‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 105 sur 205 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

vivement, n'ayant pas perdu le sentiment par

celte apopl(»xie, qui n'étoil rju'à demi forcnée, et

qui avoit dégénéré en paralysie trop imparlaite

pour engoutdir ses sens. 11 ne souffroit donc pas

moins des traitemens qu^on lui t'aisoit, que s'il

eut joui de la meilleure santé. Dans la craintQ

d'une nouvelle apoplexie , dès qu'on le voyoit

i^assoupir hors les temps du sommeil, on le tour-

mentoit tout de nouveau. L'usage des médecines

qu'on lui ordonna devint très-incommode, par

la nécessité où le mettoit sa paralysie de les garder

GuiUerée par cuillerée dans $a bouche avant de - -

les pouvoir avaler. Le gosier n'ayant pas le jeu et le ' •

ressort ordinaire, il ne \cs prenoit que goutlo ^

goutte et fort lentenieni ^. ce qui ajoutoit heaur*

coup à l'amei^tume et au dégoût que causoit déjà

la nature des remèdes* ^ts fu » ir rin-»

V Non-seult ment il monlroit une patience tou- xxv.

jours égale dàJ39 urie si rude situation , mais il Sa douceur

• . 'Il 1 ' 1 • I • et sa docilité

sourioit agréablement a tous ceux qui lui appor- pendant sa toient quelque chose à pr^uidre , les encourageant maladie, ainsi à ne le point épargner et ^ lui o^Fri^^ sans crainte ;tout ce qui répugnoit le plus au goûl,^ dès qu'il étoit prescrit par le médecin. Cette dour ceur et cette affabilité faisoient l'étonnement de tous ceux qui 1 approchoient. Ils ne pouvoient comprendre comment le malade seul étoit si content eft si joyeux,, tandis que tous les autres a voient peine à se consoler de ses soui&anccs. La paralysie, qui avoit gagné toute une moitié de son v corps , le rendoit tellement immobile , qu'il ne pouvoit plus se tourner d'un coté sur l'autre , ni / prendre ses alimens. Il falloit le servir comme

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un enfant à qui on met les morceaux dans la bouche ; extre'mité qui , loin de paroître l'affliger , quelque humihante quelle fut , étoit pour lui une source abondante de joie et de mérites, par les pieux sentimens qu'elle lui donnoit lieu de former dans son cœur. Il adoroit alors notre Seigneur Jésus-Cbrist enfant^ et se conformoit aux saintes dispositions dans lesquelles ce modèle parfait d'obéissance, tant qu'il voulut être assujetti aux foiblesses de l'enfance, recevoit ce que lui présentoit sa très-sainte Mère. * '

XXVI. Les douleurs et les autres incommodités corn éprouve porellcs qu'eut a endurer M. Olier, du moment de grandes ^ ^ tQ^ba malade , n'étoient cependant rien, en

peines in- , • i» • i T^• 1 «.

lérieure*. comparaison des pemes d esprit dont Dieu, voulut qu'elles fussent bientôt accompagnées. Car peu de jours après qu'il eut été ainsi visité du Seigneur ^ par cette affliction extérieure , il h fut par des croix intérieures beaucoup plus difficiles à porter que toutes les maladies. Sans lumière dans l'esprit ; n'ayant plus le moindre sentiment de joie dans le cœur; en proie à la tristesse, à lennui, au trouble même et aux frayeurs d^une ame qui craint d'avoir encouru la disgrâce de son Dieu , il ne pouvoit s'empêcher de demander quelquefois à ceux en qui il avoit le plus de contiance, s'ils ne croyoient pas que notre Sei?,'neur et sa trèssainte Mère se fussent retirés de lui. On remarqua dans lui , à la vérité, une impuissance et une privation de grâces sensibles si extraordinaire, qu'il n'étoit plus capable de parler de Dieu comme au- ^ paravant, sinon dans certains moraens, où, pour le bien de quelques âmes qui avoient recour* à

