LIVRE VIT, CHIP. XÏII
« Dieu 9 far qui, et entre les mains de qui la » créalare peut éire dilatée à rinfini^ car il est » eo elle pour l'étendre et Tacimitre autant qu'il j) lui plaît. Je voyois de même rintéiieur de mon 1) maitrç dans une vaste et immense étendue. U » comprenoit en lui tous les devoiirs du moâde; » il aimoit pour tout le monde, il louoît et gloriûoit Dieu pour tout le monde ; en un mot, il » avait un tel ^mour, pour tout le monde , que » quand tout le monde e&t été infinûment ploa )) élcudu qu'il n'est, son amour seroiL assez grand » pour embrasser toutes les créatures qui le com*p n poseroienti ^t bien au-delà.
» Je n'aTois pu concevoir, ajouté-t-il, ce cpie )) me disoit dernièrement un saint prêtre do notre » communauté, qu^il sentoit pour le prodbain un . p amour infini y lequel n'étoit autre chose qu'un » ressentiment et une participation deramour que » Jésus - Christ porte à ceux qui Faiment: mais I» aujoard'hui , j'ai conçu çe que c'étoit que cet » amour ; car après la sainte metee , mon Sauveur ^ a bien voulu , pendant mon action de grâces , » me 1q iaire sentir et Texprimer en moi. Je me » suis vu en celte disposition , qiie mon amour » s'étendoit et se répandoit sur tout le monde. Le » fond de. mon ame se dilatoît partout, et mon » cœur se sentoit vivement excité à embrasser le )i monde entier. Je ne me connoissois plus ; )e J> n'éprouvois plus en mai d'amour parliculier ^ pour telle ou telle personne ; mais j'avois un Wmr égal pour tout ce qiill avoit d'hommes M au m.onde, un amour sans bornes pour tons les X) peuplei>. du monde 5 et le seul ;&entimeat de pré-
» férence qm étoit en moi , c'étoit un amour en- Il core plus vif et plus pressant pour mon Eglise ^ n que j'embrassois de cœur et d'ame. Oh l que )i Dieu/ est grand, disois-je, envoyant eette vast^ » étendue de Tintérieur de mon maître , sa lai- » geur, sa longueur^ sa hauteur et sa profondeur. D Je prie mon amour^ que les œuvres viennent à M la suite de oette lumière , et que je puisse , en la » vertu de ce mouvement, servir toute créature i> pour la porter à Dieu ».
Parlant ailleurs de l'esprit dans lequel notre Seigneur faisoit toutes ses œuvres : « Quand je I) pense, disoit-il, à l'amour quil ayoit pour son n Père, (et c'est ce que j'ëprouve au moment où » j'écris) je sens mon eoeur si petit, que j'en >» pleurerois ; et en effet les larmes m'en viennent » aux yeux* C'est ce qu'on appelle communion 1» aux sentimens>de notre Seignetir, lequel répand T» en nous et nous fait sentir ses mouvem^ms inté- » rieurs, tels qu'il les éprouva lui-même dans son n ame. Il faisoit tout avec une telle plénitude de ^ charité y que toutes, ses actions n'étoient que lia » moindre partie de ce qu'il eût désiré faire; car >> voyant t n son esprit , qui étoit d'une étendue » infinie 9 des œuvres à l'infini qui pouveîent glo^ n rifier son Père, il les &isoit en désir et à tout » moment. Dans cette vue , il a choisi la sainte 3» Eglise pour faire par elle ce qu'il voyoit qu'il n auroit pu Caire et qu'il ne £eroit pas; en sprte » que tout ce qu'elle &it nVst que l'accomplisse- Hf ment des désirs de Jésus-Christ son époux ; et •» parce qu'elle ne peut les connoltre par ellen iqéme, encore moin» les. accomplir, il .réside
)) en ellè et eti chacun dè ses membres , pour j
» faire ce qu'il n'a pu exécuter en personne, et )) ce qu'il eut voulu Êure. Ainsi il loue Dieu son )i Pére^ en tous ceux qui lui apparti^nent^ àu- • » tant qu'il Feùt yonin louer tout seul. Il prêche » en tous les prédicateurs, par exemple, autant qu'il eût voulu prêcher lui seul. Ceci m'est vena D ensuite de ce que j'ai senti de 1 amoor de Jësus V envers son Père; et même je ne dis les choses » qu'à demi ; car notre Seigneur n eiit pas voulu » seulement louer et glorifier Dieu autant que » Itonore l'Ëgtise , qui n'est composée que d'une 1» partie du monde, quoiqu'elle s'étende par tout le monde^ et qu'il appelle pour cela, petit trou^ ji peau : mais il eût désiré l'honorer et le glorifier u par la bouche et dans les cœurs de tons les » hommes et de tous les anges; et non-seulement » de tous ceux qui existent , qui ont été et qui ' D seront , mais de tous les hommes et de tons les » anges possibles.
