‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 117 sur 205 · LIVRE VIT, CHA.P. I · texte numérisé non relu

LIVRE VIT, CHA.P. I

loit même qu'ils s'éloignassent de leur voisinage, s'il étoit possible, pour ne pas s'exposer à tomber dans leurs pièges.

A la persuasion de la Reine régente, le Roi vouloit qu'il quittât la cure de Saint - Sulpice , pour prendre celle de Saint-Jacques-du-Ha ut- Pas , ou qu'au moins, à son refus, un de ses prêtres l'acceptât. Le principal motif d'Anne d'Autriche, qui vdnoit de faire construire et de fonder le Valde-Grâce, où elle alloit souvent se retirer pour s'occuper plus particulièrement de son salut, étoit de l'avoir auprès d'elle, soit pour sa propre édification , soit pour celle des saintes filles qui composoient son établissement. Elle étoit comme assurée qu'avec un guide aussi ferme dans la foi et aussi habile dans l'art de diriger les consciences, l'esprit de ferveur et de soumission s'y conscrveroit. /

Une personne de considération qu'il dirigeoit, s'étant laissé gagner par le parti naissant, il lui écrivit en ces termes : (( Je ne puis, ma très-honorée » fille, vous exprimer la douleur de mon cœur, » et la confusion de mon ame sur la nouvelle que » j'ai apprise. *0n m'assure que vous entretenez » une correspondance particulière avec MM. les )) Jansénistes, et que vous leur témoignez, par vos » lettres , un grand zèle pour le soutien de leur » société. J'ai combattu plus de huit mois, avant » d'ajouter foi aux divers avis qu'on m'en don- » noit, me fiant plus à vos propres assurances, » qu'à tous les témoignages contraires ; mais de- » puis peu les preuves m'en ont été communi- » quées avec tant d'évidence, que je ne puis plus

VIE DE M. OLIEH. '

>, en douter. Ma très-chère fille, que vous plaît-il » que je fasse pour vous, si vous avez perda ,) créance en moi? Vous jugez bien que je vous ,) suis à charge et inutile. On ne peut pas servir - )) deux maîtres , dit notre Seigneur , ni obéir en w simplicité à deux personnes opposées dans leurs n sentiraens et dans leurs maximes.... Je sais bien . )) que la charité de Jésus-Christ est entière dans » mon ame pour vous aider et vous servir ; mais » je doute fort que je doive exposer davantage » votre cœur à la duplicité de sa confiance et de » sa soumission. Je puis vous dire qiie jamais je » uai abandonné une ame que Jésus-Christ m'a » confiée, et que j'ai toujours été soigneux de lui » ôter tout sujet légitime de s'éloigner de nioi; » tant je respecte les ordres du divin Maître. » Mais aussi quand je vois une ame marcher par » deux chemins différens , et joindre la finesse » au déguisement^ après lui avoir fait connoîlre » mes intentions et mes pensées , je la laisse aller » dans ses voies , sachant qu'elle ne peut suivre » un plus mauvais parti que celui du mélange en » sa conduite, surtout si elle penche davantage » du mauvais côté. Ma très-chère %t très-honorée » fille , si vous me promettez en Jésus-Christ de » n'avoir plus aucun commerce avec ce parti, » qui fait aujourd'hui un schisme formé dans » l'Eglise, et qui malgré l'autorité supérieure » s'obstine à défendre les nouvelles opinions, je » puis vous assurer en notre Seigneur, que je vous > rendrai tous les devoirs et tous les services que » vous pouvez attendre de ma condition. Mais il » ne m'est ni possible ni permis de servir les

tlVEE VU, CMAP. I.

n âmes qui se jettent en un parti contraire et inr » jurieux à l'épouse de Jésus -Christ, la sainte w Eglise, dont il souffre les plaies et les outrago« >» avec plus de douleur que celles qu'il reçoit en » sa propre personne. ^ Que diriez- vous, ma fille, de personnes qui » avancent que l'Eglise est dans Terreur, et qu elle )) se nourrit d'hérésies ; qui prétendent venir » pour la réformer, et qui, au lieu de combattre » ses ennemis pour les convertir ou pour les exr w terminer , clabaudent incessamment contre leur >) mère , lui déchirent le cœur, et la divisent aveç » une désolation non pareille? Vous ne voyez 7) rien où vous êtes. On ne vous envoie que dif }) beaux livres, comme ceux qui vous recomnian- M dent l'aumône, parce que vous y êtes portée. » Sous les prétextes les plus imposans, ces Mes- ») sieurs négligent les œuvres les plus essentielles, » pour établir leurs malignes opinions, mépris » sent tous ceux qui n'y entrent pas, les qualifient ))*mémc d'hérétiques et de schismatiques. Parce » qu'on prêche que Jésus-Chriat est mort pour » tous, ils en sont scandalisés. Ils osent bien se » plaindre et murmurer tout haut dans lea » églises , comuie ils firent dans la nôtre il y » a trois jours. Bref, en tous leurs procédés ils M donnent des. signes effroyables de passion, d^ colère et de fureur qui font frémir. Mà filie, » il ne faut pas croire à tout esprit, comme dit >) saint Jean, ni surtout, comme dit saint Paul,^ » aux maximes singulières et nouvelles. Prenez-y » garde, les erreurs se sont toujours giishées dans » l'Eglise sous le masque de la rélôrmc. Les dcjr-f

