‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 107 sur 205 · LIVRE VI. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE VI. 3o

Seigneur d'être délivré des liens de son corps | et le jour de P&que de l'année i6S6, il pria in** stammentla sainte Vierge de l'appeler à elle, pont célébrer dans sa compagnie et ceite des i)i( nlieu* renx, la résorredion de son divin Fils. Cette tendre Mère lui fit intérieurement nne re'ponse qui laissa dans son ame un grand sentiment de paix» « Attendez nn peu^ lui dit-elle; car c'est la » volonté de mon Fils que vous souffriez encore » quelque temps ». Il se soumit aux dispositions de la divine providence^ qu'il adora; et en attendant l'ac^mplissement de ses desseins sur lui^ il qiptinua de s'ofirir à notre Seigneur et à sa très» sainte Mère.,^çomme une hostie qui ne vouloit plus vivre que pour s'exercer tous les }ours à mourir y en demeurant sur la croix autant qu'il lui plairoit. « Si je faisois, dit-il un jour, autant de » fruit en souiliant qu'en prêchant^ j'aimerois » mieux le faire par les souffrances, parce que )î^^j|f»BBer<H» davantage à Dieu ». Il ajoutoit' que nous devions aimer tendrement la croix, parce que notre Seigneur lui devoit sa qualité de sauveur des honàmes* ^. '

Ses infirmités roblisèrent , jusqu a la mort, de faire tous les ans le voja^^e de Bourbon. 11 Tayoit Ëiit deux fois en 1.654; il 7 retourna Ifes deux années suivantes^ sur la parole des médecins, tou'jours avec la même docilité , quoique ce fut toujours avec aussi peu de succès. Dans un de ces voyages , il fit 4e pèlerinage de Notre-Dame du Puy, éloigné de Bourbon d'environ quarante lieues. Son dessein étoit de s'y offrir encore à notre Seigneur ^ par les mains de sa très-sainte

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Mère , avant de mourir , et de se renouveler dans les bons désirs que Dieu lui a voit inspirés, lorsqu'il avoit fait ses premiers voyages en cette ville. Les grâces qu'il y avoit reçues plusieurs fois , et qu'il y reçut encore dans cette circonstance, l'y atla choient si fortement, qu'il ne s'apercevoit pas de la longueur du temps qu'il passoit ea oraison devÉ^nt le saint sacrement ou l'image de la sainte Vierge ; il falloit l'en avertir, et ce n'é- ' toit qu'avec peine qu'il s'en séparoit. Lorsqu'il sorloit du lieu saint , aux traits de son visage oa connoissoit que son ame venoit d'être comme inondée des dons de Dieu. Ce dernier séjour ^ Puy fut de quarante-quatre jours. Durant presque tout ce temps, il eut la consolation de dire la sainte messe, et ne se vit que deux fois hors d'état de monter au saint autel ; ce qu'il regarda comme une grâce particulière : car depuis qu'il avoit été arrêté par son infirmité, jamais il n'a-» voit eu l'usage de ses membres assez libre pour célébrer aussi souvent le saint sacrifice. Dans le désir de perpétuer son séjour auprès de Notre- Dame du Puy, dont il avoit tant de peine à se séparer ; comme il lui étoit impossible d'y demeurer toujours de corps, il voulut au moins le faire,. autant qu'il dépendroit dé lui, en esprit. C'est pourquoi il laissa , à côté de son image , un tableau où il s'étoit fait représenter dans la posture d'un suppliant, qui, prosterné devant elle, lui faisoit hommage de tous les sentimens que doit un sujet à sa souveraine, et un fils à sa mère. C étoit comme un supplément à l'impuissance où il étoit de lui rendre ses devoirs sans interrup-

LIVRE vr. 3o7 tîon, en priant jour et nuit à ses pieds. Non content de cette offrande, il laissa encore une riche médaille d'or , sur laquelle il avoit fait graver le séminaire de Sainl-Sulpice de Paris, qu'il lui présentoit, la cou jurant de le prendre sous sa protection, et de faire de tous ceux qui riiabitoicnt autant d'instrumens de la "loire de son Fils.

Du Puy , le serviteur de Dieu retourna aux eaux de Bourbon pour la quatrième fois. Dans le cours de ce dernier voyage, souvent on l'entendit répéter ces paroles : « Misérable que je suis ! qui me » délivrera de çe corps mortel? ah! ce sera la » grâce de mon Dieu qui m'a été acquise pai^ M notre Seigneur ». Lorsqu'il eut exécuté l'ordon-^ nance des médecius, il revint à Paris avec un nouveau désir de sortir de ce monde, et de passer à une autre vie; mais Dieu prolongea encore ses jours jusqu'en 1657. Il ne demeura plus sur la terre que pour soupirer vers le ciel; car il ne languissoit pas moins dans son ame, impatiente de se réunir à celui qu'elle aimoit uniquement , que dans son corps qui s'affoiblissoit tous les jours de plus en plus. Sa vie ne lui étoit plus rien que par l'offrande qu'il en faisoit continuellement au Seigneur. Il disoit qu'il eût voulu avoir en sa disposition une infinité de vies pour lui en faire le sacrifice, puisque Jésus-Christ en avoit livré une pour nous, qui étoit infiniment plus précieuse que toutes celles qu'on pouvoit lui présenter. De temps en temps on l'entendoit dire : « Ah ! chère éternité , tu n'es pas loin ; corps de » péché, tu périras bientôt». Comme un jour, pour lui procurer quelques momens de récréation,

