin de faire voir qqe sa très^sainte » mère avoit parfaitement exalté la croix | non-

LIVUE V r. âg^ )) seulement parce qu'elle a plus souffert que tous » les martyrs , mais aussi parce qu'elle a porté la » croix dans son cœur avec plus de respect , plus )) de soumission et de charité ». C'étoit là-dessus principalement, et sur les vertus, les grâces et la gloire de la sainte Vierge, que rouloient ses conversations avec les personnes de piété qui le visitoient. Jamais on ne l'avoit entendu parler si souvent, ni avec lant d'effusion de cœur, de l'estime qu'un chrétien, à plus forte raison un ministre de Jcsus-Christ , devoit faire des souffrances. Tout ce qu'il disoit sur cette matière étoit plein d'énergie; et pendant le séjour qu'il fit dans cette maison , c'étoit presque la seule sur laquelle il s'enlretenoit. l .' Dieu l'ayant ainsi préparé a l'état d'épreuve xxn\ dans lequel il vouloit qu'il finît ses jours, il le

1 j 1 1 , paralytique.

Visita, non plus dans la douceur de ses consolations, mais dans l'amertume de la tribulations Le 26 de septembre, ])endant qu'il étoit seul erf oraiso» dans i^ar.chajpibre, vers huit heures du pjifl tin ,: il fut, attaqué d'une apoplexie., qui le rendit paralytique de tout le côté gauche. Cet accident lui ayant laissé la libertérxle lesprit et l'usage de Tautro côté du corps, il fit quelque bruit pour appeler du secours. Personne ne parut alors; mais peu de lofnps après quoiqu'un étant ' venu chez lui le trouva étendu par terjel, et inca- ]>«ble de se relevçr. Çlo'Si'empressa de lui procurer* tous les secours. ;néces5aires dans une extrémité si affligeante. La première pensée de IVL Olier^' Ipf^qii'il se vit frappé de la main de Dieu, fut de Sjoffrir à notre Seigneur en qualité d'hostie , selon

âB8 VIE DE M. OLIEK.

le vœu qu'il en avoit fait depuis long-temps , et de s'abandonner à lui sans réserve, pour recevoir le coup de la mort de la manière eL dans le temps qu'il lui plairoit. Il s'unit aux dispositions intérieures de Jésus-Christ mourant, le suppliant de les mettre dans son cœur, afin qu'il rendît son ame à Dieu son père, dans le même esprit de résignation et de sacrifice qu'il avoit montré sur la croix. Il adora la justice divine qui punissoit, . disoit-il, le mauvais usage qu'il avoit fait de sa viey et bénit en même temps le Dieu des miséricor- ^ des, qui lui olfroit un moyen si efficace d'expier ses péchés. Les grands senlimens que témoigna alors le serviteur de Dieu , furent recueillis de sa bouche même par M. de Breton villiers, à qui il ne cachoit rien de ce qui se passoit dans son cœur. ''^^l^ La paix 4pnt il jouissoit ne parut pas seulement * dans les premiers momens de cette maladie. Les Sttites de l'apcident qu'il venoit d'essuyer moa.^ trèrent jusqu'où l'esprit de sacrifice que respirent ses écrits , et qu'il ne cessoit d'inspirer aux personnes intérieures, vivoit dans son aihe, et agissoit en lui dans toute sa conduite. Dès qu'on l'eut relevé et mis au lit, on appela les médecins, qui ordonnèrent des remèdes très-pénibles. Loin de les refuser et de s'en plaindre^ il les prenoit avec joie, s'abandonnant aux diH)Ositions adorables de

la Providence, et faisant, avec une soumission d'enfant , la volonté de ceux qui le gouvernoienh Pour rendre le mouvement à la partie de son corps et aux membres paralysés, on lui fit subir des opérations fort douloureuses. Plusieurs fois on lui enfonça des lancettes dans k chair; Il lés ressentoit

vivement

Page 1