‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 167 sur 205 · LIVRE VIT, CMAF. IX · texte numérisé non relu

LIVRE VIT, CMAF. IX

)) avec sainte Thérèse. Je chanterai cternelleineiit » les miséricordes c/uSeigneur^qui fait en moi de » si grandes choses, et qui me fait du bien , pour » ainsi dire, à proportion de nia misère et de ma » malice. Je ne puis que penser de cet excès de » miséricorde, sinon que Di< u se plaît à être seul » lauteur de tous les biens , et qu'il n'a point » d'autre raison d'en faire, que sa seule bonté et » son amour pour nous, .qui, loin de les mériter, » sommes pires que les démons ».

« Ayant traité , écrivoit-il à un de ses amis , avec ^ » un de nos jeunes messieurs qui m'avoit appelé » pour que je lui permisse quelque mortificatioa » et pénitence extérieure , je suis revenu dans ma » chambre tout consolé et tout rempli de joie, » voyant dans cette a me tant de zèle et tant d'a- » mour. Au moment que je me suis mis à genoux » devant l'image de notre ma^re, sa bonté m'a ;> fait entendre ces paroles : Tu vois comme Dieu » bénit ton travail. Je me suis prosterné aussitôt, )i les larmes aux yeux et l'affliction dans lame. O w mon maître j ai-je répondu en gémissant, ne me » parlez jamais ainsi; ô mon amour! fe ne suis » (jue houe et pourriture , que péché et nialédic" y) tion. Hélas! c^est vous qui fuites tout , et non » pas moi] je ne contribue en rien ii votre œm^re. w ^ vous tout honneur , à moi confusion. Ce qui .)) m'obligeoit encore plus à former ce sentiment ^> dans mon cœur, c'est que j'avois vu clairement » la bonté de Dieu opérer dans 1 ame de ce jeune *» homme, lorsqu'il me parloit; et le matin j'avois w vu si distinctement mon néant, j'en étois si fori) tement pénétré, que je priois mou maître de

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jjg^ VIE DE M. OtIEB.

» tenir nia place dans la charge qu'il m'avoit don- » née, ajoutant que si je n'espërois de lui cette » grâce, je fuirois au bout du monde, plutôt que » de la garder, n'ayant rien en moi que le ne'ant, » qu'aveuglement, qu'ignorance, impuissance et » incapacité de le servir ». Il parle de Ja cure de Saint -Sulpice, dont il avoit pris possession depuis quelques jours.

« Hélas! mon Dieu, disoit-il sur le même sujet, » quelle grâce de m'avoir choisi du milieu des pé- » cheurs, du bourbier infect et inlâme de mes » péchés , pour m'élever à cette sainte et sublime » dignité de curé, de pasteur, d'époux de l'Eglise ! . » Eh! que le monde est aveugle! et que celui-là » est perdu, misérable, ignorant, qui juge comme » lui des grandeurs véritables de Dieu , et les ra- » vale si pitoyablement par le mépris qu'il en fait! » qui pense qu'une cure n'est rien • qu'elle avilit » un homme de ifaissance! comme si un enfant » d'Adam , avec une origine accompagnée de » biens, de richesses et d'honneurs imaginaires, » étoit quelque chose d'estimable. Oh ! qu'il sache » que Dieu seul est grand, et son Eglise; que les » vrais biens sont sa grâce, ses sacrcmcns, ses » vertus, et non les honneurs, les richesses, les » plaisirs. L'un est du vent, l'autre de la boue et n de la fange , le dernier une infâme corruption ».

Les homme? les plus humbles ne sont point exempts des attaques de l'orgueil. M. Olier rapporte ainsi celles qu'il eut à repousser plus d'une fois. « Au sortir d'une mission, dit-il, lorsque » nous donnions notre temps de relâche au péle- }i rinage de votre sainte chapelle, (il parle à la

LIYAC TU, CHÀP. IX.

» Mère de Dieu) nous fîmes à pied le pèlerinage I) de Chartres, votre ville chérie. Il m'arriva à w mon ordinaire de chercher secrèteraen^du sou- » lagement à mon amour-propre et à mon orgueil » humilié 5 dans la conversation d'une personne de » grand mérite , et de quelques autres qui la sui- » voient. Mais la providence adorable de mon î) maître me refusa ce que je cherchois. Je crus * » alors qu'indigne comme j'étois de cette conversa- » tion^ je de vois aller seul comme un pauvre ex- » communié ; ce que je fis, mais avec grande grâce » de Dieu ; car je me trouvai d'abord l'esprit ' » éclairé d'une grande lumière, dans laquelle jo » marchai très long-temps, sans presque sentir la » fatigue du voyage. Je voyois l'horreur et l'énor- » mité du vice de l'orgueil , qui dérobe à Diea w l'honneur qui n'appartient qu'à lui j et je deraeu- » rai si convaincu du mépris et de la confusion w due à l'homme, que je ressente is en la présence M de Dieu des joies incomparables, lorsqu'en es- » prit je me croyois foulé aux pieds de tout le M monde, jeté dans la boue et roulé dans les riuÉtt|, » seaux. J'aurois déc^yré tous mes péchés à la (dHf

de l'univers, ne désirant que de l'honneur pour >» Dieu , et pour moi que du mépris.

