LIVRE VII, C»AP. V
M ils ont voulu imiter la fonction religieuse des » vingt -quatre vieillards dë l'Apocalypse, qui » adorent continuellement Je'sus-Christ^ proster- )) nés et abîmés devant son trône. Ces vingt- }\ quatre personnes se partageront les vingt-quatre » heures du jour, demeurant chacune, Tune après » l'autre , l'espace d'une heure devant le très-au- » guste sacrement de l'autel, afin d'y être en ado- )) ration perpétuelle, et de pouvoir en teur ma- » nière, toute pauvre qu'elle est, honorer Dieu » sur la terre , comme il est honoré par les an- » ges et les bienheureux dans le ciel. Leur des- » sein ne sera pas seulement de réparer l'injure » commise extérieurement contre lui dans l'église » de Saint-Sulpice , et en tant d'autres lieux où » il a souffert le même attentat; mais des injures*, » des crimes et des sacrilèges sans nombre com- » mis dans les ames, et connus de Dieu seul. Elles JD se consacreront à Jésus- Christ comme autant ïi dte victimes qui font amende honorable perpé- |) tuelle pour les profanations de la très-sainto )) eucharistie, commises non-seulement par les hé- 1) rétique^, mais encore par les catholiqués eux- » mêmes. A cette association qui est plus en esprit » que de corps, sont admises des personnes de » tout sexe et de toute condition, qui, prenant )) chacune dans son particuher une des vingt-
quatre heures , se joignent aux vingt - quatre » pour entrer dans leur dévotion , et suppléer n aussi celles qui , par infirmité ou par une pres- » santé nécessité, nepourroient remplir acluelle- \ment l'heure d'adoration ».
M. Olièr regardoit la communion du corps et
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dâ^sang de Jésus-Christ, dans la sainte eucharistie, comme Tinvenlion la plus admirable de sa religion envers son Père; et dans la religion de Jésus -Christ il trouvoit le plus doux aliment comme le modèle le plus parfait de celle qu'il portoit lui-même continuellement dans son cœur. Il disoit que les desseins du Fils de Dieu, dans la multiplication de sa chair adorable au saint sacrifice de la messe et dans la sainte communion, avoi( nt été , en la donnant à TEglise, d'avoir autant de corps, autant de bouches et de cœurs, qu'il y a de justes au monde, pour s'immoler en eux à la gloire de son Père, l'adorer, l'aimer , le gloriûer en tous les lieux et dans tous les temps ; pour perpétuer et ett^ndre son culte autant que l'univers ; pour ne faire enfin du monde entier qu'un seul temple; de tous les peuples et de tous les hommes, qu'un seul adorateur du vrai Dieu 5 do toutes les voix, qu'une même louange toujours subsistante ; de tous les cœurs , une seule' et iiiôïne victime, en lui qui est la parfaite et uni-»» verselle religion , l'unique religion même de son Père , comme il est l'unique prêtre, l'unique victime et l'unique temple de la vraie religion. ^ Il est difficile de trouver rien de plus édifiant que ce qu'il disoit sur les dispositions avec lesquelles nous devons approcher de la sainte table. « La merveille du mystère de la communion ( ce » sont ses paroles) est que Jésus -Christ nous :» communique sa chair adorable, pouf nous faire 1) participans de son esprit, et nous faire entrer M en communion de tout son intérieur. Or, quello « grande merveille n'est-ce pas que notre amo
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M soit unie à la consécration que notre Seigneur » Jésus-Christ a faite de son humanité à son Père 1 » Quelle merveille que nous soyons admis en unité » de cette divine opération! Combien notre dévo- » tion seroit vive et enflammée , humble , res-^ • )) peclueuse et profonde, si nous faisions notre M consécration dans le même esprit ot dans les » mêmes dispositions de notre Seigneur 1 Combien » seroit étroite notre union et notre adhésion à » Dieu! Quel transport continuel! quelle élé- » vation, quel amour! quel dévouement 'à le » contempler , à le louer , à le bénir! Hélas ! Dieu », désire tout cela de nous : il le veut j c'est pour 1) cette fin qu'il nous donne son Fils ; qu'en nous » faisant manger sa chair et boire son sang, il » nous fait entrer en communion de son esprit, » de son intérieur, de sa qualité d'hostie, de cette » opération ineffable qui le consacre et le dédie }} à sa gloire. Hé, pourquoi ne nous laissons-nous )) pas posséder et pénétrer à Jésus-Christ, pour » entrer dans toutes ses dispositions intérieures »?
La religion de M. Olier paroissoit surtout dans la manière dont il célébroit le saint sacrifice. Il s'y préparoit ordinairement en demandant à Dieu une communication abondante des dispositions merveilleuses qu'il avoit mises dans l'ame de la sainte Vierge, puisque c'étpit le même Jésus qu'il devoit ^recevoir; non plu^ dans l'état d'infirmité où on i'avoit vu sur la terre lorsqu'il étoit venu habiter parmi les hommes, mais dans l'état de sa gloire , quoique cachée et couverte des ombres de la foi. Il s'unissoit à la religion des saints qui l'adorent jdans le ciel, et des justes qui lui rendent leurs
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hommages dans ce monde, afin que, revêtu de leur sainteté et de leurs mérites , fruit admirable de Li communion qui lie tous les membres vivans de Jésus-Christ, il fût moins indigne de recevoir ^ son créalcur et son souverain maître. Dans ces î sentimens, il montoit à Tautcl , et célébroit les* saints mystères avec tant de piété et de recueillement, qu'il en inspiroit aux assistant les moins ' relif^uuix. On peut juger quelle étoit alors sa modestie, par ce qu'on trouve écrit de sa main sur la fonction du prelre à l'autel : « Dès l'âge de sept ans,
disoit-il, i'avois une tulle idée de la sainte messe,*- » que, dans mon pauvre esprit d'enfant , lorsque' » je voyois un prêtre à l'autel , je croyois qu'il ne^ )) vivoit plus que de la vie de Dieu. Je me le figu-* )) rois si appliqué et si consommé en lui , que je^ » m'élonnois de le voir cracher. G'étoit pour** 1) moi une grande peine de le voir tourner la téte , ^ )) pensant qu'il a^oit perdu alors l'usage de la vio'- D corporelle et terrestre, comme les saints dans' » le ciel, qui sont entièrement séparés de la terre. » Je croyois les prêtres transformés en des anges , » depuis qu'ils étoient revêtus des habits sacerî) dotaux, et du moment surtout qu'ils étoient^ » montés à l'autel ». ' f*
Ses sentimens sur la sainteté des prêtres étoient proportionnés au respect qu'il avoit pour leurs sublimes fonctions. 11 se représentoit un ministre de Jésus-Christ comme une image abrégée des perfections divines. 11 disoit que le Fils de Dieu , lorsqu'il venoit reposer dans son sein, devoit le trouver semblable à celui de son Père, afin que^- . \oyant cette rossemblauce , il prît en lui ses dé-