LIVRE VII, CIIAP. X
toire, et prenant la parole, lui fit, d'une voir tremblante, de vives plaintes sur ce qu'il avoit, disoit-elle, ôté l'oau bénite à ses paroissiens. Elle ajouta qu'il eût beaucoup mieux fait de laisser l'ancienne coutume, et de n'y rien changer. Toute cassée qu'étoitsa voix, M. Olier ne perdit rien de l'apostrophe qu'elle lui adressa* Enhardie par le silence de toute l'assemblée, (car elle le prit pour une approbation) elle ne se lut qu'après avoir dechargé tout ce qu'elle avoit sur le cœur j puis, regardant à droite et à gauche, comme pour s'applaudir et recevoir les applaudissemens de l'auditoire, elle se remit sur son siège, fort satisfaite de la leçon qu'elle avoit bien osé faire publiquement à son pasteur. Celui - ci édifia autant qu'il étonna tous les assistans par sa douceur et sa modestie. Il la laissa parler jusqu'au bout, sans témoigner en aucune manière son mécontentement , et ayant attendu qu'elle se fut assise, il se contenta de lui répondre tranquillement : Hé bien ^ ma bonne amie y on y pensera. Puis il reprit son discours, comme s'il n'eût point été interrompu. Plus on fut surpris d'une scène aussi extraordinaire, plus on admira le grand empire que M. Olier avoit acquis sur lui-même^ et la douceur qu'il fit paroître^ en celte circonstance augmenta encore la haute' opinion qu'on avoit de sa verlu.
Souvent on Ta vu recevoir des reproches sanglans, et s'entendre dire des injures atroces, sans faire paroître la moindre émotion. Il n'ouvroit même pas la bouche pour se justifier. Ou l'a vu quelquefois dans ceà occasions, se jeter à genoux,
et, comme s'il eût été coupable, demander pardon aux personnes qui Tavoient maltraité, quoiqu'elles fussent de la plus basse condition. Un jour, un homme qui lui étoit fort inférieur, osa, pour mettre son humeur à l'épreuve , lui reprocher d'être un gourmand , et ajouter a cet affront beaucoup d'autres paroles humiliantes. M. Olier, avec un visage aussi serein que s'il eût reçu un bon office, lui répondit par des remercîmcns, et lui promit de mettre à profit l'avis charitable qu'il vcnoit de lui donner.
Rien n'éloit capabk de troubler sa tranquillité intérieure, depuis le jour où il avoit reçu avec joie le mépris qu'on avoit fait de lui dans une cérémonie ecclésiastique, comme on Ta rapporté au chapitre précédent. Il savoit tellement gouverner ses passions, et tenir son cœur dans ses mains, que ni les accidens les plus funestes, ni les propos les plus injurieux ne lui causoient pas la moindre altération. Dieu permit qu'il fût souvent rebuté de ses proches, maltraité des grands, insulté par des valets, persécuté par des hommes pleins de méchanceté, qu'on avoit envenimés et irrités contre lui. Tous ces différens assauts le trouvoient toujours le même, et à l'entendre parler (\ç ceux qui le traversoient, on eût dit qu'il n'a voit que des amis dans le monde. Au milieu, des persécutions qu'il eut à essuyer, soit de la part des étrangers, spit même de la part des siens, il eut pour, pratique de se regarder toujours comme une pauvre victime morte et immolée parla vertu de notre Seigneur, prête à endurer tout, u Moa
» bon maître^ dit-il à ce sujet, me fit up jour cette demande : Hé bien, ne te lasseras-tu point? D Non y Seigneur 9 lui répondis^ je ^ non^ tant qaé » vous voudrez. Eternellement^ ô mon amour l » éternellement ». / '
Le trait suivant, tout minutieux qu'il est danif son objet , montre encore une patience dont on Irouveroit peu d'exemples en pareille circonslance, dans les hommes même les plus doux et les plus mortifiés. Gomme il s'babiUoit pour célébrer les saints ni}^stèrcs, le sous-diacre, en lui attachant le manipule, enfonça l'épingle jusqu'à Tos. Sentant qu'elle ne pouvoit avancer , il la poussoit ave0 violence dans la chair, croyant la &ire «nt^f tRUÔâr iVniemeùt dé l'homme de Diett qu'il assisloit. « Mon enfant ^ lui dit-il tranquil- » lement, comment voulez-vous qu'elle entre? » L'os qu'elle touche Tarréte ».
Combien de feis sa douceur a^t-elle fait Padmi^ ration de ceux qui furent témoins de sa conduite ordinaire, soit publique, soit privée? La multitude infinie^fi^p^Hts et d'affaires dans lesquelles il s'est trdâ^'i^gagé'duTant Kir dix années qu'il exerça le ministère pastoral j le grand nombre* d'ennemis qu'il rencontra, depuis qu'il se fiit consacré pleinement an service de Dieu et de soit* Eglise; les longues et fréquentes maladies' ^'il essuya furent comme autant de creusets difïerej:is où sa vertu passa par les plus fortes é^rçiq^e^,. Toutes servirent à le purifier comme Pof qai se raffine au feu. Et qnand il eût souffert beaiiCdùpi uiQins^ il auroit été assez éprouvé dans la tribula-*
S3a Vlfi-DE H. OLIEX.
lion, pour mériter un rang parmi ceux de qui il est écrit : Les Jwmmes que Dieu veut recei^oir au nombre des siens ^ s'éprou^nt dans le fourneau de FhimiUationf.^)»