‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 13 sur 205 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

toujours à pied , à l'exemple de leur maîlre. On conçoit que pour un homme de sa condition, et affoibli de'jà par l'usage des remèdes, un voyage de cinquante lieues étoit plus qu^il n'en falloit pour l'épuiser dès les premières journées ; mai» ses entretiens continuels avec Dieu et Marie le soutenoient et le soulageoient , jusqu'à lui faire oublier en quelque sorte la fatigue du corps» Tantôt il récitoit le Rosaire, repassant à chaque dixaine les différens mystères qui y répondent ; et ce n'étoit jamais sans un attendrissement de piété, qui plus d'une fois lui fit verser des larmes en abondance : tantôt il se délassoit en composant, à la louange de la Reine du ciel, des cantiques, qui ne montroient pas moins la beauté de son génie , que les ardeurs de sa charité. On regrette de ne pouvoir en rapporter ici quelques fragmens. * Comme on paroissoit un jour faire beaucoup de* cas des pieuses poésies qui étoient le fruit de sa dévotion à la très-sainte Vierge, sa modestie en fut alarmée^ et de peur que de nouveaux éloges ne fussent pour lui une tentation de vaine complaisance, il les jeta au feu , disant qu'il ne falloit rien conserver de ce qui pouvoit nous faire croître dans l'estime des hommes.

Plus il approchoit du saint lieu où il étoit déjàri en esprit, plus il éprouvoit de consolations intérieures j ce qui lui donna une nouvelle confiance^ que Dieu agréoit le pèlerinage qu'il avoit entrepris, et les fatigues qu'il supportoit pour son amour. Mais au moment où son ame jouissoit de ^ la plus profonde paix , et lorsqu'il lui resloit encore une journée k faire , il fut attaqué d'une'

l9 TIE DE M. OLIER.

Xin. violente fièvre, qui le contraif^nit de s'arrêter, '^d'uue^ De'livré d'un premier accès, il crut retrouver ^lentrfic- toutes SCS forccs dans le de'sir qui le prcssoit d ar-* ^ yrê. river au terme de son voyage ; elles ne répondirent

\ point à son courage j il ne put s'y rendre qu'en se

traînant pour ainsi dire sur la route, tant il se trouva afFoibli dès la première lieue. Aussitôt qu'il fut arrivé à Lorette, ceux qui l'accompagnoient s'empressèrent d'appeler un médecin pour lui donner du secours; mais il leur témoigna de son côté tant d'empressement d'aller se prosterner aux pieds de l'image miraculeuse de la sainte Vierge, qu'ils n'osèrent y mettre obstacle. Il s'y transporta donc peu de momens après son arrivée dans la ville, et c'éloit la que Dieu lui a voit préparé le remède qui devoit opérer sa guérison. ^î^' A peine eut-il mis le pied dans la grande église ,

cliapellc de* au milieu de laquelle se voit la chapelle de la sainte jLoreiu. Vierge, « car je n'osai pas, dit-il, entrer ce jour- » là même dans celte chapelle, n'ayant pas été à » confesse « , que son ame se sentit comme inondée de bénédictions intérieures : aussi conçut-il , plus fortement que jamais, la résolution de ne plus partager son cœur entre Dieu et le monde; résolution qu'il offrit à notre Seigneur par les mains de sa très-sainte Mère, avec tous les sentimens de la foi la plus vive et de la dévotion la - plus tendre ; car pendant qu'il répandoit son ame flux pieds du Fils et de la Mère, ses yeux fon- ^ "^doient en larmes. Jamais il n'avoit éprouvé d'une

manière si sensible les faveurs et les caresses dont ^ le Seigneur daigne favoriser, dès cette vie, ceux qui réclament avec coafiance la médiation de Ma*

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