‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 18 sur 205 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

ponr servir l'Eglise, il regarda cet événement comme un signe de la volonté de Dieu ; ce qui le détermina enfin à prendre son parti.

La première démarche qu'il fit, après avoir XXVt reçu du Seigneur cette sorte d'inspiration, fut W va foire

" . " . , * . une retraite

^de se retirer à Saint-Lazare, et d y vaquer unique- ^ s. Lazare.

"'ment , sous la direction de messieurs de la Mission, aux exercices spirituels. En allant dans cette maison , connue dès-lors dans tout le royaume , toute nouvelle qu'elle étoit, pour l'école la plus propre à communiquer l'esprit ecclésiastique, son des-

*sein principal fut d'y étudier les devoirs de la sainte profession à laquelle il aspiroit , et de profiter autant des grands modèles de perfection • qu'il étoit sûr d'y trouver, que des excellentes leçons*qui s'y donnoient tous les jours sur les vertus sacerdotales. Saint Vincent de Paul, cet homme incomparable que Dieu venoit de susciter dans sa miséricorde, pour renouveler la face de FEglisc de France , n'eut pas plutôt connu le nouvel aspirant aux saints ordres, qu'il en conçut la plus haute estime. 11 l'associa à cette illustre compagnie d'ecclésiastiques, qui s'assembloient tous les mardis à Saint-Lazare , et se félicita d'avoir acquis, dans sa personne, un si digne coopérateur. Le zèle d'Oher prit auprès de lui de nouveaux accroissemens. Depuis son retour de Rome, on l'engageoit à reprendre les études publiques

^4de théologie qu'il a voit abandonnées, et il ne xxvil. savoit encore s'il devoit renoncer à la licence, II renonce ou suivre plutôt les mouvemens intérieurs qui le * licence pressoient daller travailler dans les campagnes sacrer aa.x MU salut des pauvres^ car il avoit toujours pour iai&&ioas.

eux la même inclination et le même attrait. Comme il se trouvoit à la source des lumières et des bons conseils, il prit ceux des hommes de Dieu, avec qui il étoit à portée de s'entretenir tous les jours. Il consulta particulièrement saint Vincent de Paul , qui , ayant découvert en lui de grands dons pour exercer avec fruit ce ministère , crut qu'il ne pouvoit rien faire de mieux que de suivre son attrait; il lui conseilla donc de préférer à la réputation qu'il pouvoit acquérir sur les iancs de Sorbonne, les travaux apostoliques : ce Sut aussi le sentiment du P. de Condren , général de la congrégation de l'Oratoire, qu'il connoissoit dès-lors, et avec qui il eut dans la suite, comme nous le verrons bientôt, les liaisons les plus .étroites (0. M. Olier n'eut pas de peine iset'endre à un avis qui s'accordoit si bien avec son inclination. Il ne sortit donc de Saint-Lazare que pour aller faire comme un premier essai de tout ce qu'il devoit entreprendre dans la suite, et se joignit aux Missionnaires qu'il put rassembler , pour évangéliser avec eux dans les campagnes ; ministère qui l'occupa presque tout entier jusqu'à sa promotion au sacerdoce. Il n'étoit pas encore âgé de vingt-quatre ans, qu'il avoit déjà ^ procuré, à ses dépens, des missions et des re- * traites, non-seulement dans presque toutes, les terres où il possédoit du bien , soit ecclésiastique, soit patrimonial , mais encore dans plusieurs paroisses des environs de Paris.

(*) Voici ce qu'on trouve écrit de sa main, k M. Vincent ne voulut ' point I ni le P. gén. ( U P. de Condren) que je me fisse passer docteui*.

^ITRE I. 29

H ne se contentoit pas d aider les Missionnaires xxvm. de ses revenus 3 il travailloit sous leur direction avec affeTiJn le plus grand zèle. Tout épuisé qu'il étoit , après pourlespauavoir passé les jours entiers à prêcher ou à faire vres. d'autres bonnes œuvres, s'il rencontroit un pauvre, il s'arrêtoit pour l'instruire et lui parler de Dieu; pratique qu'il n'abandonna jamais, jusqu'au temps où la paraî^^sie ne lui permettant plus de catéchi- ' • ser , il fut contraint de se faire suppléer par quelqu'un de ses prêtres. Quand il voyageoit dans la j campagne, il se délournoit de son chemin pour aborder les laboureurs et converser avec eux, ne les quittant point sans leur avoir donné quelque avis charitable pour leur salut. S'il trouvoit des mendians dans les villes, il ne rougissoit point de les mener avec lui dans sa maison ; et après leur avoir fait l'aumône, il s'occupoit de leurs besoins spirituels, leur parloit de confession géné- ,,rale , les y disposoit avec une patience et une idouceur à toute épreuve. Jamais il ne put être rebuté par l'endurcissement et la grossièreté de ceux même qu'il traitoit avec le plus d'affection, comme jamais il ne fut arrêté par les injures ou les railleries de ceux qui trouvoient leur condamnalion dans ses vertus.

Sortant un jour de l'église Notre-Dame de Paris, et passant sur le pont de l'Hôtel -Dieu, il aperçut un pauvre étendu par terre, qui avoit une plaie dont on avoit peine à soutenir la vue : il s'approche aussitôt, se jette à ses pieds, et ne voyant que Jésus-Christ dans la personne de son Biembre souffrant , après l'avoir embrassé , il baise

3o VIE DE M. olieh.

la partie affligée de son corps à plusieurs reprises ; action qui dut avoir plus de censeurs que d'approbateurs, mais qui ne put manquer de plaire à celui qui regarde comme fait à lui-même, ce qu'on fait au dernier des siens; c'ëtoit la seule récompense que cherchoit M. Olier dans toutes ses œuvres. • • •

XXIX. Lorsqu'il eut atteint sa vingt-cinquième année , Ses frayeurs i\ pensa plus séricuscment que jaimais à la sainteté ches du^»a- qi^'i^posG la vocatiou au sacerdoce. Avant que c«rdoc«. d'en recevoir le sacré caractère , il s'appliqua avec une nouvelle ferveur à en prendre l'esprit et à en acquérir les vertus : la grandeur de sa foi lui faisoit regarder cet état comme le plus éminent , et par conséquent comme le plus redoutable de tous ceux où Dieu pouvoit élever sa créature, puisqu'il avoit de quoi effrayer les anges mêmes. Vivement touché de celte considération , il se sentit combatlu, d'un coté par le désir de glorifier Dieu dans l'exercice des sublimes fonctions du sanctuaire, qui lui dévoient donner tant de ressemblance avec Jésus-Clirist souverain prêtre; do l'autre, par la crainte de se perdre cl de déshonorer le sacerdoce : tant il se croyoit indigne d'occuper même le dernier rang dans l'Eglise^ C'est le sort des plus parfaits, quelque riches qu'ils soient en vertus devant le Seigneur , d'être, à leurs propres yeux les plus pauvres et les plus misérables de tous les hommes; tel étoit le sentiment qu'a voit de lui-même M. 01i«r, depuis sur-t tout qu'il avoit été honoré des saints ordres ; efe sa profonde humilité ^ qui croissoit tous les jours.

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