‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 125 sur 205 · LIVRE VII, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAP. III

w dernier soupir. C'est en cette qualité que dans ce » saint temps de carême , je vous fis vœu de ser- >) vilude i\ y a. un an. Aussi, comme j'élois conti- » nuellemeut persécuté et tourné en dérision , soit j) par quelques-uns du dedans, soit par des per- » sonnes de conditiorr du dehors, je prenois plai- » sir, mon Dieu, à me présenter devant vous ea i) qualité d'hostie, et à vous dire : O le Dieu de » mon cœur , que tout ceci serve à mon sacrifice. » Ne m'épargnez point ; coupez , brisez , mettez w en pièces la victime ; retranchez-moi tout hon- » neur et toute estime, et arrachez-moi tout ce » que je pourrois prétendre sur la terre; c'est tout » que de vous aimer ». .

.. . Après avoir entendu M. Olier parler le langage des plus grands saints , on ne sera point étonné que le feu de l'amour divin ait souvent opéré jusque dans ses sens les impressions merveilleuses dont nous voyons beaucoup d'exemples dans les vies d'un saint Piiilippe de Néri, d'un saint François Xavier, d'une sainte Thérèse, etc. Comme il se proraenoit un jour après le dîner , et s'entretenoit de Dieu, (car il ne connoissoil point d'autre récréation) il sentit son cœur si brûlant, et se trouva saisi d'une chaleur si extraordinaire dans sa poitrine, qu'il fut contraint de s'arrêter tout-à-coup, de peur de s'évanouir, ou d'essuyer quelque autre ac- .cidentqui eût passé ses forces. « Jen'avois encore, » dit-il, rien éprouvé de semblable : le feu qui me » brûloit alors est bien autrement pur et actif )) que le feu naturel. J'avois beau chercher à me » rafraîchir, eJt changer d'air -, remède inutile : lair

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» le plus sain et lè plus frais ne soulage guère en )) pareille rencontre ». . ^ , -

Ce feu intérieur trouvoit de quoi se nourrir et s'accroître dans les paroles de la sainte Ecriture dont il étoit rempli. « Seigneur, dit David (0 , » vos oracles sont autant dé charbons ardcns, et » votre serviteur en fait ses délices ». Tel fut à la lettre le sentiment qu'éprouva M. Olier, en méditant les paroles du prophète Osée, que cite l'Evangile : J'ai appelé mon Fils de la terre d'E^ f^jptc (^). Dieu lui fit connoître que saint Joseph a voit été , à l'égard de notre Seigneur , ce que fut autrefois Moïse à l'égard du peuple d'Israël; c'est-à-dire, que comme Moïse avoit retiré de l'Egypte ce peuple qui étoit le Fils de Dieu en figure, et que l'Ecriture même compare au Fils de Dieu jusqu'à le dire égal à lui (3) ; ainsi Jésus- Christ avoit été retiré de celte terre par saint Joseph. Cette conduite si paternelle de Dieu sur son peuple , qu'il chérissoit comme l'image de son Fils, le ravissoit. Il y trouvoit des motifs de l'ai—, mer, qui agissoient si vivement sur son cœur, qu'il ne savoit comment les exprimer. A ces marques » si visibles , disoit-il^ de la bonté de Dieii, \e me D trouvai si fortement convaincu et si vivement •» pénétré de son amour; je me sentis si rempli » de sa grâce, que je fus réduit à crier tout haut

pour soulager mes sens ; car je n'en ponvois •» plus. Cette faveur me fut accordée, après que » j'eus prononcé ces paroles de mon office :

(') Ps. cxviM. i4o. (0 Osée. xi. i.Matt. ii. i5.

. (5) Quem coiequasti primogenito ttio. Eccit. xxxvi.

/ - nediclione

tlVllE VII, CHAP. 111. 3(i9

^ nedtelione perpétua benedicat nus' » nus. La maiii libérale de Dieu versa sùr àipi « ses dous avec lant d'abondance, que pondant » un qûart*d*heupe oa 4avantage, je ne fis qu^ » pleurer, soupirer, crier et répéter : O 'amout^ô » amour, que fera i-jc pour vous? Pourquoi m ai»

mez-ivous tant? et pourquoi tant de grâces? >i O amour! soyez béni. Mon Père, yiie ferai- je ? >i dites ^/autM mourir? 6 mon tendre Père! me )) voilà tout prêt. Mourir mille et mille fois , }} ô mon amour ! mon bien^aimé ^ mon tout pour

Jamais. Dans l'état de peine où j'étpi^ pour;.

me soulager , après avoir fermé la poTte de ma » cbambre, de peur d'ëlre entendu, je me jelai )) sur mon lit, tant Tassant étoit excessif et pas'» y» soit mes forces. Hier au soir je comikiençai 4| » sentir les mêmes impressions ; mais mon bon » maître les appaisa, pour me donner la liberté » d'écrire ce qui m'avoit été commandé »•

C^éioit surtout au pied des autels, que M. Olier se sentoit attiré à parler à son Dieu le lani^^ai^^e de l'amour le plus tendre et le plus fort. Après avoir consacré le jpùr à t^ijîi|ll^ pour notre Seigneur, il eût désiré pia^p t^tiirjjèa; nui en oraison devauL le très-saint sacrement, afin d'y répandre 4en liberté tous les sentimens que la charité nour^. tissoit dans son oœur- « Si mon père spirituel, » disoit-il, ne .veut pà^me permettre de, jouir dé » cette glace si long-temps désu ce , pour tous les ^> jours de. ma vie, je lexonjure au moins de cooi» >> sentir que ce soit pour quelques jours. Gpoçnbieç » de fois l'ai souhaité d'être lampe pour con^tàer » ma vie, comme .celles qui brûlent jour et nu il

' Digiiizeo by GoOgl

Vir DE M. OLIER.

