LIVRE VTr, CHÀP. vir
» lumière s'est toujours accrue en moi ; et Dieu » a voulu qu'avec la facilite d'exprimer ce quM » m'inspiroit, j'aie ressenti le premier, avec abon- » dance, la consolation dont je voyois que la sainte » parole reniplissoit tous ceux qui m'ëcoutoient ».
Son confesseur lui fit dire une fois , lorsqu'il etoit à l'autel, (c'etoit le jour des Cendres) de monter en cliairc pour expliquer la cérémonie. Il le fit, et avec tant de bénédiction, qu'il vit tout son auditoire fondre en larmes , et se jeter à genoux pour demander pardon à Dieu. « Je ne sa- >^ vois rien dire en commençant; ( c'est ainsi qu'il » s'exprime, en adressant la parole au Seigneur) )î et cependant, par votre secours, je parlai mille » fois mieux alors, que je n'eusse fait après toute » letude du monde, laquelle depuis sipt ou huit- » ans m'est interdite , par l'impuissance où je suis » de faire de moi-même aucun raisonuf-ment. Je )) reçois simplement ce que me donne l'oraison, » avec le peu de lumières qu'il a plu à votre bonté » de m'accorder de temps en temps , sans savoir » pourquoi vous me les accordez, ni à quoi elles » doivent servir ».
Dieu lui fit voir un jour combien il étoit jaloux de le trouver toujours dans cette disposition de dépendance de son Esprit et de renoncement à. ses propres pensées. L événement est une leçon^ pour les prédicateurs, qui se préparent plus, avant de monter en chaire, par lesefiTorts de leur esprit, que par les gémissemens du cœur et par la fervonr de leurs oraisons aux pieds du crucifix. Comme c'étoit en présence de la Reine qu'il devoit prêcher, et devant une assemblée considérable par •
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la qualité des auditeurs, autant que par leur nom- ^ hve ) il pi'it un soin particulier de préparer soa discours , au lieu de suivre sa méthode ordinaire^ en s'abandonnant à l'Esprit de Dieu. Le succès répondit aux mesures qu'il avoit prises j c'est-à-dire que notre Sei^^ueur lui ajant retiré son assistance, il éprouva en chaire la plus grande stérilité de pensées et de sentimens, avec une difficulté ex- ê tréme à s'énoncer. Il ne put parler qu'avec beaucoup de contrainte, et en usant son esprit j (c'est l'expression dont il se sert ) par les violens efforts qu'il fit, depuis l'exorde même jusqu'à la fin. Cet accident l'humilia d'autant plus, que notre Seigneur lui montra ensuite ce qu'il lui auroit mis dans l'esprit et sur les lèvres , s'il l'avoit trouvé fidèle à sou ancienne pratique , en se préparant uniquement dansla prière. M. Olier regarda cette punition comme une grâce, et protesta qu'il nes'éloigneroit jamais delà conduite qu'il savoit si bien par son expérience, être la seule agréable à Dieu.
Al'exemple de saint Augustin, qui disoit : m J'ap- » prends de notre Seigneur ce que je dois dire, et » je me repais moi-même avant de paître mes ^) ouailles (0 M - non content de puiscrtoutà la source jdes lumières, et de n'enseigner que ce qu'il tcnoit de notre Seigneur, il s'unissoit intérieurement à lui dans l'exercice de la prédication, convaincu' que sans cela il ne pouvoit opérer aucun bien dans les ames , et qu'au contraire la parole sainte , à la faveur de cette union, prendroit dans sa bouche la vertu de toucher les cœurs les plus insensibles, et les pécheurs les plus endurcis. C'est ce qu'il assure
. iO Unde disco, indc dico; unde pascor, inde ministro.