)) Voilà la plus haute idée qu'il ait jamais plu à » la grandeur de Diett me donner des sentimens » et des dispositions du cœur de Jésus -Christ » son Fils. Je remarque que le Père éternel, qui » met des bornes à sa louange extérieure, ne veut » avoir que celles qui lui ont été rendues, qui loi » sont rendnes , et qui lui seront rendues à Pave* » nir, sans en vouloir davantage; mais pour sup- » plément il reçoit celles qui sont dans le cœur de 1» son Fils, et c'est le sens de TOraison dominicale )) où notre Seigneur dit à son Père dans l'étendue » de son amour : Que votre nom soit sanctifié;
» comme s'il disoit^ Qu'il le soit autant qu'il le mé-
636 vil Bs if. OLiim.
» rite, non-seulement par les hommes qui vivcnl> H tffd ont vécu et qui vivront jusqu'à la fin du » monde, mais par toute créature qui peut étre^
)) laquelle ne rhonoreroit pas encore autant qu'il >i mérite. Notre Seigneur ajoute : Que votre règne )} arrive; c'est'-à-dire., que votre em{»ire absolu » fl^étende sur tonte créature , ou , que toute créa^ » ture vous rcconnoisse pour son Dieu et vous » rende les honneurs qui vous sont dus. Ce qui ne f» sera point en effet; mais jt/est le désir et le » du cœur de Jésus; vœu qui rend plus d'honneur » à Dieu, que si réellement toute créature lui eloit » soumise. Ce souhait de Jésus-Christ est corrigé » ou expliqué par les paroles suivantes : Quewtre » volonté soit faite; car c'est dire : Cependant^ )) ô mon Père, qu'il en soit ce qu'il vous plaira. » Je voudrois que vous fmsiea autant honoré que u vous le méritez, par tout étrè possible; au moins> » je voudrois que vous régnassiez sur toutes les » créatures sorties^de vos mains, si vous ne voulez » pas étendre ^ottïi^ ^oire toutefois ,
» mon Pcre, faites -vous honoi^r alitant qU'il » vous^ra4glvç»ble, et mêliez à votre honneur p les bornent que vous veulent Vojîe» du mpius les N «ouhaîts que je forme pour votre gl0ire. Je vpiMt » les offre en supplément des iQuang^Of .qui Q.e ». vous sont pas rendue^.
, ^ a On voit ici, continué M. Olier, quelle est {a w ferveur de la prière de notre Seigt^br, ^étend^e .)) de son amour, et l'immensité de son divm in»j>).térie9rUi comprend, pour la gloire de son Père, tout ce qu'il voit de possible^ et il Texécule lu^- .» même, selo» la Blesu^e des îw^ul$àe$f^»fmi
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. LIVRE \n, CHAP. xuu 63y
» dans k pêrsomie de se» membres. Âinai il au- I» Toit en le àésir de prêcher tout i la fois dans » tous les lieux du monde. Ne le pouvant feire » par lu]?-méme^ il se multiplie en autant de per* n sonnes qa^il y a de prédicateurs de son Evan-' » gile sur la terre ^ et la participation do son zèle, » ou la communication de son amour, dans le 1» coeur de ses saints^ a &it ce qu'il faisoit dans le ' » sien. C'est ce qu'on a Tu^dans saint François et ^) saint Dominique, dont il s'est servi dans un >> temps où il ne poavoit lui-même opérer par sa présence sensible le renouvelleiûent de sa reli- » gion en son Eglise. Car c'est lui qui résiduit ^ en eux , et qui opéroit tant de merveilles par » leur bouche. Il leur a &it sentir les dispositions » kriérieurês dont je viens de parler^ qui cou- » sistent à se répandre en qualité de membres, » pour aller publier r£van^ile et glorifier Dieu }} par tout le monde ; ce qu'ils ne pouToient faire, '» par eux-mêmes. Bs repandoient ' en leurs dis- » cîples une partie de l'esprit qu'ils possédoient >v comme chefs, avec une plénitude proportionnée » à leur vocation; eh sorte que ces deux gfandls )) patriarches, sans sortir de leur place, ont par- » couru le monde entier. Et comme leur zèle ne » se bornoit même pas k servir Dieu dans tout le » monde pendant leur vie, mais qu'ils désiroient » le servir après leur mort, et pendaaL louLc l'é- » temitCy ce désir s'est transmis dans leurs sucn cesseurs'y envoyés comme eux pour prêcher par- » tout l'amour de Dieu et lui former partout des w adorateurs. '