» dans les églises, à la gloire de mon Jésus, et )) passer les nuits entières dans sa compagnie >».

Ce qu'il désiroit si ardemment de devenir pour satisfaire son amour, il Tétoit réellemont devant celui qui voit les cœurs à découvert. On voit , à chaque page de ses écrits , que son ame étoil une lampe qui jetoit continuellement des torrens de flammes, moins semblables à une lampe qu'a une fournaise. « Ce matin, écrivoit-il en 1G46, (temps » à peu près où il cessa de mettre sur le papier V tout ce qui se passoit dans son intérieur) ce » matin , la divine miséricorde me faisoit ressentir » une grande ardeur dans l'oraison. Je me suis » trouvé surpris d'un feu pur et d abord insen- » sible, mais très-actif et très-puissant, qui s'est H répandu ensuite dans tous mes membres, et » qui me faisoit aimer Dieu dans toute l'étendue » de moi-même; car il me sembloit que lamour » agissoit en moi jusques à l'extrémité des pieds .» et des mains : tant le sentiment de la pré- » sence de Dieu , que j'aimois , m aflectoit tout » entier : amour répandu cbins toute mon ame, » qui airaoit dans tout et partout ce qu'elle animq. » De là un désir ardent de souffrir des peines in- » concevables pour Dieu , d'endurer la mort en cent \ » mille manières et en cent mille corps différens. » Je ne Irouvois rien d'assez parfait pour un Dieu » si grand et si bon. Je sentois en moi-même une i) force qui me faisoit dire, comme saint Martin : » Médius hostium cuneos penelrabo : J e passeroi* » au milieu des escadrons et des ennemis de Dieu. » Cet amour n'étoit point un amour de tendresse, )) mais de magnanimité. Laciiair voubity prendre

» sa part; inais toat aussitôt Tame se retiroit en . » Dieu et clrnieuroit en sa vertu. Me trouvant » alors en cet amour par la miséricorde divine »à qui je 4emaadoia mèes^tnment ce quelle ^ » voulbit deitei ipbàr son l:-!ise, ( car je jiie prë- » scntois toujours à Dieu comme une hostie » quoique très - indigne ) les p^nes qaé f 'avoii M ressenties pendant qainsiè jours , jè vis qu^elles D nVtoienl qu'une pre'paration à cet amour plus » parfait, qui vouloil me dépouiller de toute ci*4(|(4\ n ture et même de tout soconriT s{»ii&tnel de lâ » des honiinrs , pour ne vî?re plus qu'en ^ )<-0îeu , et èliirclicr toutes eljosrs uniquement en » lui. L' s couversalions de pietc jue devenoieut » interdites, non poûr in'oter la <çb|âilë du pro- » chain, mais au contraire pour nnanir k lui plus «étroitement et plus purcraeatj car plujs|e ln^ » scparois de toute créature et dé toute ebnittiu^ h nîcation Spirituelle, plus je m'attachois en Dieii » aux saintes âmes dont je in^élofgnois SénsibU - » ment, et plus j aimois Dieu eu elles. Cette so- » ciété, ou plutôt cette unité en Dieu ne pèût sê » comprendre , sans Tavoir expériinént^. 'Êilé M tient de k'eiiMttfitt«tOft*aé^ dans le ciel

» où ils aiment Dieu les uns dans les autres, pat » cette consommation, qui de tous les ciBqirst^^: » feit qu'un même cœur ien'Diai /lenr tie k leu/

fi^Vst co pur amour de Dieu », continue M. Olier, dans le laui^age sublimé qtlé Mgti^^i^ «pire à qui il lui plaît, ce îfëàrfui ^ui ^ti^efé^ » ame» '^ijnj^A^ent liées entre elles sur la terre ; » sans que ni le corps, ni la chair, ni les sens y

» entrent pour rien. Plus elles sont séparées, plus » elles ont de charité et sont étroitement unies; )) parce qu'étant moins répandues hors d'ellès- » mêmes, elles sont plus concentrées en DieUé^ » Comme à la faveur de celte retraite , elles ne » s'épanchent point en afîections humaines et » naturelles , leur union est infiniment plus pure » et leur charité plus forte. O merveille du saint )) amour, qui prend sa source en Dieu et qui se )) consomme en Dieu! amour paisible et invinci- » ble tout à la fois ; amour libre et sans mélange » d'amour-propre; amour qui est la vraie vie de » noire ame. Cette charilé toute céleste de Dieu, » qui est Dieu même en nous, ddate tellement » notre cœur, q t'il est prêt d'embrasser le monde » entier, comme s'il tendoit les bras à toute créa- » ture pour faire du bien à tous les hommes. » L'ame ainsi dilatée cherche à porter dans les autres le feu dont elle brûle, pour les remplir du pur amour 5 ou plutôt, elle n'est qu'une avec » elles; elle demeure cachée en elles par son union )) intime avec Dieu présent et agissant dans les » ames, s'efforçaut, par l'ardeur de ses désirs et )) de ses prières, d'y allumer la charité dont elle- -)) même se sont embrasée ». • Quelque étendu que soit déjà l'endroit des écrits de M. Oiier où sa plume a rendu les sentimens de son cœur sur la charité , il m'a paru trop édifiant et trop instructif, pour ne pas en rapporter au moins les principaux traits; et celui que j'ajouterai encore ici, ne le cède point à ceux qu on vient de lire. « C'est, dit- il, un grand malheur pour » l'Eglise, et pour toute compagnie attachée à

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