‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 168 sur 205 · LIVRE Vif, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE Vif, CHAP. IX

w glorifier des grâces qu'elles renferment, et des » biens qne la sainte Eucharistie opère dans les *) ames • parce qu elles n'en soni point les causes » mais seulement de légères et fragiles eeorcf s^î )) quoiqu'elles approeht'nt de si près la divinité; » Il en est ainsi des ames les plus saintes et les » plus remplies du Saint-Esprit : ce sont comme » des ëcorces> qui (^n fort peu de tt mps se gâtent » et se corrompent. Et de même que le corps et » le sang de notre Seigneur cessent d être présens » sous les espèces qui sont corrompues; de Uicme » aussi, à la première corruption et impureté » l'Esprit saint sVloigntî , et laisse ces pauvres rV^J r^f » vaisseaux dans leur corruption. Qu'on juge par- ' » là SI une ame, pour recevoir des grâces aussi » précieuses que les sacremens, et pour porter ^ '• •^>^ » notre Seigneur en elle-même, comme le paia' » et le vin, ou le Saint-Esprit, comme l'iuiile » consacrée «t le baume de la t'onfirmation a >ï sujet de se glorifier et de se croire plus qu'elle » n'étoit auparavant. Ne doit - elle pas, au con- » traire, craindre beaucoup que notre Seigneur ne » se retire, ne la trouvant pas assez pure pour » demeurer en elle »? m

r C etoit surtout pendantses retraites que M. Oliep^ découvroit en son intérieur tout ce qu'il y avoit de plus propre à le perfectionner dam la vertu * d'humilité, parce qu'il trouvoit toujours de nouveaux sujets de s'anéantir à ses propres yeux. « Un jour, dit-il, que j etois en retraite, j:- priai » Dieu qu'il ôiât de l'esprit des hommes la bonne » opinion qu'ils avoient conçue de moi sans fonw dément; et qu'il leur en donnât une aussi inau-

5oo TIE M. OLIEH.

» valse , que celle qu*on conservoit encore éloit » bonne et avantageuse. 11 m'exauça peu do temps » après , par une grande miséricorde dont je ne » puis assez le remercier, tant mon ame en a » retiré de fruit. Dans cette même retraite je reçus w beaucoup d'autres grâces de son infinie bonté; » entr'aulres, i.o une vue de mon intérieur qui » m'en lit connoître toute la laideur et la diffor- » mité. Je le trouvois semblable au corps d'un » serpent mort de corruption, duquel sorloient » mille bêtes venimeuses, et s'éle voient une infinité ï) de moucberons infects ; ce qui me faisoit com- » prendre que de notre cbair naissent à tout mo- » ment des pensées impures. J'en étois alors fort » affligé, parce qu'elles interrompoient l'occupa- » tion de mon esprit en Dieu seul, et troubloient » la parfaite paix de mon ame, après laquelle je » soupirois jour et nuit, depuis le commencement » de ma rctraiteif car je ne pou vois souârir d'autre » entretien qu'avec mon Dieu ». , ..

(( 2.° Je me souviens encore que peu <îe temps >j auparavant, la miséricorde de mon Dieu m'a- ' » voit fait voir mon ame au milieu de mille » pièges, c'est-à-dire, de mille pensées d'amour- Ti propre ou de respect bumain qui l'environ- » noient^ ce qui me jetoit dans la consternation. ; » Et pour ne pas omettre ici la plus grande des » peines que j'ai ressenties dans tous les états » amoureux de la croix de mon Jésus, je me suis » vu assiégé par le respect bumain, jusqu'à croire » agir toujours, non pour la gloire de Dieu seul, » mgis pour l'estime des bommes. Voilà de toutes » mes afflictions la plus pénible et la plus dou-

tl.Vttl TU,. CH>AV« IX. Soi

» loiiTense. Quand dans mes confèsnons j^eftétois » venu là, je fondois en larmes, ô mon Dieu! » Mille morts plutôt que d'agir pour tout ^utrf » que pour yous »! \

Les traits suivans feront connaître de plus en plus combien M. Olier avoit une basse opinion de lui-même. Après avoir rapporté ce que lui ^avoit dit tme fois saint Yincent de Paul, que les bénédictions de Dieu le suivoient partout où il alloit, il ajcHite : a Je puis bien le dire à. la> gloire j) de Dieu mon maître : il est; vrai que dans les •» missions de nos quartiers , ou nous étions de )) pauvres petits ouvriers de paille qui n'avions » aucune vestu^ il y nvoit des béuédictious ad- » mirables

