‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 137 sur 205 · VIE 1>E M. OLIER · texte numérisé non relu

VIE 1>E M. OLIER

Seigneur, que voulez-vous que je fasse? Le » devoir d'un bon serviteur , disoit-il , c'est d'avoir » toujours les yeux ouverts et tournés vers son » maître, pour obéir au premier signe de ses )) mains ; c'est d'être prêt à exécuter ses ordres , » et de s'y porter sans la moindre opposition , » faisant dépendre uniquement de la volonté de » celui qui lui commande, l'usage de sa liberté'; •» de ses talens, de ses membres ». On voit jusqu'où l'homme de Dieu pratiquoit cette soumission , dans la peinture qu'il fait de son état intérieur. « Cette grande dépendance, disoit-il, » que j'éprouve en toute occasion, soit intérieu- » rement, soit extérieurement , est une des dispo- » sitions attachées à la qualité de serviteur et d'es- » clave , que j'ai vouée à mon maître ». 11 ajoutoit : (( Le serviteur de Dieu n'est plus qu'un merce- » naire , s'il n'embrasse pas de tout son cœur les » difficultés et les amertumes de son service. Il » faut que les travaux et les peines lui soient des » roses, dès qu'il s'agit de servir son maître. Ce n'est » pas tout ; il n'est pas fidèle à Dieu , s'il ne souffre » pas amoureusement tous les rebuts qu'il en » reçoit, et tous les châtimens de sa justice. Quand )) son maître ne le regarde pas j quand il paroît » l'oublier et ne faire aucun cas de lui ; quand il » le laisse dans de grandes obscurités d'esprit et » sécheresses intérieures , il doit être aussi joyeux, » aussi content que s'il ne lui faisoit goûter que » des consolations. Quand notre Seigneur, dans ï) l'oraison, ne lui communique aucun sentiment » de sa présence 5 lors même qu'il le traite avec » la plus grande rigueur, et qu'il semble avoir

LiVhK VII, CHAP. Vi 4^1^

)^ Oublie à sou égard toute la tendresse d'un père, » pour ne montrer plus que la sëve'rlté d'un juge; » lorsqu'il permet que Tame soit agitée de ten- )) tations, et troublée de peines intérieures; en » un mot, dans toutes sortes d'épreuves, il faut » non-seulement qu'il se soumette avec patience^ » mais encore qu'il baise la main qui le frappe , » et que son cœur embrasse les aiHictions , à » l'exemple de notre Seigneur , qui , en qualité de w serviteur de son Père, embrassa la croix, accepta » toutes les rigueurs de sa passion, et endura la » mort avec un si grand amour, qu'il l'eût endurée » une infinité de fois ». ■ ^

Comme Jésus-Cbrist ne fait qu'un même corps avec son Eglise , dont il est le chef , dont il vivifie tous les membres par son esprit^ selon la doctrine de saint Paul (0, M. Olier, dans son Vœu, ne voulut pas séparer l'épouse de l'époux. Il se voua au service de l'Eglise, en se vouant a notre Seigneur , et s'obligea de procurer sa gloire, en travaillant au salut de ses enfans, par toutes les voies possibles, (c Nous devons , disoit- » il, considérer l'Eglise comme une seule chose » avec Jésus-Christ. Il est au milieu d'elle et en » elle, répandant son esprit, sa vie, ses sentimens » dans ses membres. Il la chérit comme son épouse; » et ses membres, comme ses cntans qu'il a en- » gendrés dans les douleurs , sur le lit de la croix. » Je ne puis donc servir Jésus«Christ , sans me » consacrer tout entier au service de l'Eglise, me » consumant pour elle, et n'épargnant pour ceux » quelle renferme dans son sein, ni mes biens,

0) Membra sumus corporis ejus» Eph. v. 3o. ^ . ^

Page 1