‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 188 sur 205 · LIVRE VIT, CHAP. XII · texte numérisé non relu

LIVRE VIT, CHAP. XII

^) être anéantie ; et c'est k quoi on les formera, en )) leur faisant goûter les pratiques de l'oraison. » Qu'ils sortent du séminaire si pleins de foi et » de religion , qu'à l'exemple de saint Martin y il» » n'entrent jamais dans l'Eglise, qu'avec une sainte » frayeur et dans un saisissement secret , aux ap- » proches de celui qui remplit tout le ciel de sa » gloire. Ils doivent être des hommes intérieurs et » pleins de l'esprit d'oraison. Ils sont au service de :|) FEglise, à laquelle ils appartiennent, pour con- » templer et adorer Dieu continuellement au nom w des peuples, et pour lui rendre en leur place » les louanges que tous les peuples assemblés lui » rendroient , s'ils le pouvoient. Ils doivent aimer » la solitude, et se regarder comme les premiers » Chartreux de l'Eglise de Dieu. Si Dieu a permis » qu'il se soit formé des monastères hors du corps » du clergé, c'est que le clergé a perdu peu à peu » son premier esprit. Voilà ce qui l'a contraint » de susciter des maisons religieuses, qui lui ren- » dissent la gloire dont le privoit son clergé, et » où la grâce de religion, comme étouffée dans )) l'Eglise, put revivre et se perpétuer. Ceux qui » sont destinés à remplir les dignités, canonicats et » autres bénéfices dans les chapitres, doivent donc » apprendre au séminaire à chanter les louanges » de Dieu, à psalmodier en esprit de foi. Ils doi- )) vent s'y former à une modestie qui réponde à la » sainteté de leur vocation, et qui puisse édifier » les peuples , dont ils seront les modèles ou le )» scanJale, par leur maintien dans les temples. Il » faut qu'en les voyant, on croie voir les anges. )) Ce sont les colonnes de la maison de Dieu , et

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» le plus fort appui de la religion des peuples.

» Quant aux prêtres qui seront charge's des » ames, à titre de cure's ou en qualité de vicaires, » outre la science du dogme et de la morale, ils » ont besoin d'être instruits au séminaire sur l'ad- ')) ministralion des sacreuiens, la nécessité et la » manière de prêcher la doctrine du salut , et en » particulier sur la manière d'exhorter à la mort. ») Il faut donc qu'on s'applique à les remplir de » zèle pour le salut du prochain. Destinés à se- » conder l'esprit de Jésus -Christ même, qui les » choisit pour ses coopérateurs , et à porter le » même joug qu'il a porté, celui de la conduite ») des ames; ils doivent être tellement nus et dé- » pouillés d'eux-mêmes, que rien ne retarde leur » course et ne les empêche de marcher avec Jésus- » Christ j car ils ont en eux-mêmes l'esprit qui » l'animoit: unus erat sptritus in illis. Le pasteur )) des ames, et Jésus-Christ le souverain pasteur, » doivent marcher du même pas, dès que c'est » l'Esprit saint qui les dirige tous les deux j ce qui » arrivera toujours , pourvu que le premier ait *)) soin de se vider de toute attache au monde et » à lui-même. A la vérité, le mouvement du Saint- » Esprit se trouve comme gêné et affoibli par la » foiblesse du prêtre, qui n'est qu'un homme mor- » tel j mais néanmoins il est très-impétueux , à M raison du ministère qu'il remplit dans l'Eglise. ») C'est celui des anges : or les anges ont la vitesse » des flammes. Facit Angelos suos spirituft ^ et » ministros suos Jlammam ignis. Voilà ce qu'il » faut bien Oiire comprendre dans le séminaire, à » ceux qui se préparent au saint ministère du

LiynK viT^ CHÂp. XII. B6g

» salut des ames. II faut encore leur imprimer • » cette vérité, que tout pasteur, outre qu'il est le » père nourriciçr de son peuple, pasioPj à pas- » cendoy doit se regarder encore comme répouir- » de sou Eglise , et par conséquent avoir pour » elle tout l'amour d^un époux fidèle ; à Tejieixiple » de Jésus-Christ, qui a aimé l'Eglise son ^poose, » jusqu'à donner sa vie pour elle. Toucber son » épouse, c'est toucher à la prunelle de son œil j » blessrr^soa épouse, oHeuser son honneur, at^ » tenter à ses bi^s tout spirituels, c'est loi arra-> » cher la Tie a lui-même.