Faisant aiHenrs le^r^t d'an6'Convérsatio& qu'il

eut avec un célèbre théologien ^ voici comment il s'exprime : te Etant, dit-il,, avec M. Tabbé de » Foiz, non» rencontrâmes un babile bomme qui j> vint nous cbevcber^ Je t&diai alors de m'âoic » gner un peu, pour laisser la parole à mon supé- » rieur, ne me jugeant pas^ digne de parler avec D lui» Il nai.e presse de m'approc^er pour m'entre- )» tenir avec ce docteur / dont la> science et la » capacité me surpassoient extrêmement. Par n obéissance et contre mou gr.é> ]^ entre peu à peu D en conversation, me laissant conduire à l'espriit V de Dieu, pour parler sdon ses monvemens. » Alors il daigna me suggérer des choses si bonnes, )) si saintes et si fortes, que cet étranger en fut » surpris', comme il le témoigna depuis à M. de If* Foix. 6elui«-ct fiit étonné tout le premier de ce là que produisoit eu ce moment mou igoorauce ,^

» autant que je Tëtois moi-même. Je ne doute pas » que l'un et raiilro ii't ii aient atlribuéla cause à » celui-là seul qui peut délier la langue des mucls, » C'est son esprit qui se cache dans les lieux les » plus sales, pour mieux faire paroîlre sa beauté, » et aussi pour faire voir que la créature ne peut » rien s'attribuer de toutes ses œuvres; puisqu'il I) opèrr tout par dos inslrumens si vils et si mé-^ » prisa Lies. C'étoit là ma consolation dans me^ » pein 'S. Car je disois: Si Dieu vouîoit jamais se » se rvir de moi, ce que je ne pourrois croire, au » moins Ton connoîlra bien que c'est lui qui fait » tout en moi ». i ■ . > * • r ■ .t/i^ . . »<

Comme on ne pouvoit voir sans admiration qu'après avoir été pendant deux ans presque incapable de rien dire , il pariât avec tant de lumière et d'éloquence, il disoit : « Cela me con- » fond quand j'y pense; car je suis un pauvre » aveugle si misérable, un ver dè terre si cbélif » et si obscur , que je m'étonne comment j'ose )» paroître devant le monde , moi surtout qui , » pendant si long-temps, me suis vu l'objet de » sa risée, et méprisé de tous ceux quim'écoutent » aujourd'hui avec admiration. Ils peuvent bien » le faire, après tout; car je l'admire moi-même, » sacliant quelle est mon ignorance et ma stu- » pidité ». • 'ny.'is^.':/.

Sur le bien que faisolent les prêtres qu'il s'étoit associés, « Je me suis réjoui, disoit-il, et je le V fais encore, quand je vois que ce qui se fait » dans la petite compagnie n'est attribué à per-. » sonne de nous, et que c'est Dieu qui le fait . » tout envier. Il est bien vrai que pas un d'entre

>i nous ne peut donner sujet au monde de dire : N Celui-là a fait çeiip couvre. Oh 1 que Dieu i>oit n bëoi) qui ieul. v^ujt fe glorifier dans son oà« l) vrage* Je vois quelquefois moa néanl et délai

)» de la compagnie , avec une si grande lumière;

D je suis 4 çoa vaincu de Datfe.imMHj^^ ^ n faipe {lour Dieii^ que je aé pu^|p^<slppéchex' I» de dire, aussitol que j'y ai pense i Ùesivous, » /wo« Z>/ew^ qui faites tout : il me semble m^me^ » eosuite ^te-séflésion sur notre néaiitjî^ue » .tout îià sa perdre, et que la société va \ÉmdUfi » en ruine, ne voyant rien en nous qui puisse » contribuer à sa conseryat^oa. Cela va }usqu à la >) wé^Bcerif^iktoUemiipit^ q«i me sert y oonnoitrè que» nous ne pottvone subsister que » par Dieu seul, et à confesser que tout est néant » hors de Dieu. C'est lui qoi arforme ^otre cora- ^ pagnie ; c'est lui qui la oonserve, lui qui Téclaire^ I» lui qui, dans la oomplaisajace qu'il daigne prenr » dre en elle, lui procure mille appuis qu'elle ne

^ ^^^'^Sj'l'IW^^^' ^'ft^^^lHl^ill^^ ^^^^ de sa main » tQiMi^^p^lpnie,^ «t^

R auteur 4^^a> excellence, que lui w^v^i et ifis^ a Jundai^lt eam A Itissigiu s n. . . :

