LIVRE VII, CnAP. VII
si touchés de ses prédications^ que la plupart fondoient en larmes dans son auditoire, étii|if Au
sortir du sermon, les pécheurs couroient se jeter aux pieds d'un confesseur^ pour décharger leur conscience et obtenir grâce deyant le Père des miséricordes. '-^Kir"
On sera édifié de Tcntcndrc lui-même raconter ce qui lui est arrivé souvent en ce genre. « Le » soir^ dit-il, parlant à notre Seigneur, YOUlqpEifen^ » voyates dire, par un de vos serviteurs , dë'^i^ir » exhorter le peuple pour le préparer à la féte, et » le rendre digne de la communion. allai aussi- » tdt, quoique rien ne me vint à Fesprit | et IrotHI » prites plaisir, 6 mon mattre, k me faire expéri- » menter ma foiblesse et mou ignorance naturelle ^ » car je ne pus rien trouver à dire. N'est-il pas » vrai que vous avez voulu me &ire oublier tout » ce que j'avois appris par mon étude et ma cu- ^) riosité, pour me dpuner tout ce quiétoitné- » e^saire, par .grice et par miséricorde, et ne n mè rien laisser qoe'tous. Je fus deux fois sur le » point d*aller dire à celui qui m'avoit fait avertir , » que rien ne m'étoit venu, et que je ne sa vois I) que dire. Mais comme je suis accoutumé à cela, » je m'abandonne à celui qui éclaire les aveu^^les^ » et qui fait parler les muets. Je montai dans la l> chaire^ et aussitôt je sentis la lumière, avec Finx** )i pression de la gr&ce qui me fut donnée pouv » toucher les auditeurs ; ce que je fis avec tant de » bénédiction , que le lendemain on vint en foule )) pour se confesser et communier, jusque-là que » nous ne pâmes tout achever qu'à une ou deux » heures aprè^ midi, et que depuis cinq ou six
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ïi heures du matio^ le pauvre peuple demeura » dans TEglise ».
Oh lui a souvent entendu dire/qu« èirquî «m^ péchûit les prédicateurs de s'abandonner à l'Es*' prit deDieu^ eéloit ramour-propre , qui leur faisoit craindi^e d'essayer qùelque mortification én' suivant cette méthode. « M'ayaiEtpas une par*- » faite confiance en Dieu, disoit-il, nous appré-i» »} hendons de nous appuyer sur son* assistance , et >) nous craignons que son secours venant à nous » manquer, nous ne recevions de la honte, de yi nous trouver arrêtés au milieu d'un discours , sans pouvoir l'achever* Maïs qnand une fois >i nous conboissons le grand smn que prend le î) Seigneur, des ames qui s'abaudonnent à lui, et » le grand amour q«i'd leur porte ; quand avec >) cela nous «ommes morts à notre réputation et à » notre propre estime , nous pàiionit sans peme )) et libres de tout soin ». Il expliquoit sa pensée Çar une comfNUoison. « Qu'un homme veuille se ïi^'jeter dans nne rivière, il n'ose s'y prédpitivr , » s'il n'en connoît pas le fond ; mais dis qu'il Ta » bien connu, il s'y livre sans crainte, et se fait ' » un îèu de ce qu'il n'osoit tenter. Ainsi nous » n'avons pas le conrage de nous mettre entre les » mains de Dieu , laiit que nous ignorons le soin » qu'il prend de nous. Mais quand nous en avons 1» &it l'eiqpérieoce \ c'est alors que nous nous aban* ^^ISÈà&i^k lui, avec plus d'assurance quesi nous ^ » avions tous les secours humains. Toutefois , J^)» ajoutoit-il, prenons garde qu'il faut pratiquer ^ lEibandon avant que de aressentir la protec- » tion particulière de uolre Seigneur ,:eft être prêt
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» k subir toute la confusion qu'il voudra ou qu'lX » permettra qui nous arrive ».