34o - VIE DE M. OLIEK.

» niers lieréllques prétendoient que leur doctrine » etoit celle de la primitive Eglise, fondée sur la » parole de Jésus - Christ , accompagnant leurs )) discours de grandes aumônes, et annonçant » partout une rélbrmation de mœurs qui l'empor- )) toit sur C( lie même de? l'Eglise. Quand on leur » demandoit : Qui vous envoie ? Personne , répon- » doicut-ils ; c'est nous-mêmes : et lorsqu'on ajou- 1) toit: Où sont donc les marques àe cette mis- » sion extraordinaire? quelle approbation avez- » vous du saint siège? ils ne répondoient rien, » parce qu'ils ne pouvoient rien répondre : et » néanmoins ils ne laissoient pas de continuer à .» débiter leur doctrine, sans mission , sans l'ap- . » probation de leurs supérieurs j condition abso- )) lument nécessaire , et qui l'a toujours été dans » l'Eglise. Saint Paul lui-même, tout apôtre qu'il » étoit, prit les ordres de saint Pierre. JNon, » sans la soumission, il n'y a plus rien d'assuré. Je » vois enfin dans les personnes qui vous ont attiré ' » à leur parti, tant d'opiniâtreté, d'emporte- » ment , de mépris de tous ceux qui ne pensent » pas comme elles , tant d'estime d'elles-mêmes » au préjudice du fcorps de l'Eglise et du com- . » mun des fidèles, que cela m'effraie poûr vous. » Gardez-vous donc de ce levain dangereux; et » quelque belle apparence que vous remarquiez » dans ceux dont je parle, éloignez-vous-en au )) plus tôt, pour vous attacher uniquement à Jésus- » Christ et à la pureté de la foi, qui sera toujours » la même dans l'Eglise , parce que Jésus-Christ » sera toujours avec elle ». J'ai rapporté cette lettre presque en entier, parce qu'on y Noit, d'une

^ ' L.IVRB VII, CHAP. I. ' 34.1

part y rattftdiAiiieiit de. M; Olier à la doctrine de l'Eglise, et 4a droitare qu'il mettoit dans toute sa conduite^ de l'autre, lesprit de duplicité elles voies artificieuses de l'isiëresie^ toujoojm setitiblable i eUe^-méme. '

• lUeiiavoit donnë à son serviteur une telle aversion des nouvelles erreurs , que s'il lui tomboit entre les mains quelque livre qui en fut infecté» quelque eaohé que fût le poison, il se sentoit comme repoussé intérieurement de la lecture de cet ouvrage, et ne pouvoit même pas y arrêter la vue; impression qu'il regardoit comme un dba particulier àtat Seigneur , qui vouloit par-là le pré- Berver de tout ce qui auroit pu mettre sa foi en danger.

. Le duc^et la daphesse de Liancourt, ses parois* siens ^ et M. de Scbomberg, venoient de se lier

avec les chefs du parti • il lit faire des conférences en leiv pr(ésence.,pour les en retirer. Il prit la inéme Toie pour ramiendr |f • Tabbé de Bourzeis^ et il' eut la consolation d'y- réussir. Il se joignit à M. de Breton villiers pour fournir aux frais du voyage des trois docteurs députés à Rome ^ et du •^sé\q^T qa'iU y firent pour plaider en faveur de la bonne doctrine^ et solliciter le jugement du saint siège contre les nouvelles erreurs.

iiSL dernière prédication qu'il fit dans son église^ avanU la npaladifi qui l'obligea de. renoncer & sa 4ïore^ fut un discours plein de force contre le progrès que les nouveautés faisoient tous les j^ours dan^ la capitale^ et contre toute ppînion répflrouv.ée par r£glise« Il y iassembla tout ce que put lui. sug* • gérer son zçle ^ pour afl'crmir son peuple dans

Page 1