• M. Olier se méprisait t^eUspeiii lui-même et tout ce qu'il £iif9Ît> que jamais il n'âuroit mis au \ont aucun de ses duvrages, s'il n'eut ooiMmlté^ que l'humble opinion de son cœur. Plein de la .peiisédei.dusen^a|entde sou néant^quine TabandoQiioit poi]M;^l|i?edoiitoit .tout ce qui «poavoii lie faire estimer des hommes et lui attirer de l»

cousidérMikwi'» S'il prit la plumiB p<>uv cmi^Q^^

5o4 I>ï M. OLÏER.

quelques livres de pie'të , ce fui par obéissance aux ordres de son directeur, ri dans le désir de ré- * pandre les flammes du pur amour qui le dévoroient intérieurement. Tout y respire FEsprit de Di(^u , et partout on y découvre les plus hautes lumières, tant sur !• s mystères de notre sainte religion et le sens des Ecritures, que sur les voies do la perfeclion et les maximes de la vie intérieure. Ne craignant rien tant que le poison de la vaine complaisance , il ne voyoit que Dieu dans tout . ce qu'il écrivoit. 11 vouloit qu'on n'en détournât point la vue, lorsqu'on se livroit à la composition , de peur de perdre tout le fruit de son • travail, par les retours secrets de l'amour-propre. ^ » Notre Seigneur , disoit-il à ce sujet , est la i » source de toutes les lumières répandues dans » l'Eglise, et nous ne sommes que des canaux » par où elles se communiquent aux peuples. Ceux » qui conduisent les eaux dans les jardins se » vident souvent en fournissant de quoi remplir » les bassins et faire jouer les fontaines j ou , si V l'eau n'en est pas bien pure, ils se remplissent ^ » bientôt de matière étrangère, qui, les rendant » incapables de servir, obligent de les rog;ipre » pour en construire d'autres et les mettre en leur » place. Or, dans l'ordre du salut, il arrive souvent ,^ » quelque chose de semblable à l'égard des minis- » très de l'Eglise, parqui notre Seigneur fait passer » sur les chrétiens les eaux de la a|^e et les lumières » de son esprit. Ces lumières sSr pures en elles- » mêmes, puisqu'elles viennent de Dieu et sont » une émanation de sa souveraine sagesse. Passant

LIVKE VIT, CHAP. ÎX. 5o5

» parles liorames, elles produisent, en rejaillissant » jusqu'à la vie éternelle qu'elles procurent aux-. » ames, des effets admirables qui font la joie de> » Dieu et des citoyens du paradis. Mais il faut que » les hommes par qui elles s'écoulent soient ca-> . )) naux pour les autres et bassins pour eux-mêmes,'.' » Cependant combien s'en trouve-t-il , qui , en » communiquant beaucoup aux autres, demeu- » rent à la fin entièrement vides , ou ne se rem- » plissent que pour s'engorger d'orgueil, decom»

plaisance et d'estime secrète j vice qui les fait » réprouver de Dieu et abandonner aux ministres , » de sa justice, pour être brisés comme des in->^ » strumen^ qui ne sont plus bons qu'à être mis ea-^ «pièces. 11 faut donc, ajouloit le serviteur de*- » Dieu, que ceux dont le Seigneur daigne se.^ » servir pour éclairer les autres et leur faire par- . )) venir l'abondance de ses grâces, soient si purs, v

qu'elles ne puissent se corrompre en passant )) par leurs mains; c'est-à-dire, qu'ils sachent » renvoyer toute gloire à Dieu, et ne retenir pour » eux que de grands sentimens d'humilité: autre- » ment le ministère qu'ils exercent pour sanctifier » les autres, sera leur propre condamnation. Ah ! » disoit-il un jour, combien seront damnés, après » avoir reçu beaucoup de lumières pour l'instruc- » tion des if^orans ,• parce que n'ayant pas eu un i )) fonds sufiisant d'humilité et d'esprit d'anéan- » tissement, ils n'auront pu se dégager de l'amour » de la gloire et de la propre estime » I

De cette profonde humilité, naissoit dans M. Olier une partaite dépendance de l'esprit de . Dieu, lise laissoit gouverner à ses impressions,.