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lui, notre Seismeur lui rendoit sos premiers dons; car il parloit alors avec toute Tonchon et tout le pathétique qu'où avoit admiré daus lf»s p us beaux jours lie sou ministère. En loulc autre circonstance, il étoit comme privé de loute l'activité de son ame et de l'usage mêuie de ses sms , ne pouvant presque ni s'expliquer ni couiprendri'. Dieu seul sait combic'n la chanté de son serviteur se perfectionna dans ce nouveau creuset. LVpreuve dura environ trois semaines. Après ce temps écoulé, on le transporta à Paris. 11 n'y fut pas plutôt arrivé , qu(; Dieu le remplit de consolatioa par une Irttre qu'il reçut d'un de m s amis les plus ch -rs. C(4ui-ci i'assuroitque son étHt,quflque pénible qu'il fût à la nature, éloil très-saint i t infiniment utile à son ame. Il ajoutoit que ces iniirmiiés dès qu'il les supportolt tm esprit de sacriûcô le rendoienl bien plus aj^néableà notre Seiî^nc ur, que s'il avoit à essuycM* pour sa gloire toutes les fatigues du ministère évangélique; enfin que sa situation actuelle étoit celle des anies d'élite et appelées à la plus haute p'-rfeclion. M. Olier regarda cette lettre çomme un présent venu <lu ciel, et la conserva comme la chose la plus précieuse. Elle lui inspira un nouveau courafije, et servit

' beaucoup à le fortilier dans la résolution de tout " souffrir en union à notre Sei^^neur attaché a ta

* croix. Se rappelant (jue cette innocente viclime ne s'en étoit point détachée d ede-méme, il s'abandonna à l;i volonté divine, pour demeurer sur le lit de douleur autant de temps qu'il lui plairoit, et n'être délivré de ses souffrances (jue par S(S ordxeâ. « Son amour pour la croix où la maxu de

Dieu le relenoit etoil si grand , dit M. de Bre- » tonvilliers, que je l'ai vu pleurer une fois très- )) amèrement , parce qu'on venoit de lui pro- » mettre^ avec assurance, une prompte guérison w. Comme je lui demandois, ajoute- 1- il , lo sujft de ses larmes : « Ils m'assurent , répondit-il , que je guérirai j mais no sorois-je pas trop heureux de » demeurer sur la croix le reste de mes jours^ ^ » pour rendre quelque chose à notre Seigneur, » qui a tant souffert pour moi n? Plus Dieu pro* longeoit son in&rmité et ses langueurs , plus l'esprit d'anéantissement croissoit en lui. Il regardoit son lit comme la croix sur laquelle il devoit remettre son a me entre les bras de sou cher maître, et comme l'autel où il devoit s'immoler continuellement sous la main de la justice de Dieu^ en attendant le moment d'être reçu entre les bras V ^ de sa miséricorde. On Fentendoit dire queique- , fois en soupirant : « Ah! quand viendra l'heurè » où Dieu portera le dernier coup sur la victime? » et quand me fera-t-il la grâce de consommer » mort sacrifice »? i. >#i ^uw*- ^\\\ \ p y>vy xxvn. Vers la fin de décembre, saint Vincent de Paul, Saint Vin- • ^jçpyis pj^g vingt aus étoit intimement Hé

cent de Paul ^ rM- i. • r jî .•

Icvisiu dans avcc M. Ulier , et qui etoit rcmph d estime pour sa M maladie, vertu , lui fit une visite. Ce fut lorsqu'il se trou voit dans le fort de son mal. Le saint admira la parfaite tranquillité de son ame et la sérénité de son visage, u Vraiment , » dit-il , après avoir passé quelque temps auprès de son lit, en s'approchant de M. de Breton vil liers , « c'est une merveille de voir un malade qui souffre tant, conserver cette » égalité d'esprit, et ne rien perdre de sa paix ».

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