CHAPITRE y
SA BXLIGIÔV*
Là religion de M. ©lier rëpondoit à la grandëvr dé sa foi et à ia ferveur de sa charité. Le «ouvendii resped iveé lequel il étudioit les saintes Ecritures et coaservoit les livres sacre's où elles sont mises en dépôt (0 ^ les termes dans lesquels il s'exprimait^ lorsqu'il traitoit des choses saintes et des cérémonies de l'Eglise ; les dépenses qu'il a faites en toute occasion et en cent endroits dif- £érens^ pour relever la majesté du culte divin; les Kvres qu'il a composé pour procurer à Dieu de par&its adorateurs^ en sont des témoignages non suspects. Jaloux de pratiquer dans les bàtimens^ dans les vétemeiis^ dans les ameublemens, toute la aimplicilé de l'Evangile , il ne tronvoit rien de trop magnifique^ dès qu'il s'agissoit de faire honorer Dieu et ses mystères. Si, comme isaint Berurdr, il e^t été à la léte d'une communauté de reHgiêttx ensevelis par état dans la solitude d'un cloître, il eût pris la pauvreté de çe saint abbé pour modèle^ et Teut imité jusque daas les ,
(•) u 4onoa cinq <i0l|li francs , sonnu alors ir^^consUiérable , pour acquérir et laisser au aémiiiitir^ une Bible d^iuie rare boanléa Elle est de la plus belle édition qui put sç trouver alors , reliée en
marocfuin du Levant , garnie «u milieu et sur les coins de plaques d'argent où sont représentés en relief des cbérobins q^ii adorent la parole éten elle. Pour conserver cette précieuse reliure , elle est enveloppée d o ne couverture de velours relevée en broderie ei don* blée de satin.
orneraens et la décoration des églises; mais suscité de Dieu pour inspirer aux élèves du sanctuaire la plus haute estime de tout ce qui appartient au service des aut^^ls, il croyoit devoir nourrir et ranimer leur foi, en consacrant a la pompe du cuite sacré, tout ce qu'il y avoit de plus ricLe, et à Tappareil de la religion tout ce qu'il jugeoit le plus propre à frapper les sens. Ce fut dans cet esprit qu'il travailla à la construction d'un nouveau temple, où les saintes cérémonies pussent se faire avec plus de dignité que dans celui qui existoit, lorsqu'il prit possession de la cure de Saint-Sulpice ; qu'il y fit placer dans le chœur sept lampes toujours allumées devant le très - saint sacrement, pour représenter les sept esprits qui sont toujours en adoration devant le trône de la majesté divine, et appliqués à ses louanges; qu'il fit présent à son église de plusieurs ornemens de prix, dun grand nombre de vases sacrés /d'un riche tab^nacle et d'une infinité de choses trèsprécieuses. 4 .
Ce goût de la décoration des égh'ses lui étoit principalement inspiré par sa grande dévotion au très-saint sacrement de lautel. Rien ne rafFectoit aussi vivement et ne rauiraoit autant sa religion, que cet ineffable mystère, l'objet Je plus présent de la religion de toute l'Eglise, comme la source la plus féconde de tous les seutinaeiii qu'elle peut inspirer à ses ministres et a ses enfans. Non conU?nt de rendre à notre Seigneur des visites très -fréquentes et de passer des heures entières en sa présence, toutes les fois qu'il sorloit de la maison ou qu'il y renlroit,' il alioit se
iJoO VIE DE M. OLIER» :
prosterner devant son tabernacle pour lui de^* mander sa bénédiction. Dans tous ses voyages," avant de chercher un logement, il ne manquoit jamais d'aUer à Féglise pour l'y adorer. Il n'en sorloit qu'avec le regret de ne pouvoir demeurer jour et nuit en la compagnie de son divin maître, pour s'y consumer en actions de grâces , ea amour et en louan|;es.