De celte dispositioa, naissoit dans M. Olier la force de dire tout ce que Dieu lai inspiroît, sans être jamais effraye' par aucune considération humaine, et sans craindre autre chose que de retenir la parole de Diea captive dans un «iience qui ne pouvoit manquer d'irriter sa colère contre les hommes lâclies et pusillanimes. Un jour qu'il passoit par une place publique en vi&iUnt sa paroisse^ il reneonira une grande mallitude rassemblée an»* tour d'un charlatan , qui divertissoit le peuple par des bouffonneries indécentes. Sou zèle lut afQigë de voir tant d'empressement à entendre le langage obscène des histrions, tandis qu'on en témoigiioit si peu pour les chastes vérités de TEvangile. Un mouvement intérieur le poila alors « à fiiire une action, qui, tonte inusitée et. toute blMTcUe qu'elle parût, ne pouvoit être Uamëe, dans un homme établi de Dieu pour arracher les scaiida^4j^ mi^e^. de soa troupeau, que par les in^ sef^s, donii^j^!^^^M^imfini, dit l'Ecriture (0; et la saàite liaritiesse dont il usa lui réussit. U s'arrête à quelque distance du charlatan , et après
avoir appelé auprès dç JjiÂ^iÉ^HW^^^ ^^^^ Tenvironnoient^leur adrésigèla parole, les prédie avec force, et par le nombre de ceux qu'il captive auprès de lui, pique tellement U curiosité des autres, que tout le peuple attroupé autour du bouffon l'eut bient&t abandonné. Ce ne fut pas sans beaucoup de confusion et de dépit que le ministre 4e Satan vit tous ses admirateurs
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déserter et le laisser seul , pour se rendre auprès
du ministre de Je'sus-Christ. Mais la confusion qu'il essuja lui devint salutaire, par la péaiteace ou elle le conduisit. A la scène scandaleuse qui ve* noit d'être interrompue par rhomme de Dieu, succède un prodige de la grâce : le baladin se rend lui-même ait discours de M* Olier, Técoute, fit se convertit.
Comme Jean - Baptiste , le serviteur de Dieu n'eut pas été moins intrépide devant les princes et les rois , que devant les derniers du simple peuple. Sa qualité de prêtre et de pasteur des amf's le mcttoit au-dessus de toutes les craintes j et tout petit qu'il étoit à ses yeux, lorsqu'il ne coosidéroit que sa personne, dès qu'il agissoit au nom de son maître , il faisoit paroître toute la dignité , et savoit prendre, quand il étoit nécessaire, le ton magnanime des prophètes, qui ne vojoient que Dieu au^èssns d'eux. Cette timidité qui rend la parole de Dieu si foible et si peu efficace dans la plupart de ceux que Dieu envoie pôur l'annoncer, il la regardoit comme un effet de l'ambition .et de l'envie de plaire aux hommes ; ce qu'il jugeoit être un des plus grands maux de r£giise, et un des crimes que Dieu jugeroit un jour avec le plus de sévérité. « Quand je parle de » Dieu, disoit-il, je ne me sens plus : je ne sens » rien que iuij il me donne tant de force et de
courage, qu'il n'y a ni prince, m potentat, ni . D monarque, que je n'allasse attaquer; il n'y a » grandeur que je ne fusse prêt à renverser eu sa » puii>sance ; et il n y a canton sur la terre où je ne » voulusse aller planter la foi^ au risque de ma vie ».
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K Diea nous demandera , dit-'il daiis nn autre,
» endroit , si nous n'avons point affoibli sa parole » par notre lâcheté , ou si nous ne l'avons pas cor^. » rompue par notre vaine compkisance en nons->r » mêmes. S'il est vrai , ajoutoit-il après Origène » et saint Augustin, que ce n'est pas un moindre ' » mal de laisser tomt)er sans fruit la parole sainte^ » que de laisser tomber par terre une sainte hostie » par sa négligence; il n'est pas moins vrai que » c'est un aussi grand mal dans un prêtre, de. >} souiller la parole de Dieu, que de profaner le . » corps de Jésus^Christ; et de la tenir cachée, » que de laisser notre Seigneur renfermé dans » les tabernacles^ pepdant qu'il voudroit en sor* » tir pour se comimuniquer à ses membres. Or }> Yoilà le crime de ceux qui taisent les vérités qui . » déplairoient à leurs auditeurs , ou qui usent 1) de la prédicatiou pour s'attirer Tcstime des . » hommes : c'est un sacrilège aussi horrible^ que » àfà feire servir le corps de Jésus^Ghiist à ses » prOfiS^ intérêts, ou de ne le distribuer aux » chré^iiU^is que selon les avantages qu'on en peut » retirer. G'ésl dmt ptùêûtuev tout ce qu'il j a . » de plus saint dans le monde, à la fin la plus j> basse et la plus indigne d'un chrétien, qui est p lamour de soi-même ».
