‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 122 sur 205 · LIVRE VII, CHAP. ÏI · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAP. ÏI

tout à # volonté suprême, il eut à peine fait cette' prière qu'il la rëtracla , et s'en repentit comme d'une grande lâcheté. Le sacrifice qu'il lui avoit fait si souvent de sa santé et de tout son ctre , il le renouvela, sans aucune restriction, les larmes aux yeux et la componction dans le cœur.

S'il est rare de voir des a mes aussi dépouillées que le fut, pendant deux années entières, cella de M. Oiier, de tout appui et de toute consolation sensible , il n'est pas moins rare de trouver un abandon de soi-même à la providence, à la sagesse et à la bonté divine, aussi universel que celui qui le soutint dans toutes ses croix ; abandoa qu'il sut pratiquer dans toutes sortes de conjonctures, et que Dicé sembloit prendre plaisir à établir ou à récompenser en lui par les traits • les plus sensibles d'une assistance toute parti-^ culière.

Un des obstacles à la confiance que Dieu voudroit trouver en no^s pour l'exécution de ses desseins, c'est l'empressement et un désir trop ardent de voir nos entreprises suivies du succès. Lorsqu'après un séjour de huit mois dans la ville de Chartres, pour y fonder un séminaire, M. Olier, loin de réussir, se vit abandonné de plusieurs de ceux qui s'étoient attachés à lui, il auroit cru, s'il n'a voit eu qu'une vertu commune, ne devoir consulter que la prudence humaine, et y renoncer comme eux; mais il savoit que Dieu a ses momens, et que souvent, après nous avoir demandé un service, il fait naître des empéchemens pour nous éprouver, ou rompt lui-même nos mesures, pour nous apprendre à ne pas regarder son œuwe comme la nôtre. Appuyé sur ce grand principe de conduite, dont

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il voyoit (les exemples saus nombre dau^'Ecri-" ture et dans les histoires des saints^ jamais il ne^ p«'dit de vue le projet que lui avoit inspiré Fespril; de Dieu, par la bouche du P. de Condren, son directeur^ et des obstacles mêmes, il sut tirer les moyens de le faire réussir : car il n'abandonna le lieu où il avoit fait inutilement ses premières tentatives , que pour profiter d'une ouverture biei\ plus favorable, que la divine providence mena-» geoit à Paris, où rétablissement eut bientôt Iq plus grand succès. Aussi, depuis ce temps-là surtout, on Tentendit souvent bénir le Seigneur des soins admirables qu'il prenoit de ses servi teursi dans les plus petites choses, et recommander l'a-» bandon de ses intérêts les pluSs cbers à son infinie bonté, comme le plus sur moyen de réussir dans tout ce qu'on entreprend, w II semble, disoil- » il à ce sujet , que tout le monde soit fait pour » ceux que Dieu veut favoriser de ses grâces. Et » comme sa puissance est sans bornes, comme » sa sagesse et son amour sont inépuisables , il » supplée à nos besoins avec d'autant plus d'a-

^» bondance, en allant beaucoup au-delà de nos désirs et de nos efibrls , que sa puissance et

t» sa sagesse , ainsi que son amour , surpassent » les nôtres, qui ne sont plutôt qu'impuissance, » que folie et aversion de nous-mêmes; laut nous » savons mal conduire toutes choses à une heureuse fin. Il est vrai que depuis qu'il a plu à la bonté » de Dieu m'cnseigner ce divin abandon , loiu que » rien m'ait jamais manqué, au contraire, tout a

7) travaillé pour moi. U semble qu'on craigne d^ » ne pas m'obliger assez tôt. Ceux mêmes qui » sembloicnt plus réservés à mou égard, sont au-

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^ V jourtVliui les plus prompts et les plus portés à » m'offrirtoutes les commodités nécessaires. C'étoit » à quoi la divine providence me préparoit, lors- » que le Seigneur me retiroit toutes les créatures. » 11 m otoit tout appui , pour m'apprendre à mo » reposer sur lui seul . .

Dieu se plaît à prévenir jusqu'aux moindres désirs de ceux qui mettent en lui leur confiance; et ce n'est pas une petite consolation, pour les ames qui étudient ses voies , de reconnoître presque à chaque pas, de nouvelles traces de sa bonté, comme si elle étudioit elle-même nos plus petits besoins , et se tenoit ton jours» prête à venir à notre secours. ^ • C'est ce qu'on verra dans le trait suivant , qui ne paroîtra minutieux qu'à ceux qui ne savent pas mettre de prix, où la sagesse divine ne dédaigne pas d'en mettre en faveur des justes. On y verra aussi la sainte familiarité dont le Seigneur permet d'user avec lui , à ceux de ses enfans qui le servent par amour. « Dernièrement, dit-il, étant sorti » de la maison pour aller voir un malade, et me » trouvant sur le chemin de Vaugirard, j'étois en » peine si j'irois visiter nos clercs à la campagne, » pour les instruire , selon la pensée et le désir que » j'en a vois. Je craignis d'y aller par mon propre » esprit et par ma volonté. Je craignois encore » de donner de l'inquiétude à nos Messieurs, que ») je n'avois pas avertis de ce petit voyage. Dans » l'incertitude où j'étois sur ce que j'avois à faire, » je m'élève à Dieu et je Uii dis : Mon bon maître, » si vous trouvez bon que j'aille jusque-là, vous » m'enverrez quelqu'un qui puisse en porter la » nouvelle à la maison. J'ai fait à peine quelques

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)) pas, que le curé de Vaui^irard vint à ma ren- ^ » contre. Il alloit à Paris. Averti intérieurement V que Dieu m'avoit ménaçjé cette heureuse con- . )) joncturc, comme s'il Teul envoyé à dessein de )) me tirer d'embarras , je le prie de donner avis^ » au presbytère, delà visite que je faisois à nos-* » jeunes clercs. Il se chargea de la commission , et » l'exécuta fidèlement. Ce petit événement où : » beaucoup d'autres n'auroient vu que ce qu'ils )) appellent un heureux hasard , fut pour moi )) une consolation. Je ne pus voir le soin que prend ;» la bonté de Dieu, d'assister ceux de ses enfans •„ » qui désirent faire sa volonté en toutes choses, » ' » sans me sentir encouraijé à entreprendre mon )) pèlerinage , et sans y trouver un nouveau plaisir.