« Je n'ai jamais rien vu , dit-il, dans la vie et >î dans la mort de mon Sauveur, que je n'aie dé- » siré d'imiter de point en point, et que je ne me )i sois résolu de pratiquer sous l'obéissance due à » mon directeur. Entre autres choses, je désire- )) rois l'imiter dans un point j ce seroit de passer » la nuit en prières, après avoir passé le jour' )) au travail. Je voudrois le faire devant le saint » sacrement; et si mon père spirituel ne vouloit » pas me permettre celte pratique, le grand objet » de* mes vœux , pour tous les jours de ma vie, » Je le conjure au moins que ce soit Jjpur quel- » ques-uns. Oh! que j'aurois de plaisir de veiller » toutes les nuits comme une lampe ardente de- » vaut lui, faisant ainsi la fonction de saint Jean- » Baptiste, que notre Seigneur appelle une lampe » ardente et luisante. Que ne m'est-il permis de » porter la clochette, et d'imiter encore par -là » l'emploi du saint précurseur qui alloit devant » notre Seigneur, pour préparer ses voies et le « faire honorer de ses sujets »?
, « Je me souviens, dit-il dans un autre écrit, )» d'une chose qui m'est arrivée plusieurs fois avec » beaucoup de consolation intérieure. Lorsque » j'arrivois à Paris ^ de la province ou de la cani-
r » pagne,
tiVRE VII, cn vr. V. /{ot » pagne , et qu'allant saluer notre Seigneur à .» Noire -Dapie, je troiwois les portes fermées 5 » je prenois plaisir à regarder dans l'église au » travers des fentes de la porte ; et voyant les #) lampes allumées, Hélas! disois-je, ifue vous » êtes heureuses de vous consumer entièrement )) à la gloire de Dieu^ et de brûler perpétuelle- )) ment pour l'honorer! C'est l'office des prêtres » de se consumer ainsi, puisqu'ils doivent être » tout à la fois, comme notre Seigneur, sacrifica- » teurs et hosties. S'il est dit à tous les chrétiens, » Faites de vos corps une hostie vivante ^ combien » plus cette parole est-elle, écrite pour les pré- » très, qui disent tous les jours: Ceci est mon ^,^» corps,
» Ordinairement, continue-t-il, quand il y a .)) deux voies pour aller dans un lieu où m'ap- » pelle quelque affaire, je passe par les rues où il » se t^rouve plus d'église^, pour être toujours plus » proche du saint sacrement. Je suis heureux » quand je vois un lieu où repose mon maître. Je » ressens des joies nompareilles. Je dis en mon » cœur: Vous êtes la y mon Dieu et mon tout! » sojrez adoré par vos anges, et loué à Jamais))» Un cœur si embrasé d amour pour notre Seignelir présent dans la sainte eucharistie , devoit brûler du désir de le faire honorer par tous le^ hommes , et d'attirer à ses pieds des adorateurs sans nombre. Aussi étoit-ce son vœu le plus ar- «dent. « Je désire tant, disoit-il, d'avoir mille » sujets à ma disposition pour les envoyer partout » répandre Uamour de Jésus-Christ et Thonneur >) dû au très-saint sacrement! Et quand je pense
4o^ Vie DE M. oLicn.
» que la cure qui m'est offerte pourra me servir ! » à en donner le zèle, non - seulement à Paris, >» mais dans toute la France, je suis ravi de joie. » Car mon plus grand désir est de faire gloriûer » mon maître, surtout dans ce mystère où il a été et >) est encore si méprisé. Je disois ily a long- temps,
V en pensant à cette cure : Oh ! si jamais j'étois là, je » ferois bien honorer le sacrement de son amour; » je m abandonnerois tout entier à son service ».
' Ce fut aussi le principal motif qui le porta à * l'établissement du séminaire. « Une des raisons, » dit-il, qui m'y détermina, fut ce qui m'arriva-,
V lorsque je faisois oraison devant le saint sacre- '» ment. Il me fut dit intérieurement, qu'il falloit
» former des prêtres auxquels on inspireroit la ^ » dévotion au mystère de l'autel, et le zèle de la » porter dans tous les cœurs. Je me Cgurois avoir » devant les yeux un homme qui seroit toujours » en prières devant notre Seigneur, pendant quo : "» les prêtres qu'on auroit formés et instruits, » iroient de tous côtés prêcher et publier cette ^) dévotion. Je considérois en même temps cet *, » homme à genoux aux pieds de Jésus-Christ re- )) posant sur l'autel, et les autres grimpant sur ' » les montagnes et pénétrant jusque dans les vilw lages les plus abandonnés, pour y faire con- ♦I noître et adorer le très-auguste sacrement. Le » P. de Condrcn me disoit qu'il falloit avoir une » grande dévotion à cet Ange de l'Apocalypse , ^ » qui, vers les dernierstemps de l'Eglise, répandra
sur la terre le feu du ciel, qu'il dit avoir pri» > » sur l'autel dans son encensoir. Il ctoyoit quo ce
seroit un homme angélique qui donncroit à TE- .