5o6 VIE DE M. OLIEIU, .

comme un disciple qui, en écrivant, ne fait quo suivre la main du mailre qui le dirige. Avant d'écrire, il lui abandonnoit sa mémoire, son esprit, ses pensées et sa plume , afin qu'il daignât le conduire selon son bon plaisir. Il s'offroit à lui pour anéantir ses propres lumières et ne rien produire qu'en la sienne, qui, étant toute pure et toute sainte, ne pouvoil rien opérer que de saint : disposition que Dieu récompensoit par une assistance toute particulière. On Ta vu souvent écrire durant lespace de deux ou trois heures, quelqueiois même de cinq ou six, sans faire la moindre ratun j tant ses idées étoient faciles, et serangeoient dans le plus bel ordre sous sa plume. Mais,cpmme lapôtre, s'il savait user de [abondance, il savait aussi parler les plus rudes humiliations, « Il faut, » disoit-il, suivre Tordre du maître en toutes )) choses j écrire quand il lui plaît, et cesser quand » il veut. La règle de toutes mes actions doit être » sa très-sainte volonté. Quelque estime que nous M devions avoir pour les lumières qu'il nous ac- » corde, et quelque profit que nous en retirions, » soit pour notre perfection, soit pour celle de » nos frères, gardons-nous bien de nous y atta- » cher- et ne les désirons, ne les retenons , qu'au- » tant qu'il plaît à notre Seigneur nous les donner ^ ou nous Jes conserver. Demeurons aussi Irani) quilles et aussi joyeux dans leur privation que )ï dans leur jouissance. Elles ne sont point à nous, » mais à Dieu. Rendons-les donc à Dieu , lorsqu'il )) nous les redemande, avec un aussi grand cœur )ï que nous les avons reçues. C'est montrer beau- » coup d'imperfection, que de vouloir jouir de

livuk VII, CHAI». IX. 5o^ ji noifïe Seigneur^ de ses lumiéiw et^f^^e^

source, pour

» s'attacher au ruisseau, qui souvent tariroit par >^ ia trop glande attache de notiNp^ J|pBur, si Dieti 9^lM wa» goémoit de ce déM^ar la sofi- « tffMioià^tles grâces qui rentretieiinont )). Ces maximes, qui ne peu vent être goûtées ni comprises que par un homme enUéfemeul Bimi;4 lai-méme^ AI. Qli^ eut ihbHa fois tyocasion faire usage; et ceux qui en étoient témoins regardoif-nt son. humilité', et la dépendance de la conduite dt; Dieu qui en étottlefruil^ cdttliâe ilif dofi ^ tenoit du fnirftde^lliÉil^H^^âtepeiir dMeurer toujours égal à soi-même flans une si humihante diversité d'états que celle où Ton se voit réduit, lorsqu'aprés avoir eu la &cilitë de dire ou d'écrire tout ice qu'on vouloit, on se trouve dads tine espèce de stupidité «[ui ne laisse dans Tesprit que ténèbres et igno* ranbe.

• A ces ténèbres, Diea ihisiMt toujours succéder Péclat de sa lumière, à propoi tion de l'anéantissement dans lequel il avoit vu son serviteur supporter ses épreuves et adorer sa conduite* Mais plus lé ciel redevenoit serein pour Itii , plàs il s'hu^ inilioit de nouveau et s'aLîmoit dans son néant ; toujours confus de recevoir des grâces dont il abasoit sans cesse à l'entendre , et craignant tou>* jours de profiiner lës dOns dé Diéu par le mélange de sou propre esprit. Car voici une maxime sur laquelle il insistoit beaucoup, et que M. de Bre^< .'tonvilliers avoit souvent entendae de sa bouçhe. c< Lorsque nôtre Seigneur parle, disoit-il, il finit

5o8 VIE DE M. OLIEK. '

» que toute créature se taise , par respect pour la I) voix de Dieu ; comme lorsque Ja volonté de Dieu » est connue, il faut que toute autre volonté cesse, » celle des anges , comme celle des hommes. » Toutes nos volontés, soit au ciel, soit en la M^erre, doivent se perdre et s'absorber dans cette » première et souveraine volonté, comme dans un » abîme où tout va s'engloutir; et nos lumières ï) propres disparoître au premier rayon de la lu- » mière de Dieu, comme les astres s'éclipsent à » la vue du soleil ». 11 ajouloit que vouloir mêler ses propres pensées et les productions de son esprit à celles qu'on reçoit de Dieu, c'étoit mêler de la boue à For le plus pur, ou imiter un apprcnli dans l'art de peindre, (Jui, ayant un tableau fait et fini par le premier artiste du monde, voudroit le retoucher pour le perfectionner encore et lui donner plus de prix.