M Ce que fait ce tendre père, ajoute M. Olier, )) pour la conduite extérieure, il le fait encore » pour nos besoins intérieurs. Autant j'élois dé- » laissé de son divin esprit , pendant mes deux * i 7) années de tribulation , autant j'en suis secouru / V et assisté aujourd'hui : autant il me tenoit dans i ^) l'obscurité, autant il me découvre de lumière; . » autant il me faisoit essuyer de rebuts , autant . » il me fait sentir les douceurs de sa présence ; « :» enfin, autant j'éprouvois de sécheresses et d'ari- ^ >) dilés, autant je goûte les onctions de sa grâce: ^) et dans tout cela son dessein est de me faire -» connoître que, depuis le péché originel, nous » ne sommes de notre propre fonds qu'attache à )) nous-mêmes, qu'impuissance à nous élever vers » lui, qu'inquiétude, que légèreté^ que misère, » qu'aveuglement , pauvreté , néant et péché ; » tandis qu'avec le secours de sa grâce, nous

' .. • .%)) sommes

lIVftE VIT, CB». IT. 3S3

}} sommes toujours élevés^ toujours appliqués , » toujours unis à Dieu ^ et q[ae nous ne pouvons » que par lui , qui' est' lumière ^ afrdenr^ ooction , » paix , fermeté , amour^ Jlout bien en un mot, et • .M le seul vrai bien ». ^ i ;A *

JLm peiÊÈèa intérieures; par où Diéd plirifia le (!Sœur et perfectionna la édnfiance de son serviteur, succédèrent, quand il fut curé de Saint-Sulpice, les croix dont on a parlé dans le quatrième livre; A péiiie «iitr«l: fait les premiéri essais du niinisNtère pastoral, qu'il eut toutes sortes d'ennemis à repousser et d'obstacles à aplanir , pour faire r^mvre qm9)Dieu venoit d'abandonner èi son vtèl^. >

toujours

^contre tout <ie qui eût été capable daflbiblir son courage et de le faire retourner en arrière. Une personne de piété lui repréientoit qu'il seroit bien difficile d?élablir dans sa* paroisse l'ordm qu'il csperoit d'y mettre, et de déraciner les abus qui yrégnoient. « Hâas, répondit^il^ il faut donc MitiOÊè^iéfàÊ^^ icar ou

» ponflàKc>èÉrTirftoi^^ contradiction ?

» Non, il ne faut pas tout quitter pour les )) grandes difficoltos. qu'on y ij^ncontite^ jtirâr se, m jeter plus feei«gife% ti^ |our y trouver h" •» fiwpce et le odnmgeè Si'^HimiMs attaque, il nous » défendra ; si Ton veut mettre opposition à nos ^^eiuires^ il inendra à notre secours^ et ce ijùe ^ nous sbuimes^incapaUes d« firfre par nos pro« * pPBS forces, il le fera lui-uieme en nous et par » nous. Il n'est pas moins fort dans ses mem- M bres,;quaiid'oa le laisse «gir^ qt^il ne* Tétoit

» dans sa propre personne ; il ne faut que l'avoir » bien établi dans noire cœur »,

Celui à qui il avoit tenu ce discours lui dit : « Hé bien, Monsieur, préparez-vous donc à bien » souffrir. — Ce sera ma joie et ma consolation ,^ » reprit-il; il y a long-temps que notre Seigneur » m en donne le désir et l'amour ».

Dans un autre endroit , après avoir rapporté ce qui se passa dans son ame le i.^*^ juin i644 ? « représentant à Dieu , dit-il , l'extrémité où je me » voyois réduit au milieu de tant de conlradic- » tions et de renversemens ; lorsque je croyois » tout perdu, je me trouvai tout-à-coup entière- » ment rassuré. Il me fut répondu que malgré les » traverses et les obstacles , il falloit travailler » sans jamais se rebuter; que les œuvres de Dieu » ne se faisoient pas autrement dans le monde ; » qu'on ne devoit y attendre que troubles, com- » bats et agitations ; qu'on ne verroit tout pai^ » sible et parfait que dans le ciel; que la terre >» enfin étoit un lieu de tentation, où il falloit être » à l'épreuve de tout, souffrir à toute beure mille » contre-temps , et qu'à chaque pas , dès qu'on » vouloit faire le bien, l'on trouvoit de nouvelles » contradictions ; mais qu'elles nous servoient à )) honorer Dieu par le sacrifice continuel de nousi) mêmes et la confiance en la force de son bras ». .

Aussi dès qu'il étoit assuré qu'une œuvre seroit agréable à Dieu, rien ne pouvoit l'ébranler. On a vu souvent des personnes d'autorité s'opposer à ses entreprises, user même de menaces pour le contraindre à les abandonner; c'étoit

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