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» glîse l'amour du saint sacremeot, et me lépioi- » gnoit souhaiter beaucoup que je travaillasse a M répandre cette dévotion m»
M. Olier entra parfaitement dans les sentimens et les intentions du P. de Condren. Dès qu'il fut curé de Saint-Sulpice, il prit des mesures poiu* que le très-saint sacrement ne demeurât jamais seul dans re'glise. Il disoit que c'étoit une chose bien indécente^ qu'un aussi grand seigneur *que Jésus- Christ ne fut pas toujours environné de ses vas-^ saux qui lui rendissent visiblement tous les devoirs que leur impose la religion. Pour lui procurer çcjt honneur, il assembla plusieurs personnes depiété^ qui conviniHînt avec lui de partager entre elles toutes les heures du jour, pour aller successivement rendre leurs devoirs à notre Seigneur j en sorte que chacune allant à son tour l'adorer au nom de toutes les autres, il n'y eût pas de moinent dans la journée où il ne vît quelqu'un à ses pieds pour l'adorer dans le silence et s'entretenir avec lui. Il leur indiqua les dispositions dans lesquelles on devoit demeurer ainsi en sa présence ; rolFrande qu'il falloit faire de soi-même à notre Seigneur, pour n'être qu'une même hostie avec lui devant son Père , et la manière d'entrer dans toutes les louanges qu'il lui rend , de s'unir k toutes ses demandes. Il établit, comme on l'a vujcette pratique dans le séminaire, où elle s'est toujours conservée et continue encore de s'observer fidèlement. 11 exhorta ses ecclésiastiques et ses paroissiens, d'avoir chez eux une image du très-saiut sacrement. Il en lit graver une à ce dessoîn, et la fil répandre partout. Il recommandoit beaucoup
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de suivre notre Seigneur quand on le rencontrolt, €t* de raccompagner autant qu'il e'toit possible jusqu'à la maison du malade ou jusqu'à Te'glise. Enfin dans ses prédications, dans les conférences des jeudis, où assistoient les dames de la paroisse pour le soulagement des pauvres, et dans ses entretiens ordinaires, il parloit souvent du très-saint sacrement de l'autel, et toujours avec tant d'onclion , que ses auditeurs en étoient attendis jusqu'aux larmes.
' ' "C'étoit surtout lorsque notre Seigneur avoit reçu quelque outrage dans cet auguste sacrement, <{ue son zèle et sa charité s'enflammoient. Pour le réparer autant qu'il étoit en lui, il rcdoubloit alors ses oraisons, ses jeûnes, ses veilles, et ses autres mortifications. On a vu comment il s'efforça d'expier l'horrible profanation des saintes hosties qui fut commise en i648. On sera bien aise de l'entendre rapporter lui-même ce qui se fit alors pour l'honneur du très-saint sacrement, w Ces -» jours passés, dit-il, dans notre église de Saint- Sulpice, notre Seigneur et adorable Maître » a bien voulu souffrir l'attentat effroyable de » douze voleurs qui ont porté leurs mains sacri- » lègcs sur le saint ciboire, et par un mépris hor- V rible de sa personne^ ont jeté par terre son sacré w corps. C'est ce qui a donné lieu à douze habi- » tans de la paroisse , de s'unir en esprit aux » douze apôtres pour réparer ce crime abomi- ») nable , par tout ce que leur inspirera la religion I) dont leur cœur est rempli. Ils se sont associés » douze autres adorateurs pour doubler leur ré- » paration; et par cette réunion de vingt-quatre