Son humilité lui rendait plus chère une autre pratique, qu'il recommandoit beaucoup d'observer comme un de nos devoirs les plus inviolables, C'étoit de se renfermer, pour les choses spirituelles, dans la mesure des connoissanccs qu'il plaisoit à Dieu de nous donner, et de respecter les bornes de notre esprit, sans désirer de pénétrer ce qui passoit nos forces. « C'est un grand défaut, disoil- » il, dans les personnes intérieures et adonnées à » l'oraison, qui tiennent de Dieu des choses ob- » scures et profondes, de vouloir aussitôt les com»- » prendre et les expliquer à leur manière! Outre . j) que c'est s'exposer à donner leurs propres er- >) reurs pour les secrets de Dieu, ou à taire passer I) pour illusion ce qui, bien compris, seroit re-

IITIIC TII, GBÀP. IZ. * Sog"

» connu pour vérité ^ c'est une témérité et une » pro&nation de la lumière céleste , qui sé pèul D s'allier avec les fiinsses lumières sorties de n#tiii

» propre fonds. C'est une curiosité qu'il faut i^é- » primer^ en nous tenant liumblemcut dans les^ I) termes ou Dieu veut que notre hmgsie et notre 9 esprit s'arrêtent : comme les prophètes , les » évangélistes et les apolrcs^ qui ii'ccri voient et ne » parloient que selon rimpressioa duL Sa^nt-£s*- N prit; qui ne méloient rien du leur avec la lur }» mière qu'il leur eommuniquoit ; et rendoîéill » toutes choses j soit quelles fussent claires oïl » obscures^ ainsi qu'il l«s inspiroit ».

Outre ce que H^ Olier a écrit sur l'humilité dans VIntroduetion h la Vie chrétienne, dont j'ai parlé au livre précédent, on trouve dans ses Mémoires beaucoup de pensées et de maximes sur cette vertu.^ qui ibnt également admirer et Téiélraff tion de son esprit et la beauté de son ame. Je vais en donner un précis.

^ J?4UMl : 4|irc ce que je pense de cette divine » vertu ^ è'èstiMBsî^'il s-'exprime, je la crois un j) mystère , -ou au moins le mystère des vertus* w Vertu fort peu connue et encore moins prati- . » quée. Elle a trois parties, ou tiKÛs degrés. La » premier consiste à se plaire dawi te^^ljyfMiMifica » de soi-même. Il y a plusieurs personnes k qui » Dieu fait conaoitre leur propre misère et leurs I) déiautSy leur en donnant même l'expérience, et ^ leur fidsant remarquer la légèreté , L'inuililHé, » la stupidité de leur esprit, et leur incapacité én- » tière ù faire le bien : mais cet te connoissauce les ' 'm attriste ^tvliib4^te dans rabattement^ ils m4»

5lO ' VIE DE M. OLIER.

)) peuvent souffrir. Ils cherchent en eux-mêmes » quelque chose qui les console de leur humilia- » tioij, et quiles flatte; ils s'appliquent à de'couvrir » quelques vertus qui les mettent à couvert de » celte confusion : et cela est orgueil . J'ai e'té lonir- » temps en cet elat. J éprouvois de si grands abat- » tcmens, de me voir tel que j'étois , c'est-à-dire, w'rien dans Tordre de la nature et de la grâce, » inutile à tout, incapable de tout, insupportable » à tout le monde et à moi-même, que jVn e'ioi* )) dé<'ourag(3 intérieurement et livré à un ennui » mortel. Mais, mon Dieu soit be'ni, combien j'é- » tois foible et ignorant ! Los ames déjà humbles » se réjouissent au contraire de connoître ce » qu'elles sont, pourvu que le cœur n'adhère )) point à la mahce de la chair, principe de toutes » leurs misères, et aussi cause ordinaire des peines » qu'elles éprouvent, lorsque Dieu permet qu'elles M ne sachent pas discerner entre les attaques ou 5> le sentiment de la concupiscence, et le consen- M tement: comme lorsqu''on se sentira de la répu- » gnance à parler aux pauvres ou à leur faire la cha- » rité, à penser à Dieu ou à entendre sa sainte pa- » rôle; et ainsi de mille autres choses qui partent de » ce fonds dépravé qu'on appelle communément » nature corrompue. Dans l'incertitude où l'on est )) d'y avoir consenti, on s'afflige et on se trouve il fort humilié de cet état, parce qu'on craint de » n'avoir pas assez travaillé pour se vaincre soi- » même. Ces épreuves sont moins des sujets do> » peine, que de salutaires avertissemens , et un w moyen dont Dieu se sert pour rappeler à ceux M qui le servent, qu'ils sont composés d'une na-

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