LIVRE VII, CHAP. IV
)) pressant , à celte seule marque fait voir qu'il » est vide de l'esprit de Dieu , par qui Jësus- » Christ a été envoyé pour annoncer aux pauvres » le royaume des cieui if^Evangelizare paupe^ » ribus misit me. Quels cris de désespoir ils feront » entendre au dernier jour, à la voix des pauvres » qui leur diront : Nous avons eu faim de la » justice j et nous n'avons hrouvé personne pour » nous rassasier. Si Jésus- Christ doit punir » avec tant de sévérité ceux qui auront refusé » laumône temporelle , quel sera donc le chati- » ment de ceux qui n'auront pas fait Taumône
» spirituelle »!
çrPour servir indifféremment le riche et fc pauvre, M. Olier vouloit que, dans les œuvres de charité, on n envisageât que Jésus-Christ, puisqu'il est dans tous les deux; qu'il est même plus parfaitement caché sous les habits vils et grossiers du pauvre ; et que son salut est aussi cher à Dieu que celui du plus grand prince de la terre. Il disoit enfin que l'instruction des pauvres devoit être quelque chose de bien noble, puisque notre ' Seigneur l'avoit donnée comme un des caractères qui dévoient le faire icconnoitre pour le Messie, en disant : Allez et rapportez ù Jean ^ue les paU" vres reçoivent de moi la parole de VEvungile (0. Aussi M. Olier les caléchisoit avec prédilection , et n'épargnoitrienpoureux.Ualloitles chercher dans les trous des rochers et des montagnes, comme dans les lieux les plus rians et les plus agréables. Avec lefl • ignorans , il étoit aussi patient et montroit autant de paix qu'avec les esprits les plus péuélrans. Si
Matt. \i. > - / . - . ^. . ' ^ / •
6gb VIE DE H. OLIER.
une première ou une seconde instruction n*avoit pas été suffisante pour leur enseigner ce que tout chrétien ne peut ignorer sans être hors de la voie du salut, il y revenoit jusqu'à ce qu^il les vît assez éclairés pour n'être pas exclus du royaume de Dieu. Les difficultés qui auroient fait abandonner l'œuvre à beaucoup d'autres, loin de ralentir son zèle, ne faisoient que l'enflammer davantage. Il disoit alors que nous devons trouver notre joie dans les choses les plus pénibles, comme notre Seigneur avoit pris son repos dans les amertumes et entre les bras de la croix; ajoutant que c'étoit^ surtout en ces occasions qu'il falloit témoigner notre îffnour au divin Sauveur, dans la personne des siens, -r » ^
Les persécuteurs du saint prêtre n'éprouvèrent pas moins l'étendue de sa charité que ses meilleurs amis. Bien loin d'avoir aucun ressentiment contre eux, il les combloit d'honneurs et de bienfaits, suivant, comme par une inclination naturelle, le précepte de l'Evangile, Faites du bien a ceux qui vous haïssent. Un de ceux qui avoient sus-, cité contre lui la sédition dont j'ai parlé au quatrième livre, étant tombé malade, et se voyant dans un état où l'on no pouvoit guère méconnoître la main de Dieu, il le visita avec plus d'assiduité et d'empressement qu'aucun autre de sa paroisse. Une . personne qui l'ayoit cruellement calomnié se trouva engagée dans une affaire qui ne pouvoit manquer de hii causer de grands chagrins et beaucoup de dépenses. A peine en fut-iJ instruit , qu'il fit pour solliciter en sa faveur les démarches les plus promptes: et comme on lui
Digitizc
Livnfe vu, cfiÀv. IV. 3î)7 demanda ce qu'il falloit dire aux juges; « Dites, » je vous prie, répondit-il, que c'est une per- » sonne à qui j'ai de grandes obligations ». Après avoir rapporté, da:ns ses Mémoires, ce reproche échappé à quelqu'un de sa compagnie, dans les jours de ses grandes épreuves : Pour vous j allez ou vous voudrez, nous fit avons pas besoin de vous ; il ajoute : « Le sentiment d où étoit partie » cettQ parole, je le voyois toujours dans le cœur » de celui qui me l'avoit adressée, et je ne pouvois » le trouver mauvais , tant je sentois qu'il disoit » vrai. Je voyois au contraire que j'étois le déshon- » neur et l'opprobre de toute la compagnie : je » ne craignois que d'en être chassé. La même » personne m'avoit déjà déclaré que je n'élcds bon » à rien : il avoit bien raison ; car notre Seigneur » m'avoit tellement retiré son secours, que tout » en moi devenoit ridicule. Rien cependant de » ce qu'on me disoit ne ni'oflensoit. Tous les jours » je disois la messe pour celui qui m'avoit parlé » ainsi , non comme on a coutume de la dire pour » se.9 ennemis et ses persécuteurs, car je ne le regar- » dois pas comme tel, mais comme pour mon ami )) le plus intime ; m'intéressant dans les biens que » Dieu lui faisoit comme dans les miens propres, » et mille fois davantage. Admirant ses lumières » et les dons de Dieu en lui, j'en rendois grâces )) à Dieu, et le priois de l'en combler de plus » en plus ». C'est ainsi que les saints ont appris à se venger àFécole d'un Dieu, qui, au moment de rendre le dernier soupir, crioit pour ses bourreaux : PardonneZ'leur , mon Phre ^ ils ne savent ce cjuils font. <• . '-••i