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un ecclésiastique vint l'entretenir de nouvelles; il lui imposa silence^ en disant « que cela «l'avoit » pas le goût de l'ëternitë ».

' i65j. Plus il approchoit de sa fin , plus il se sentoit . ^ fl^é à une privation universelle de tout ce qui poU¥oit le satisfdre , même spirituellement, de la part des hommes. Il ëtoit si fidèle à suivre ces mouvemens de la grâce, que soit qu'on vînt converser avec lui, soit que par oubli on le laissât seul y il nontroit toujours une égale indifférence; Ce n'est pas qu'il ne fît toujours bon accueil à ceux qui le visitpient , mais content de recevoir avec affabilité ceux que la Providence conduisoit auprès de lui , il ne demanda jamais à voir personne, pas même ses plus intimes amis^ - t: ocxxv. Dieu ayant achevé de purifier son serviteur d9* n prédit p^;^ ^^i^ 3113^ p^^ log maladif, les privations',

âlitte!^'^ les peines intérieures ; et durant tout ce temps, l'ayant lait, majlg^^.sejS intirmite's continuelles, \ grand nombre d'œuvres saintes^

il lui m connoitre enfin qu'il a voit exaucé 4e6 prières . et qu'il ne lardcroit pas à le retirer de ce ^monde, pour le mettre en. possession dçs biens éternels. Il lui révéla même que c^e.seroit vers la féte de Pâque* Plein de cette pensée qui le combloit de joie , au premier jour de carême , lorsqu'il s'entretenoit avec M. de Bretonvilliers, son suc- <3esseur dans la cure de Saint-Sulpice , et dans le gouvernement du séminaire , il lui dit : « Pré- » parons-nous ; car bientôt nous. ne nous verrons ».plus, et à Pâque il faudra noiis séparer >u M. de Bretonvilliers prit cet avertissement pour lui-même 3 et ne pensant.point à la mort prochaine

de M. Oiier^ il aongea à prendre ses mesures paop se disposer à son dernier passage. Mais il comprit le sens de ces paroles , lorsqu'après l'avoir désigné son successeur dans la supériorité du sé-* sninaire, par un billet écrit de sa: fnain, il eut avec lui tous les jours de ce carême de longs entretiens sur la conduite^ l'esprit et les règlement du séminaire» > ^ - ; ■

L'assurance qn'ayèit WL Ôlier dé sé f oi?iîéfivré dans peu de temps des misères de celle vie ^ augmenta beaucoup sa dévotion au mystère de la râurrectitKi ; en sorte que Fimage en demeura pIoA lortèment que jamais imprimée dans son esprit. Tout accablé qu'il étoit sous le poids de ses maux , il se leva nhe fois de son fsiuteuiK et se ^ mettant a genoux devant le tableau de sa chambre . qui représentoit ee mystère^ il demeura une heure entière dans cette posture, tout absorbé en Dieu* Celvà qui le gavdoit l'avertit enfin de ne pas se fatiguer plus long-temps, et Taida à se relever. Pat obéissance, pendant ia maladie^ il se remit dans sa^fv&fimf^iiàm^on , en disant : « Hélas ! peut-on » flTôptsiôKel^^^pftidt on pense au mystère de la «résurrection»? » -

Ge parfait disciple de Jésus crucifié^ après xxxvr avmr si fidèlement imité son maître et son mo- J.'^^^^ dèle durant teutleeours de sa vie, voulut enÉore ^^UoL lui être semblable aux approches de la mort. Le considérant sur la croix, privé de toute^ consola<tic9âi$#se priva de celle même qui étoit comme la setile qu'il goûl«^t depuis lon^-temps. Il avoua une fois à M. de BretonviUiecs qu il oc lui restoit plus de plaisir dans le monde^ que celui de converser