638 VIB M X. OLIBE.
» O mon Seigneur et mon maluel -eraibieir de
» fois vpus m'avez fait ressentir tous ces désirs ! » Combien de fois m'a vez-vous. rempli le cœur de » cessentimens et de tous ces mouvenleiisl Uélasl )) je ne pouvois ni les comprendre, ni me con- » tenter de les produire. Combien de fois m'avexn vous donné ce désir ^ d'avoir cent et cent mille n cœurs 9 et encore plus, pour y verser les senti- » mens de votre amour et le zèle de votre gloire! » Sentimens que vous répandez dans mon ame » avec tant de consolation pour moi. Céioil une » goutte que vous faisiez passer de l'ocâm et de » l'abîme de votre cœur dans la petitesse du mien» j» Ah ! Soigneur^ vous êtes infini. dans votre sain- » telé. U n'est pas possible d'en soutenir l'éclat, » ni d'en porter le poids ; car si tout ce que nous » en ressentons y et tout, ce qu'en ressentent vos » membres répandus dans le ciel et par toute la » terre, n'est rien en comparaison de ce que vous » êtes, que scroit-ce donc, si vous nous décou- » vriez les richesses qui ÂOnt en vous 2 O mon » Jésus 1 quelle grace^ de pouvoir dire que je nu» )» perds en vous 1 Quel est celui qui ne voudra » nager dans ce vaste océan de votre cœur, et en » goûter les délices '/Quel est celui qui ne voudra D s'j noyer, s'y alnmer, s*y perdre? Pour moi, I) qu'à jamais, o mon amour, j'y sois noyé et perdu, » sans que je puisse ni me retrouver ni me reïi prendre. Que je demeure tellement vous, que » je ne sois jamais moi-même ». J'ai laissé encore, dans les niauusGiits deM.Olier, beaucoup de traits
et de sentimens quidécélentunbomme gom^mm^
t.ITKX -CHAY. Xlir.
dans les plus liautes voies de la perfection, et qui mériteroient de trouver place dans sou Iiislôire; mais )e crains d'avoir donné déjà trop d'étendo» au livre de se^TertnSi
On a rapporté dans cette vie plusieurs traits où il est difficile de ne pas recoumHtre le doigt du ToBt-poissant y auquel seol il appartient de &iro des miracles. Dans les mémoires sur lesquels elle a été écrite, il se trouve encore plusieurs guérisons, opérées par TinteFoession de M. Olier^ qoi n'ont rien de^moins surprenant. ■ '
Un prêtre chanoine de Notre-Dame du Puy, nommé de Beget, dont oaa pariésous l'année i636^ au livre second , fut atteint, peu de temps après k mort de M. OLer, d un mul de côté fort douloureux, il souffroit tellement , qu'il ne pouvoit se tourner ni d'un coté ni d'autre^ et qu^on ne savoit qneUe situation lui &ire prendre. <f Me souvenant, » dit-il , (car c'est lui-même qui raconte le fait) » qu'il y avoit dans mon cabinet une soutane de D M. Olier q[tte j'avcds appris être mort depuis pea j» de jours, je me la fis apporter avec confiance. I) Je l'appliquai sur mon côté, où je ressentois )) la douleur la plus pressante ; tout aussitôt le maT •> cessa entièrement. Je me levais je me revêtis i»*de la soutane qui m'a voit dclivré, et je la con- » servai sur moi pendant toute la journée, sans n éprouver aucune dodieur. Peu de temps après » l'avoir quittée pour me remettre au lit, je senti* » revenir ma première douleur, qui lut bientôt » aussi aiguë et aussi pressante qu'auparavant. Je »» repris encore la soutane, et k mis de nouveau
sur le o6té qui souffroit. Au même iustant, la
Liyiu^cj uy GoOglc
64o TIB BK M* O^I&a»
n douleur cessa toat-À-&ît^ et je ne Fai pW reft^
» seûlic. En foi de qnoi j'ai signé ^ ce i/' jour » de mai 1657
Un autre chanoine de la même é^tise attesta: le mcme jour, qu'il devok à rintercessiou de AL Olier la guérison dont il fait le récit en cea termes. «Ayant été atta^é, le la ainril^ d^iine n. fièvre continue avec redonUemei» iFiolenft;.¥era )) midi ,lo seizième jour du mois, qui éloit le qua- » trième de la maladie^ comme mes inquiétudes » augmmtoientdeplosénplusarecmonmal^j^eiM » dans la mût la pensëé de recourir k M. Olier. i) J'espérois fortement qu'en le priant avec fer- » venr^ j'obti«sidrois la santé ; et ma confiance alla » jusqu'à me prqm^ttre d'assister à l'oraison fa« » ncbre qui devoit être prononcée peu de jours » après dans notre église. Je le priai donc avec » un grand intiment de consolatioo et une sorte ii de persnasion qne j'allois être, esatioë. Par la » grâce de Dieu, je le fus en ellVl • ma prière finie, » la fièvre me quitta, et j'ai eu ]a consolation v d^tendre^eo^oraison funèbre* En fiùde quoi n j'ai signé. CohOU^ , préire;, i^^nede PégUsm » cathédrale du Pujr ». u
Un jeune ecclésiastique , nommé Charles de^ FeugerdUes) fils du baron deFengeroUes, dnForea^ demeuroit au séminaire du Puj, lorsqu'on y apprit U mort de M. Olier. Depuis long-temps il éloit tourmenté, d'un violent mal d'oslomac, que tout Part des médecins n'avait pn guérir. Gomme il entendoit souvent parler du serviteur de Dieu et 4e plusieurs graœs particulières obtenues par son intercession ^ un jour qu'il souflroi^ jusqu'à ne
pouvoir