LIVRE VIT, CHAP. VII
» mains toutes puissantes, il fait^ tout, il soulaiçe » tout, il gouverne tout, sans que Ton voie qu'il » y pense, et que le bien vienne de lui: ainsi le » bon et fidèle pasteur retiré tout près de Dieu, » éclairé de sa lumière et embrasé de son amour, *» secourt tout par ses soins, donne ordre à tout, » dispose tout. De même que notre Seigneur » envoie ses anges visiter son Eglise et la soulager )> d'dnà ses afllictions , leur donnant la vertu né- )) cessaire pour leur mission ; de même le vrai pas- » teur envoie ça et là ses chers coopérateurs, leur » mettant dans le cœur et à la bouche les senti- » mens et les paroles convenables. Comme le chef » dirige tous les membres, qui dépendent de lui » dans leurs fonctions, et ne peut faire lui seul » ce qu'ils peuvent (aire; ainsi le pasteur applique » chacun des ministres que Dieu lui associe, pour i) faire ce qu'il sait être utile à sa gloire, se con- » tentant de les diriger, sans prétendre tout exéw cuter par lui-même, faisant néanmoins de son » côté tout ce qu'il peut pour Dieu; et s'il se » trouve seul , en sorte que sa mesure de travail )) ne surpasse pas ses forces, il faut que lui seul » fasse ce qu'un autre moins capable que lui seroit » obligé de faire par d'autres; c'est-à-dire, que » le chef devient pieds et mains pour faire ce » que feroient les membres, s'il plaisoit à Dieu » de lui en donner. Mais comme le propre du » chef est de vivifier les membres, c'est au pas- » teur de communiquer aux prêtres qui tra- » vaillent avec lui, son esprit et sa vie intérieure; * » en sorte que ce soit lui-même qui agisse et tra- » vaille en eux^ comme s'ils étoient tous le pas-
» teiir multiplié, qui prie et qui loue Dieu, qui » prêche et qui exhorte les peuples par leur V bouche ». :
' ■ Le zèle de M. Olier étolt si tendre et si vigilant, qu'il regardoit comme des négligences et des fautes impardonnables, jusqu'à des accidens qu'il n'avoit pu prévoir. En voici un exemple. « Allant, dit-il, à mon prieuré de Bazainville, » q<ii se trouvoit sur le chemin d'une paroisse on yi l'on alloit faire une mission, j'arrivai une heure- » plus tard que je ne devois, parce que je m'étois » arrêté en quelque endroit où ma présence n'étoit • v point nécessaire. Le cnré de la paroisse s'étoit » absenté l'après-dînêe, ne croyant pas qu'aucun » malade dut avoir besoin de lui. Sur l'heure on m'avertit que deux malades sont en danger; j'y » cours aussitôt. J'arrivai à temps pour admi- » nislrer le premier; mais rendu ensuite auprès » de Fautre, je le trouvai si mal, qu'il pouvoit à » peine demander par signes 1 absolution. Après la » lui avoir donnée, je lui administrai seulement » l'extrême-onction ; car il ne put communier. » Quand je l'eus administré, je retournai à l'église, » inconsolable et saisi de douleur à en mourir , » de n'avoir pu lui faire recevoir notre Seigneur. » £h! malheureux que je suis , disois-je, il faut » donc que ces pauvres gens souffrent pour mes 1) péchés )) : (il parloit de la faute qu'il se reprochoit d'avoir commise , en s'arrélant une heure dans le chemin ) « falloit-il que par ma négligence cette )) pauvre ame fût privée du secours qui lui étoit » si nécessaire? Ma peine étoit si grande, que ») fondant en larmes et jetant de grands cri»; je