‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 171 sur 205 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

SA PÀTl£irC£y SA EÉSlGMATlOn DAlfS UBS CftOIXy BT son toAUTÉ D*AVB*

Rien ne fait mieux connoitre la divinité du christianisme, que l'accomplissement de cet oracle de TEcriture : Tous ceux qui veulent vwre dans la piété en J èsus - Christ , souffriront persécu^ tion (i),*et la paix avec laquelle on voit souÛrir les par&its chrétiens. Il étoit impossible à tout autre qu'à un Dieu , d'annoncer pour les élus de tous les len]ps et de toutes les nations du monde, que personne n'entreroit clans te ciel que par la voie des tribulations et des souffrances: comme sans un secours divin il seroit impossible de conserver la paix du cœur, et de posséder son ame dans une patience inaltérable au milieu des afflic-. txons et des croix. Aussi n'est-il point die marque plus certaine de' la vraie sainteté^ que cette vertu canouisée par Jésus-Christ lui-même, lorsqu'il a dit ; Bienheureux ceux qui soufrent persécu^ tionj parce que le royaume des cieux leur appar» tienU Jamais M. Olier n'a paru élre mieux rempli

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de l'esprit des saiuts^ que dans les tribulations. Je ne répéterai jpoint ce que j'ai raconté de ses peines intMetires et des épreiives terribles en ce

f^enre , où il a plu à Dieu de le mettre en dififerens temps de sa vie. A quelques-uns de ses plus beaux sentimens sur cette matière^ que j'ai tirés de ses manuscrits, je me contenterai de joindre plusieurs traits de patience et de douceur qui méritent de trouver place dans son histoire.

Je ne puis, dit-il, taire l'amour que notre « Seigneur m'a donné pour sa croix dans lorai- » son, ni la grande joie qu'il m'a lait resscnlir, » en m'assurant que j'aurois beaucoup de tribu- » lations dans la cure de Saint-Sulpice. Cette aç- » surance m\i Iransporté hors de moi-même, » parce qu'elle ma obligé de m'offrir tout entier n à Jésus «-Christ à son amour pour soufirir; n mais avèe des étii^^ des paroles Beml>lables îk » celles de saint André : O croix après laquelle je tt^^oupire depuji^ si long-temps! Hier, je coriside'- )9^rois dam iilà méditation notre Seigneur foulé pièds, frappé, jeté par terre, accable. de » coups,' et je me voyois traité de la même roa- » nière. Je contemplois en même temps les dis- N positions intérieures de ce divin agneau dans » les mauvais traitemens; c'est-à-dire, une dou- » ceur etéune patience extrême. Je me le repré- » sentois disant en soi-même, qu'il me'ritoit bien n d'élt^^itié de k sortie, puisqu'il s'étoit chargé < ^ âià pêS& èa monde entier ; d'oi je conduois » que je devois me résoudre à porter toutes sortes » d'affrofits et d'ignominies, puisqu'en acceptant » la cure , je youlois me charger ^es péchés de

livue VII, cukv. X. SaS » tous ceux dont j'allois être le pasteur , et que je » me raeltois comme une victime entre les bras » de la justice divine, pour subir tous les cliâti-' >» mens qu'elle voudroit exercer sur moi. En con- » firmation de la grâce que m'a fait espérer mon » bon maître, il m'a remis en l'esprit la vision dans » laquelle la bienheureuse sœur Agnès m'appa- » roissant me présenta le crucifix, qui depuis m'a » été donné et que je porte sur moi. De plus, il 7) m'a rappelé cette autre grâce qu'il me fit, lors- » que je vis notre Seigneur sortir* du ciboire » comme un enfant de feu, portant une croix de- » vaut soi; ainsi que cette autre vision intellec* » tuelle, où ra'étoit représelRée la bonté de ce » tendre maître, m'offrant une croix d'une gran- » deur énorme et d'une pesanteur insupportable. » J'en étois si effrayé que je lui dis : Non, Sei-^ » gneur^je ne puis la porter, sinon en votre vertu. » J'en vis encore une troisième, que j'attends et » que je porterai, lorsqu'il plaira à Dieu de me la m mettre sur les épaules. Je ne la crois pas fort » éloignée : ce que j'apprends d'un certain homme » fort irrité par la malice du démon, qui menace » d'imprimer des billets contre nous. Tous ces » objets me furent mis en un instant dans la mé- » moire avec la prédiction de celte bienheureuse » sœur Agnès , qui voyoit ma vie toute pleine de M croix étranges. Dieu soit béni de tout ».

Voici ce qu'on lit ailleurs: « Dieu m'a fait trai- )» ter avec furie par la personne de M. de Fiesque, » que je devois honorer comme Dieu lui-même » irrité contre moi. Aussi sa bonté n'a jamais per- » mis que j'aie éprouvé contre lui le moindre res-

)) seutimcnt intérieur. Au contraire, lorsqu'on » vint me dire qu'on le mcnoit en prison, ce qui » toutefois n'arriva pas entièrement, les larmes » m'en vinrent aux yeux; tant j'en eus de chagrin » dans mon amo. Je ne fus pas moins aiïligë, que » si le traitement qu'il essuya fût arrivé à la per- » sonne du monde que j'aimois le plus ». Le serviteur de Dieu avoit appris de noire Seigneur à ne point rendre le mal pour le mal, mais à bénir ceux qui le maudissoicnt et à faire du bien a ses pcrsccuteuri. Ce fut ainsi qu'il se vengea lorsqu'on eut mis la main sur lui, et qu'on le traîna au Luxembourg comme un criminel. Son premier mouvement, aprèsfK'oir adoré la main de Dieu, fut d'honorer ceux qui étoient les premiers auteurs de la tempête, et de prier pour eux. Il s'offrit à Jésus- Christ, comme une victime qui se seroit estimée heureuse d'obtenir au prix de son sang le salut de ses ennemis. « Faites de moi ce qu'il vous plaira, » disoit-il intérieurement à notre Seigneur; mon » unique désir est de ne vivre que pour vous. » Mille vies sacrifiées a voire gloire, et perdues » pour gagner les ames que vous avez rachetées » sur la croix, fcroient ma joie et mon bonheur ».

Si jamais ni les peines intérieures ni les contradictions que lui suscitèrent ses ennemis, ne purent lui faire perdre la paix de Tame, il ne parut pas moins maître de lui-même dans les accidcns j et les contre-temps inopinés, où il est si difficile de ne pas laisser échapper quelque trait d'humeur et d'impalience. Dans son voyage de SainL-Claude,* lorsqu'il éloit à deux journées de cette ville, dont il ignoroit le chemin, il fut obligé de prendre un

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