LIVRE VI
rien ne lui manquoit pour s'y distinguait niaig les Juruières qu'il sut puiser dans i'oraison, et les leçons intérieures que lui faisoit tous les jours le maître des cœurs, remportèrent infiniment sur les dons de la nature, quoiqu'il les eut toujours cultivés et perfectionnés par le travail. Ses pensées étoient grandes, et ses sentimens plf>ins de celte noblesse que donne l'usage familier des divines Ecritures. On étoit toujours ravi de l'entendre; et souvent, après avoir assisté à ses prédications' on ne pouvoit s'empêcher d'y reconnoître quelque chose de plus qu'humain , tant elles éloient remplies de conceptions sublimes^ et riches en mouvemens dignes des prophètes. ♦ '^
. Si les bornes qu'il faut raettreà cet ouvrage 1 eus- ' XL. sent permis, j'aurois entrepris de donner un extrait des livres qu'il a composés; rien ne faisant mieùl^ ' connoître le caractère et le génie des personnages célèbres que leurs écrits : mais je me contenterai de les indiquer selon l'ordre dans i( quel ils furent mis au jour. Le premier qu'il fit paroître, ou plutôt qu'on publia avefc son consentement, fut un Traité des saints Ordres , fait pour ceux qui aspirent à la cléricature et au sacerdoce. Sur l'ordre en général, et sur chaque ordre en parti- culier , ils y trouvent la pure doctrine des divines Ecritures, le lingai^e des saints conciles, des Pères et des Docteurs de l'Eglise, enfin celui des'* meilleurs écrivains qui aient traité cette matière. Cetouvrage mériteroit d'être plus connu. M. Olier y parle avec beaucoup de profondeur de l'esprit de sacrifice et d'anéantissement. C'est la raison sans doute pour laquelle peu de personnes aujourd'hui •
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VIE DE If. OLIER.
eu fout usage. Mais avec le go ut de Toraison , la conuoissanced,u sens allégorique des livres saints, et cçtte vie pure qyi obtient rintelligence des mystères de Dieu, que les hommes du siècle ne peu-i vent comprendre, tout devient intelligible dans ce traitç , aussi propre à édifier et à toucUer, qua^ faire admirer les grandes lumières de son auteur.^
Le second ouvi:age de M. Olier est une Intro^^ ' d.uçUon à la vie gL aux vertu^ chrétiennes. On* croiroit, à en jugçr par le titre, qu'il ne renferme <{ue des instructions élémentaires sur les vertus du cbi:istianisme, et qu'il est fait pour des commençans dans les voies de la piété. C'est toute autre chose. Dès les pren;iiers chapitres, M. Olier^ titonne çt trompe en quelque sorte son lecteur, . ' en parlant; le la^ga^e le plus subUme. On s'aperçoit bientôt qu'il n'eqt jamais une connoissance médiocre du christianisme, et qu'à ses yeux un chrétien étoit une fidèlç copie de Jésus- Christ , ou, du moins un disciple qui en étudie continuellexnent tous les traits. D'après cette idée , qui devroit^ être aussi familière aux chrétiens qu'elle est étrangère à la plupart , il montre dès les premiers pas, a celui qu'il se propose d'instruire et, d^ former, une voie plus excellente que celle qui (;st enseignée dans les livres ordinaires. Ce n'est pas qu'il ne sût, comme saint Paul, bégayer pour les enfans quand il le falloit, et se faire tout à tousj on le voit dans le Catéchisme qu'il a composé pour sa paroisse : mais il paroît avoir fait V Introduction il la vie chrétienne y moins pour des commençans que pour les ames qui aspirent à la perfection. C'est pourquoi il s'y élève, comn^c saint Paul,
lorscfU^l £soit : j^vee les parfaits , 7102^.9 parlons
selon La haute doctrine de la saf^esse de Dieu{^).
Il en est méiua du troisième oa^i^age. de M. OUevi^ qui a poiivt^rei^ ÇMnh»inè chrétie pour la vie intérieure. Il y instruit par de* ixiaudea. et par vépquses. C'est appaiemmeat la raÎAQD pçwr laipielle il est amsi iotkule; car il fimt afvouer encore ici que te eoi ps dà Irae ne X'Opond ppint à l'idée (ju'on se forme ordinairenuent d'uB catéchisme, et qa'ep plusieurs endp^Hl^ ^ céqu'ilyenaeigoe'uivpassebporlfadu pliiagn^^ nombre des fidèles. Qu'on ne s'imagine pas touiflois qu'on uy rencontre que ténèbres et obseui^t^St. Tant lei^t^ujo;MpÀUie. dift^ ^jàaupràidf e )e» ouvrages dé aflÂÉtékHiéria»^ Traiie^de tAumur de Dieu y composé par saint François de Sales, le? Lettres spirituelles du P. Surin, les Ecrits de M. Bossuet où il ré£ute le livre des A^axirn»» des Saints de M. de Fénélou , et ceux do même» g^Ç^ qui parurent en ^1 and nombre dans \v siccl©
der^n^.^^'^^^ spîrilqaliité do»
la dc^ftrÎDo^do M i 61ier , y scm'ïikom«livéi^i q«e
dans ceux-là. Tout lioinme médiocrement versé dans la doctrine diei'l!lv£^p^|il^et la morale de -saii^t Pauly L'y reconuokra ptesqueà^quo f^^dûm: trouvera expliquée avec autant de elartrf ^ue ju;stessâ et çjLe solidité; car, en dernière analyse,^ <;'e«^àquoiaeràluit toute k»}ii|ltifik^ CÛi«a) Ceux qui s'en forment uiie»fawtre. i^pinioB^. roéi n'ont jamais lu ses ouvrages , ou sont moins (^APQ^ <|u^i|ia¥ices dan& le kjQga^«d« la. \iie iiin t^rieure^diri;: • . : j ?