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de Itraps en temps avec un grand serviteur de î)ieu qu'il chërissoit tendrement en notre Seigneur, à cause des grâces privilégiées qu'il avoit découvertes en lui, et des secours qu'il en avoit reçus pour plusieurs œuvres importantes que la bonté divine lui avoit confiées. Or, quelques mois avant sa mort, il cessa de l'inviter à venir s'entretenir avec lui, se privant de la joie qu'il rcssentoit à jouir de sa présence, et à lui parler de Dieu. Il cacha long-temps à ce vertueux ami la cause de cette conduite, usant à son égard d'une réserve qui ne répondoit pas à son ancienne amitié pour lui; mais il lui avoua un jour que c'éloit pour se dépouiller de toute consolation sur la terre : ce fut la surveille de sa dernière rechute. Croyant alors ne pouvoir plus dissimuler sa mort prochaine, il lui découvrit aussi le motif secret de la manière plus froide en apparence dont il en usoit avec lui. Comme celui-ci lui demandoit pourquoi il le Iraitoit avec tant de sévérité : M Mou enfant, lui répondit-il, je mourrai bienj) tôt 'y je suis donc bien aise de me priver de » tout, et de ne plus prendre aucune consolation M dans ce mondé. Il faut attendre celle que j'at- X) tends, et que j'espère de la divine miséricorde )) dans la bienheureuse éternité (0 ».

Hne dame de condition , qu'il avoit dirigée , lui fît une visite, et désirant se confesser, lui dit que, pour faire sa confession, elle prendroit le

(0 Celle expression, mon enfant, dont M. Olier avoit toujours coutume de se servir, soit en parlant, soit en écrivant à M. de Brelonvilliers, fait présumer que c'étoil lui qui étoit l'ami qu'il n'a paa voulu nommer. -r-.. -m

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temm^ qui lui conviendroit, et qui lui scrôit le iBoias incommode ; u il £aut donc, lui répondit » M. OUer ^ que ce soit avant le jour de Pâqae ». Une autre dame , dont il avoit aussi la direction , se retirant de sa chambre après avoir conversé av«c lui, il se retourna vers elle au moment ou elle le quittoit^ et lui dit adieu, en lui donnant sa bcnédicLioa, sans qu'elle s'en aperçut ; ce qu'il n avoit pas coutume de Ëdre aux personnes qui le yisitoient. .

Le 26 de mars , qui étoit le lotidi de la semaine sainte , lorsqu'il voulut se lever il fut saisi d'un tremblement qui se commimiqua à tous ses membres, et attaqué d^une légère apoplexie qui ne lui fit pas perdre connoissance. II étoit à la campagne, d'où on le transporta au séminaire de Paris ; il y ressentit quelque soulagement , Ijuifot de peu de durée. On s'y aperçut dès-lors qu'il pcrdoit la .mémoire de presque tout, excepté de Dieu. Le jeudi suivant , une personne de la v^lle étant . venue le visiter, il lui pàrla avec une grande charité, et lui découvrit, sur l'état de sa con-science, des. choses qu'il né pou voit savoir que par révélation. Il s'entretint aussi en secret avec un directeur du sâninaite , à qui il donna d'«x* cellenles iustruclions pour sa propre conduite et celle de la maison, l'exhortant surtout à ne ja mais agir selon les maximes de la prudence hu-^ , maine , mais toujours dans la simplicité de la foL Il lui témoigna qu'il mouroit avec toute confiance que Dieu sotttiendroit le séminaire, parce que c^étoit son œuvre ^ et qu'il la iaissoit entre les n\ains de la très^sainte Vierge, qui s'en étoit

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montrée la prolectrice. Ce directeur, à qui^çeu de temj)s auparavant il avoit annoncé plusieurs choses qui etoient arrivées comme il les avoit prédites , ayant prié le serviteur de Dieu de lassistcr à la mort, pour le défendre des attaques de l'ennemi si redoutable en ce dernier moment , il lui répondit : « La très-sainte Vierge vous as- » sistera , soyez - en bien assuré. Je ne cesserai M jamais, ajouta-t-il, de prier pour vous , et je me » tiendrai toujours devant le trône de Dieu, pour - » lui demander l'alxjndance des grâces qui vous M seront nécessaires pour l'accomplissement do » ses desseins ». Parlant à une autre personne, il lui dit : i( Dans peu de jours vous verrez une » pauvre ame toute absorbée dans la chair ». Il . vouloit sans doute lui annoncer l'état où il devait se trouver le jour de Pâque.

XXXVÎI. Les symptômes de sa maladie varièrent pendant Minr^^ail- ^^^^^ jours ^ mais l'esprit paroissant s'affoiblir, on «i«o et Tex- administra le saint viatique : il le reçut avec tre^me - onc- une entière connoissance , et demeura ioufif-temps tout applique a Dieu, n'ouvrant les yeux que pour les tenir fixés vers le ciel, où il étoit déjà en esprit; et montrant sur son visage le parfait ^^ repos .qu'il possédoit dans sou ame avec le pain de vie. Le samedi saint, à neuf heures du matin , il perdit tout-à-coup la parole qu'il ne recouvra plus. Vers midi, il entra dans un profond assoupissement, qui fit juger que sa fin éloil prochaine. Au moment où il parut capable de recevoir avec connoissance le sacrement de l'extréme-onction, on lui procura ce secours, qui fit éclater de plus en plus sa tendre piété et sa grande paix. Pendant son

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