Ç5 VIE DE M. OLIER
lui tous les libertins du canton, qui ne voulolent pas entendre parler de mission et de re'forme. Les mieux disposés n'osoient prendre parti pour lui, voyant qu'il avoit à lutter contre des ennemis que la force et laudace rendoient redoutables. it Je me voyois, dit-il, environné de la noblesse » la plus violente et la plus dangereuse, qui m'en » vouloit, soit à cause de mon bien auquel ils » portoient envie , soit à cause de la fonction que >i je venois de remplir : je n'avois donc que Dieu » pour moi. Il y avoit dans les environs douze » gentilshommes , qui , par leurs menaces, intimi- M doient les paysans , pour les empêcher d'enché- » rir sur le prix qu'on offroit de la ferme des i » terres de mon abbaye, et m'obiiger par-là de « » la mettre entre leurs mains. Je me souviens » que dans un moment où je représentois à Dieu l » celte tribulation, et m'en plaignois à lui, il mo n dit : Tu en verras bientôt la fin ; ce que j'avois u d'autant plus de peine à croire, que j'avois afn faire entre autres à l'homme du monde le plus n intraitable : c'étoit un assassin redouté de tout » le pays depuis long-tempà, surtout depuis Vat- » tentât qu'il avoit commis en poignardant dans » son lit un M. de Montmorenci, parent du ce- » lèbre duc de ce nom , qui avoit été décapité ».
Tel est le récit que fait M. Olicr de la pénible situation où il se trouvoit alors. Mais rien ne put abattre son courage : la prière, la patience et la confiance en Dieu, étoient les seules armes dont
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vengeance qu'il avoit appris à tirer de leurs vexations. -
tIVRE II.
Dans le temps même où Torage grondoit le xv plus contre lui, il éprouva combien Dieu se plaît Moment de â adoucir, en faveur des siens, les hommes les plus féroces, et à changer pour eux les loups en mX^r ^'^^ agneaux. Car il n'étoil pas encore sorti du lieu où Ta voit retenu sa grande maladie, que l'homme brutal dont j'ai parlé, vint, accompagné de sa femme et de trois de ses filles , le visiter avec tous les témoignages de leur profonde vénération, et les plus vives démonstrations des peines qu'il lui avoit causées. ' ; «i) •trf*^ »
' Plus on s'efibreoit de nuire a Thomme de Diçu, plus il s'appliquoit à rendi?e fe bifen pour fe mal. Un des Missionnaires, qu'il avoit chargé de régler ses comptes avec le fermier de son abbaye, vint lui apporter l'acte qu'il avoit vérifié, en le priant de le signer, et en lui remettant la somme do cinq mille livres et plus qu'il avoit touchées pour lui. M. Olier signa les comptes, et abandonna le tout , pour qu'on l'employât à faire des missions aux lieux mêmes où il avoit le plus d'enftemis. Dans l'espace de dix-huit mois qu'il consacra à cette œuvre, il dépensa plus de seize mille livres, soit en aumônes, soit pour la subsistance des Missionnaires ; et autant il aVoit soin de les bien feire servir, autant il négligeoit sa propre personne. On avoit coutume, lorsqu'il venoit à son abbaye, de lui préparer une chambre à deux lits, Tun pour lui et l'autre pour son domestique: c'étoit toujours le dernier qu'il r^tenoit pour son usage, quelque instance qu'on lui fît pour prendre/ celui qui hii avoit été destiné. S'il se plaignoit alors, c'étoit d'être traité avec trop de ménage-
ment , et de ne peint assez pratiquer la panvlPeté
évangëlique. Comme on transportoit dans sa chambre les .«ofFres qui renfermoient ses babils et ses petits meubles, on y aperçut une fois des haires , des discipKnes et des ceintures de fier, dont on savoit qu'il usoit fort souvent : encore se reprocheit-il de ne p^s se mortifier assez, et dW corder trop à ses sens. r . ,^ i • a ;
XM. Quelque cruelles que fnssent lés persécutions ' Ilressentde -^'gut à so^ffrir plus d'une fois M. OUer dans le ^::t4U:: cours de ses missions^ et quelque rudes que i«. fussent les pénitènccs corporelles qu il exerçoit
sur lui-même, c étoit peu de chose en comparaiflQtv deses peines iiitérieures. Elles avoient corn- «Mttcé pendant sa reteaite de i636, à Toccasion, d'une infidélité qu'il croyoit avoir commise^ m ne profitant pas d'une circonstance favorable qui s'ëtoit présentée pour aller faire une mission dans les GévenneS.. Cette fiiule lui parut si considérable, que pendant l'espace dè deux ans, il ne cessai point d'en gémir devant le Seigneur, et de lui demander avec lurmps,, qu'il dai^ât secourir |^ ames dont il craignoit que la perte jne lui fiât putée. « JVn fus si affligé, écrivoit.-il en i64»v. wfen souffris tant.de remords, de sécheresses n et d'obscurités , que souvent te lop^ du jour jii » me jetois à genoux les larmes auat yeto; et soi^. » pirant auprès de Dieu, je lui disois: Mon Dieu- ^ 4ontvfepiMSS(W«îei«s*tin^^ dont la s^esse » a des ressorte sans nombre, réparez, par vos i^-» ventions, la perte que vous souffrez par mes : Il infidéUtés : envoyez dans ces montagnes des
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