Tel étoit le langage du serviteur de Dien. Aussi recommanda-t-il instamment à M. de Bretonvilliers, lorsqu'il commença d'exercer le mi^stère de la parole, de ne regarder que Dieu seul en qui l'on peut tout , et non la créature, dont la crainte ne fait que des esclaves qui n'osent prêcher avec tout l'empire que donne la ^lissioa 4^ Jésus-*
^Christ. Il disoit encore y en parlant des prédicateurs qui dierchent l'estime des hommes , qu'ils imitent l'Antéchrist : car de même que celui-ci placera son siège dans le lieu saint , et voudra s'y £ûre rendre les hommages dus à Dieu; çeuzJà
' veulent s'établir eux-mêmes dans les cœurs des hommes^ qui sont les temples où veut habiter Jésus-Christ y au lieu de Ty &ire régner comme le seul maître à qui ils apparti^nent: Inea diffé-** rens de saint Jean-Baptiste^ qui s'anéantissoit pour élever le Messie, ils anéantissent Jésus-Christ et sa parole , pour s'él^er eux-mêmes» , "
Il blÀmoit ceux qui pcnsoient qu'en criant et en faisant de grands gestes, ils tuucheroienl leurs auditeurs , qui ne peuvent être émus autren^ent que par l'onction de l'Esprit saint. G'étoit.poùr obtenir le don de tonciie^ les césars, qu'à' lu prière il joignoit souvent les mortifications corpo;eUi||BuJ[l ne pouvoit souffrir qu'on adoptât le fiiip^W^^ 4ii^ eeâlic qui prétendent que pour travailler utilement dans TEglise, il est nécessaire d'avoir de la réputation ; comme si le fruit de la prédication devoit être d'entendre dire au sortir du sermon : Voilà un prédicateur; voilà un hoiïilne d'esprit. « Pour moi, disoit-il, je pense au con- » traire qu'il faut éviter avec le plus grand soin n de se &ire un nom et de rechercher l'estime de ii^ses^udHtecirs*>i)ësmns plutôt que personne ne » fasse cas de nous, afin que n'occupant point » l'esprit des créatures ^ et notre esprit ne s'oo* il eiipant pmnt d'elles , nous ne fiissions vivre que » IXeu dans notre cœur et dans ceux de nos
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Notre Seigneur voulant attirer «on senritenr aa ministère de la ppëdication , lui avoit donntf la
vue la plus élevée de la parole de Dieu. Il la regard oit comme l'expression du Verbe engendré par le Père dans l'ëternitë$ et le temple où on la . prêche, comme le dehors du mystère de Dieu' conversant de toute éternité en lui-même. Mais voulant aussi s'établir dans la vertu d'humilité, «ans. laquelle on ne peut prêcher avec fiidt , il avoit cette vérité profondément imprimée dans son esprit, que le talent de la prédication est un don gratuit, qui nous est accordé beaucoup plus pour le salut des autres , que pour nous-mêmes. A ce sujet, il faisoit le plus grand cas de celte pensée du P. de Condren, que souvent le fruit à^un sermon étpit d& auz prières de quelque feiim connue, qui en aura la récompense^ tandis que le prédicateur , qui est le canal de la grâce venue ' du ciel^ n'emporte de la chaire où il a prêché^ que beaucoup de vaine complaisance et d'amouir^ propre. ^
Le irait suivant fera voir comment l'Esprit saint gouvemoit sa laàgue et échnroit son esprit, pour lui faire dire comme par inspiration tout autre
chose que ce qu'il avoit préparé. Préchant un dimanche dans son église, il vit entrer un religieux de Tordre de saint François qui avoit eu le malheur d'apostasier, et qui avoit quitté son habit de religion pour prendre celui des ecclésiastiques séculiers. Aussitôt le serviteur de Dieu > qui ne le oonnoissoit pas, soit par inspiration, soit par uAe impulsion, qui n'étoit pas dans Tordre commun, fit réloge de la sainteté du grand patriarche dont
VIE DE M. OLIEIt.
ce religieux avoit abandonné l'esprit et Pinstilut. Il vu parla avec tant d'éloquence , que l^aposlat déconcerte' en demeura tout saisi de frayeur, et tout couvert de confusion. Le même jour il fit tine visite à M. Olier. 11 parut devant lui en homme déchiré de remords; et l'aborda, sans oser prononcer une seigle parole, ni même lever les yeux. Pour le faire revenir de la honte qui lui fermoit la bouche, et du désespoir secret qui tourmentoit son amc, il fallut toute la charité de celui qui venoit, sans le savoir, d'y jeter le trouble. M. Olier, d'après le rapport duquel je raconte le fait, nous laisse ignorer quel fut le fruit de cette entrevue et des paroles de salut que Dieu avoit suggérées à son ministre au moment où le religieux avoit pris place dans son auditoire. Mais on peut conjecturer que la miséricorde divine lui accorda la grâce d'en profiter, et que, dirigé par celui qui venoit de le faire rentrer en lui-même, il reprit la voie du royaume de Dieu. •
Après les maximes de M. Olier sur la prédication, j'ai cru devoir plactr ses principes sur la manière de faire les missions. On verra , dans son langage et dans sa conduite, combien son zèle étoit sa"c et éclairé. II disoit qu'allant travailler à une mission, l'on dcvoit commencer par adorer en Dieu le grand amour qu'il avoit pour les hommes, et qui l'avoit attiré sur la terre. Il vouloit qu'on fut pénétré fortement de cette pensée , afin de se dévouer avec courage au salut des ames , devenues si chères à Dieu depuis que son Fils s'est incarné et qu'il est mort pour elles. Il exhortoit à honorer ensuite, l.» le zèle immense qui étoit en