Son quatrième ouvrage, sous le litre de Journée chrétienne j est une me'lhode pratique pour passer saintement la journée. On y trouve, avec des réflexions fort élevées, et quelques actes de la plus haute perfection, pour honorer notre Seigneur dans ses principaux mystères, beaucoup de règles, de maximes et d'exercices convenables, soit aux différentes actions de la journée, comme le lever, la prière , le repas , la conversation ; soit aux dillérens étals qui peuvent se succéder dans tout chrétien, comme la maladie, la convalescence, la sanlé, etc.
Le cinquième est le recueil de ses Lettres. J'ai déjà remarqué, dans la Préface, que M. Bossuet en avoit fait une mention honorable dans un des ouvrages qu'il publia sur la controverse du quiétisme. On peut les regarder comme un abrégé des maximes, des sentimens et des règles de conduite, qui se trouvent répandus dans ses autres .ouvrages. 11 y porte tous ceux qui veulent vivre dans la piété, à la pratique de l'oraison j il y enseigne souvent l'amour des croix et la patience dans les maladies, les revers et les ditférentes épreuves de cette vie. 11 y donne aux princes et aux grands des leçons de détachement du monde et de mépris d'eux-mêmes. Des engagemens qu'ils , ont contractés par leur naissance ou leur rang, et des autres avantages dont ils jouissent sur la terre, il tire de fort belles instructions sur l'usage qu'ils doivent faire de leur grandeur, de leur pouvoir et de leurs richesses. Il y exhorte les ecclésiastiques et les personnes qui ont embrassé la vie religieuse, à la perfection ^e leur état. Tout
y respire rabnégation, l'esprit de sacrifice et d'àneanlissenient^ car c'étoit comme sa vertu favorite et dominante. Mais il y discerne avec tant de sa- ^ gesse les voies du Seigneur sur les ames dont il lui a confié la direction, qu'il ne règle sa conduile à leur égard que selon les impressions de la grâce, dont il étoit attentif à suivre les progrès, et £elon le degré de perfection dont elles lui pa-, roissoi^nt capables.' ^h thh tui ni S r , , Le sixième et dernier ouvrage est V Explication dès Cérémonies de la grand Messe de Paroisse, La doctrine en est sublime et répond à la grandeur du. sujet qu'il y traite. On y admire particulièrenient, et plus encore que dans les autres livres, la connoissance profonde qu'il avoit des saintes Ecritures. On y trouve quelques explications qui paroissent un peu forcées et arbitraires; mais combien d^allusions semblables dans la plupart des écrits des Pères de l'Eglise ! Ils n'ont pas cru s'éloigner des vues du divin Esprit qui a dicté les saints oracles , en faisant un usage presque ' continuel du sens allégorique et accommodatif. Avec leurs lumières et kur esprit, nous serions plus modérés dans notre critique, lors(Jue nous lisons les auteurs modernes qui ont imité leur, langage. Le goût de la manne liu désert varioit i l'infini,., selon les dispositions et le désir des Israélites , pour qui 1rs ailges lavoient préparée : image de la. fécondité des sens renfermés dans le» livres. saints, et de la variété infinie des expU-^ caUoîis.qu?ils oflmit à là piété de ceux qui savent les raédilei*. Dans les faits et les cérémonies, tout est allégorie et mystère 3 c'est i quoi l'on ne lait
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pas aSsez d'attention, lorsqu'on blâme si légèrement Fusage des sens spirituels, et qu'on ne veut s'attacher qu'au sens littéral. Si les plus petites ce'rémonies ordonnées dans l'ancienne loi signilioient quelque chose de mystérieux, pourquoi ne seroit-il pas permis de trouver des allusions spirituelles ou morales dans celles qui ont elé prescrites :par l'Eglise, avec qui Jésus-Christ a promis d'être jusqu'à la fin des siècles , non-seulement pour l'ussister dans ses tiecisions doctrinales, mais encore pour la diriger dans la forme de ses rits ^ et dans le choix de ses cérémonies, qu'elle regarde comme un langage qui rte frappe les sens que pour éclairer l'esprit ^ élever l'ame et ï^ôtltr^^ la piété dans le cœur? Au reste, quâtid il iseroit vrai que M. Olier, dans ses explicâtions des cérémonies de la messe solennelle , eût don né. une trop libre carrière à ^on imirigirtalion , ofi né 'peut lui refuser le mérite d'avoir enrichi cet ouvrage de pensées qui donnent la plus haute idée du sacer-t dope et du sacrifice de la loi nouvelle. La préfacé en est admirable , et l'on ne peut guère te lîré , «ans se sentir porté à conuoître là doctrine dont elle est domme l'introduction. '^'^ • Quoique dans la plupart des écrite de M-. Olièr J <Ju'on a mis au ^our , le style sôit îls^e^. négligé; on ne peut s'empêcher d'y reconhoître ùn esprit élevé , riche et fécond en pensées sublimes et pleines de noblesse. Quelque répandas' qu'ils aient été pendant long-temps, ils trouveroient aujourd'hui, si l'on en faisoit une nouvelle édition^ beaucoup moins de lecteurs que dans le siècle où ils parurent 3 mais c'est le sort do toUs les ouvrages