» Le génie de l'époux, c'est encore de vouloir » tellement posséder l'amour de l'épouse, que » qniconqGi» prétend l'attirer à soi, k rend |idoux » de son cœar jusqu'à en mourir. C'est la grande » peine que donnent les mondains à Jésus-Christ,

lorsqu'ils tentent les ames, et s'efforcent de les. » attirer à eux. C'est là le grand sujet de la haine » qu'il porte anx démons et à tous ceux qui veu- » lent lui dérober uoLic cœur. Comme Jésus- » Christ a contracté l'aUiance la plus intime avec » son Eglise, il est toujours en esprit avec elle, » comme avec sa bien^aimée; et non-»seaIement î> en esprit , mais de corps , toujours habitant avec » elle dans le sacrement de sa chair et de son sang; » et toujours traitant avec elle du plus tendre, du » plus fort et du plus pur améur.^en sans amour » aux noces de Jésus. C'est ainsi qu'il traite sur- » tout avec sa sainte Mère au très-saint Sacrement, » qui est comme son ht nuptial. Et de quoitraite- » t-il? de la paix et de la réconciliation de l'E- » glise; de la couvqrsioa et du salut des pécheurs.

S^O VIE DE M. OLTER.

» De quoi traile-t-il encore ? de ses amours avec » Marie, sa principale épouse, et la portion la » plus précieuse de son Eglise. Non, il ne fait » rien avec elle sans amour. L'admirable traité, » que celui de Jésus et de Marie au mystère et » au sacrement de son amour! Là elle demande, » elle prie , elle représente , elle sollicite , elle » poursuit : toujours zélée, toujours pleine d'ar- » deur pour le bien de l'Eglise. O ardente cha- » rité! ô paix inimitable! ô douceur ravissante! » ô charme puissant ! ô entretiens délicieux! Rien » de pareil aux amours de Jésus et de Marie j rien » de comparable à leurs traités. Quelque ven- » geance, quelque châtiment que médite Jésus, » comme celui à qui le Père a donné^toutc puisw sance de juger; cette sainte épouse le supplie- » t-elle, aussitôt les armes lui tombent des mains, » et ce n'est plus de sa part que paix, qu'amour, » que présens, que vie, que joie, que plaisir, que » délices. Quel modèle et quel sujet de médilatiou » pour les prêtres, et surtout pour les pasteurs » î M. OHer, après ces effusions d'un cœur qui ne respiroit que pour Jésus-Christ et pour son Eglise , revient à J'esprit et au dessein de son établissement. (( La maison, poursuit - il , en parlant du » séminaire de Saint- Sulpice, se regarde comme » la servante et la moindre portion de l'Eglise. En » cette qualité, elle tie veut être Hée et Gxée ex- » clusivement à aucun diocèse particulier. Ello )) est née seulement pour donner des sujets à nos- » seigneurs les prélats, afin qu'ils les emploient a » telles fonctions qu'ils jugeront à propos de leur » confier, comme étant tous à eux , et nc demeu-

LIVAB ru y CBA». xil, S') !

» rant attaches à Saint-Sulpice y qu'en vue de » recouooitjre toute leur \ie qu ont été fomés n uniquement pour les servir avec respect, amour M et obéissance. Cette maison et la société qui s'y » forme a pour esprit d'entrer dans la conduite . H et dans les vues du saint collège des apôtre», » tùûi occupés à répandre dans le monde iam- » ligion de Jesus-Glirist. Les prêtres qui la » composent invoquent tous les jours l'esprit . » apostolique, sur eux -.mêmes et sur tout le D cierge ^ «aCn que de là .â se lëpande ensuite • » sur la masse des peuples. Leur dessein est d i- » miter la conduite de notre Seigneur , quite* » noit toujours les apàtres libres de tout enga- » gement à tel ou tel Keu particulier, comme si » Jésus - Christ nous disoit : Je vous ai choisi » pour que vous allie:^ partout où je. vous en* » verrai; ego elegi voSf et posui vas., ut eaiis: » pour que vous portiez du fruit partout où vous » irez , el fructum ajferatis ; et enfin pour que n vous 7 forffiies des sujets qui en puissent p<wter » après vous^ plantant de» arbres sur le courant » des eaux de la grâce que fournissent et re'pan- » dent les évéques. Par-là vos fruits d^meuveront

dans tous les diocises où vous rares travaillé*:

et frucUts vesier*ma»eaié

» On regardera le séminaire comme un col- ^) lége apostolique, où Ton vient se réunir sous )> la direction des saints apàtres, pour y étUfr » diér leurs maximes, et vivre conformément à » l'Evangile qu'ils nous ont annoncé. On le consi- » dérera comme l'école de la science et des vertus » évangéliques. Personne n'y sera admb , qu'il ne » (asse professiou d cm suivre Tesprit^ d'en obn

» server les règles , d'en chérir et adopter les pra*- » tiques. Sj, après avoir vécu long-temps comme n memlure du cerps selon le vrai esprit de Jésusn GlirisI et de ses premiers élèves , quelqu'un vient » à se démentir, ne vivant plus selon la pureté » des maximes de FEvangilc y il sera retranché de V la CMnpagnie, et prié d'accepter quelque em- » ploi hors de la maison , ou Ton ne veut souffrir » que de véritables enians de Dieu^ et de fidèles » disciples des apôtres.