» Votre Esprit, Seigneur, m'a voit préparé à w cette grâce, lorsqu'un jour de la semaine sainte, w pendant une action publique de religion, pluw sieurs personnes m'avoient tourné en ridicule. » Le démon se mit bien de la partie, et chercha » à m'irriter par des secousses, des inquiétudes^ w des brouilleries que je ressentois intérieuren meutj mais comme je m'abandonnoii à votre

» Esprit et me joigiiois à lui pour re'sisfer à celle » tenlatioii, après avoir aclliéré un temps à votre* » volonil salûte, et m'être appuyé sur le pou-> » voir fie voire grâce, tout s'évanouit. Le malin » esprit fut contraint de prendre la fuite, mais )) si affoil^li, que depuis ce temps -là je ne me » souviens pas d avoir jamais eu de la peine à » souffrir les injures et les mépris qui me sont » dus. Par exemple, ces jours passés, me voyant )) injurié tantôt par un de mes proches, et tantôt » par une servante, je n'y fus nullement sensible. » Loin de m'en ofïVnser, je ne répondis qu'eu » souriant; ce qui les étonna. Je dois rendre grâces » ici, ô mon Dieu, à votre miséricorde ».

Le prince de l'orgueil tenta souvent l'homme de Dieu d'aspirer à de grandes choses. Son premier mouvement étoit alors de s'abîmer dans son néant, w J'ai reconnu, disoit-il, deux tentations » étranges, mais d'autant plus subtiles et dange- )) reuses, qu'elles étoienl spirituelles et couverte^ M des apparences trompeuses de la dévotion. Je » sentois dans mon propre fond un certain désir M d'être quelque chose de g^lnd dans les desseins » de notre Seigneur; de me trouver dans le ciel au. » rang de ceux qui occuperont les plus hautes » places. Je n'avois pas vu, comme je le vois au- » jourd'hui, combien il y a d'orgueil dans ces pen- )) sées. A la première, je n'ai pas connu d'autre » remède que de m'anéantir, en considérant que n je n'étois rien, et ne devois prétendre à rien de » grand; que je devois au contraire me tenir tou- » jours dans le sentiment de ma bassesse. Quant )) à la seconde pensée, j'ai découvert une chose

)) admirable

tlVUE VII, CHAP. IX.

w admirable dans les saiats du Paradis : c'est » qu'ils ne pensent point à ce qu'ils sont dans le )î cieJ. Ils ne regardent point leur gloire,- ils sont » autant de miroirs qui renvoient à Dieu les rajons w partis de son trône : ils ne sont point à eux » mais à Dieu seulement ; ravis d'être à lui selon » tout ce qu'ils sont, pour le glorifier uniquement >» sans aucun retour sur eux-mêmes ». '

M. Olier n'ëtoit pas moins attentif à prévenir les attaques de l'orgufdl, qu'à les repousser. Les lalens qu'il avoit montrés dans ses études annon- . çoient en lui un sujet de la plus grande espërânce, et ses premiers succès faisoient juger qu'il couvriroit de gloire, s'il entroit dans la carrière qui mène au doctorat. Pour éviter les pièges du démon , il renonça à la licence et aux degrés supé-' rieurs. On sera édifié de l'entendre encore ici produire ses sentimens. « Je disois un jour à la » mère Agnès ( c'est ce que je trouve toujours » écrit de sa main) que j'avois un grand désir de M venir à Paris pour étudier, me plaignant de » n'en savoir pas assez, f^ous en savez assez , me » répondit -elle. Ce qui me donna quelque conj) fiance, et me fit renoncer aux brillantes études. » Je serai bien aise toute ma vie d'avoir suivi le h conseil de M. Vincent, et du P. de Condren, » de ne point prendre le bonnet de docteur. L'or- , » gueil m'eût perdu, J'aurois dérobé à la croix et » l'honneur qui lui est dû,- et la vertu de l'esprit » qu'elle nous a méritée. Quand on verra que les » peuples profiteront des discours d'un ignorant, • » ou qu'on remarquera en moi quelques rayons t ^ de lumière, on n'en attribuera rien à la science

)i de FEcole, mais à la miséricorde de Diea. Je n bénis donc k divine providence^ qui a permis » que mon ignorancé ait été contttlé 4e béaucdap » de grands esprits et habiles doSfielHni ii/

Tant de combats et de précaution^ contre la wi|if^%1oire, lui avoient fait faire de si grands pt^ès dans les voies de rbniâiltté^ qu'il ne re^ gardoit les apparitions et les autres faveurs singu* lières dont la bonté de Dieu le prévenoit, que commf niiQ^pfeuve de. sa foiblesse et un suppléa ment à sbn- infirmités <c O bonté adoraMe y d^ » soit-il, après une visite intérieure du Seigneur » qui le combla.de consolations, vous ave£ bien. » ^iffi^^e fiûre cette giÂce. C'est ainsi que votÀ 1^ iraësz tés foibles^ poàt rànimer la languenr dé » leur foi. N'est-il pas vrai , mon Dieu, ma vie, I) j^jpn tottt^ que vous n'agissez pas ainsi avec les »^fiirts, ]pi â'véc 18s justes qtii vivent de la foi? Je » eont^ois une persotiïie avec laquelle je vis , et M^Oiit je ne suis pas digne de délier les souliers, H^^esl^d'^ne si grande ibi^ qu'elle croit plus ^ n tc^e parole qu'à tous les signe| possibles; et voitl 9) vous ne la ti^attet pas de la Sorte. Soyei béni> l) mon Dieu, qui gouvernez chacun selon ses bej» soins, et qui laites paroitre en toutes choses^

votre sagesse >».

« Quelques grâces qu'il y ait en nous, disoit-il I) encore, nous sommes toujours les mêmes vases D^de terre, toujours de misérables néants et rien n pins: habemus îkesaurum istum in vasisJicûU*^ » hus (0. Les espèces du pain et du vin au trèst » saint sacrement^ ajoutoit-il^ ii'ont point à se <S) n. Cor. ir. 7»

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