.191 Les sujets attachés à la maison feront profes- » sion de s'oublier entièrement eux-mêmes, con-" » fbrmément à la grande maxime que laissa notre » Seigneur à ses disciples : -Si quis vuil venire » pos£me, abneget semelipsum. Désirs, inclina*- » tiens, talens, emplois, famille, nation, patrie^ » que tout cela ne leur soit plus rien , et que Ditu )> seul en j€SQs<sCbiâs& occupe tout leur cœur;

^ Us -auront pour principe, de vivre «or la » croix, et de la porter ^ontinueÛemcnt; tollat 9 çj^cem suam quotidie. Ils la regarderont comme ir la règle et. Je^JMidement de la vie apostoliques^ » Ils embrasseront de bon cœur tous les mépris>, » la pauvreté et la géne que porle avec soi le $er- » vice de Dieu; n'aspirant point aux charges et )) aux dignités , mais s'estimant trop heureux de )) servir gratuitement les prâats de TElgUse. Ils se » garderont bien de tout soin et de toute soUici- .».tuid»pcm 4ei»s nécessités temporelles, ni pour ^ attcim étàblissemcét sur la terre; ajan^ la foi, » pour appui eu toutes choses, et la parole de Bieu ». qui letyc^éfend de s'inquiéter pour les besoins » de cette vie. Qu'ils, se reposent sur celui qui a » fondé la maison. La providence ne les abandon-

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9» nera point. Elle veille incessamment sur eux , soit » dans la santé ^ soit dans la maladiê , soit dans la n caducité deTâge. L'œil de Dieu est toujours ou* » vert sur ses enfans. Pour se délivrer donc de tous n les soins et de toutes les distractions que fejoLt M leur donner dans son service l'amour* propre et » la foiblesse de leur fei , que chacun se souvienne » qu'il est sans cesse occupé de lieurs besoins. » Nous devons regarder la maison comme un » port où nous pouvons nous reposer comme » dans son sein , y trouvant un amour , une » tendresse y une compassion et une miséricorde N qui se répandent sur toutes nos foiblesses et » nos infirmités. Pour bien s'établir dans cette » disposition, tous enfin feront profession de pau- I) vrclé , de quelque condition qu ils soient. Et » quand ils auront du bien en propre, pour être » libres des soins sordides et grossiers qui nuisent V à la pureté de la foi, ils en laisseront l'usage » a ceux qui seront chargés du temporel (0 ; car il » Êiut écarter toutes sortes de nuag)e6>* de la pari> faite sainteté de notre vocation ; et pour jouir M de la liberté des enfans de Dieu , il faut vivre » dans un dégagement total des choses de la » terre ». ...

De la nécesnté des Séminaires,

« Le prélat , qui est l'époux de l'Eglise dans

)) chaque diocèse, et qui doit fournir à tou^ ses

(>) Cette pratî<fue de pauvreté « qn^insiime ici BL Oiier, m*a janudi été reçue comne me. loi parm %b§ prêtres de ea compagnie.

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» besoins, ne peut cire présent dans tous les lieux )) de sou dioeèse, soit pour instruite et célé^ » brer les saints mystères, soit pour administrer n tons les secours spirituels dont TEglise est rede- » vabk à SCS enfans. Il lui faut donc plusieurs » bouches, plusieurs mains, plusieurs membres; n c^estf4i-âire, plusieurs ministres qui distribuent » k tout son diooèse le pain de la parole , qui o&» » frent le saint sacrifice, et qui fassent rejaillir D pour tous les eaux de la grâce , des sources de i> la vî^, qui sont les sacrtsmens. C'est pour cela » que dans la cérémonie auguste du sacre des ëvé- » ques , on voit des ministres porter des pains dans I) leurs mains, et de petits barils pleins de vin. it L'Eglise veut iJors rappeler -au prélat qu'elle » ordonne, que c'est à lui principalement qu'il » appartient de distribuer le pain de la parole , n comme d'oÔVir fe pain céleste avec le sang adoj^ tOà^^ vin du sacriâce>

» p^xtr iSSÈ^ pouvant » fiiire en personne dans toute Vétenduc du dion^èse, il a besoin de représentans qui remplissent ii^iÉrdÉmiiipOttr lui, et qui s*en acquittent d'âne » manière digne de Dieu, ^/ig'ifè l>eo. ■ *

» Saint Paul se plaignoit de la difficulté qu'il » trouvoit à pourvoir l'Eglise de dispensateurs » fidèles» Cependant si le chef du diocèse n'a pas M des coopérateurs fidèles qui lui soient intime- » ment unis, qui soient dirigés par son esprit, et , il 4ui exercent les saintes fonctions dans la par- ^*fitftè*Mépendan6è^ et soumission qu'ils lui ont » vouée en recevant le sacerdoce , il ne peut plôs » goûter un moment de repos dans son siége^ il se

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